Sermon 5ème dimanche de Pâques

Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara : « Voici que je fais toutes choses nouvelles »

Tels sont les derniers mots de la 2° lecture qui nous sont adressées ce dimanche. Et comme chacune des paroles bibliques, elles sont paroles vivantes pour ceux qui les entendent. Elles sont source d’espérance et de vie pour nous ce soir (matin). Pourtant, comment est-il envisageable, même pour nous les croyants, qui regardons le monde et connaissons son histoire d’affirmer que Dieu fait toutes choses nouvelles ! Depuis la mort et la résurrection du Seigneur Jésus, comme avant déjà : on vit, on meurt, on tue, on soigne, on terrorise, on réconforte, on torture, on guérit, on ment, on dit la vérité, on vole, on fait justice, on exploite, on viole, on aime toujours autant.

Alors où est-elle la nouveauté ? qu’est-ce donc que le Christ a apporté de neuf qui vaille que depuis 2000 ans, des saints extraordinaires et très ordinaires, des vierges, des laïcs, des pères et des mères de familles, même des enfants, des prêtres, des religieuses, donnent leur vie à cause de leur fidélité à son Nom ? Pour quelle nouveauté vaut-il la peine de vivre le mariage indissoluble dans la fidélité ou de vivre la consécration dans le célibat, l’obéissance et la pauvreté ? Pour quelle nouveauté prier à genoux, assis ou debout, faire le signe de croix ou réciter son chapelet ? Qu’est-ce donc qui vous pousse, frères et sœurs à venir à la messe chaque dimanche, à confier à Dieu vos enfants, vos soucis, vos amis ?

Quelle nouveauté, sinon cette folle espérance que sur la croix l’ordre des choses a définitivement été bouleversé et que désormais toute chose est renouvelée. Je ne sais si vous aviez vu il y a quelques années le film La Passion de Mel Gibson. Au-delà des polémiques qu’il a suscitées, il y a une très belle scène où Jésus tombant pour la troisième fois sous le poids de la croix, rencontre sa mère et lui dit, en embrassant la croix : ‘voici que je fais toute chose nouvelle’. Alors qu’il est au plus bas, alors qu’il devient de plus en plus l’image de l’humanité bafouée et souffrante, il affirme contre toute évidence qu’il fait toute chose nouvelle. Que du don unique et définitif de sa vie sur la croix jaillira une humanité renouvelée. Que l’homme nouveau se révèle sur la croix avant de jaillir du tombeau.

Sur la croix l’homme nouveau est enfanté dans l’amour absolu. Amour total de Dieu pour les hommes qui rend à son tour l’homme capable d’amour total pour les siens. C’est cela que signifie le commandement de l’amour que le Seigneur adresse à ses disciples : comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. Celui qui se laisse aimer par Dieu et vit de cet amour peut à son tour aimer de l’amour même de Dieu.

Si nous avons déjà aimé en vérité, nous savons qu’aimer est crucifiant ; qu’aimer a crucifié le Christ ! Si nous aimons comme Dieu, comme Dieu nous souffrirons. C’est cela que Paul et Barnabé prêchaient et qui nous est relaté dans la 1ière lecture : ils affermissaient le courage des disciples ; ils les exhortaient à persévérer dans la foi, en disant :  » Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu !

Alors aujourd’hui encore, face aux polémiques, aux insultes, au mépris de certains politiques, face à la mauvaise foi de certains journalistes et même de certains croyants, face à l’acharnement de beaucoup à vouloir faire taire l’Eglise ou à disqualifier son message, il est indispensable de tenir bon dans la foi. Arrimez-vous au Christ et au successeur de Pierre, gardons confiance en nos évêques que le Saint-Père nous a donnés. Et surtout, il est indispensable, en cette année sainte de la miséricorde, de donner en abondance de l’amour à nos détracteurs et à nos ennemis. Car, selon le Seigneur dans l’Evangile, c’est à cela qu’on reconnaîtra que nous sommes ses disciples.

Aimer une personne, ce n’est pas adhérer à sa pensée ou à ses actes, c’est d’abord prier pour elle et même aller jusqu’à l’offrande de soi à Dieu pour sa conversion, pour qu’elle goûte jusqu’à l’ivresse la joie d’être à Dieu dans la fidélité à son enseignement.

N’espérons rien d’autre pour tout homme et pour chaque homme que de connaître et d’aimer Jésus par son Eglise, afin qu’à l’heure choisie par Dieu, quand descendra du ciel, d’auprès de Dieu, la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, chacun puisse accéder et s’immerger dans l’océan d’amour qu’est la communion du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Que cette Eucharistie, qui nous offre dès ici bas les prémices de la vie éternelle, nous emplisse d’amour et nous affermisse dans notre mission de témoins fidèles du Christ et de son Eglise, pour le salut du Monde.

Amen

Père Arnaud Brelot