Sermon Jeudi Saint

C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ; Faites cela en mémoire de moi.

On imagine la stupeur des disciples assis autour de Jésus. Deux gestes inouïs qu’on ne peut pas séparer : le lavement des pieds relaté par st Jean et la fraction du pain racontée par Paul aux Corinthiens.

La nuit même où il fut livré, lors de son dernier repas, Jésus livre les deux colonnes de la vie chrétienne : le service du frère et la fraction du pain. L’exercice de la charité et l’Eucharistie. Pas deux gestes séparés, mais deux gestes imbriqués l’un dans l’autre, découlant l’un de l’autre. Il n’y a pas d’Eucharistie réellement célébrée et consommée si elle ne se termine pas en acte de charité concret. Le pain reçu à la communion nous fait pain de Dieu pour le monde. Le corps du Christ reçu à la communion fait de nous tous, l’Eglise, le corps du Christ donné au monde, à tout homme et à chaque homme. Nous devenons le Corps livré du Christ, nous devenons l’amour du Christ à donner et à répandre dans le monde. En sortant de la messe chaque jour, chaque dimanche, ce soir, nous devenons les bras, les jambes, la bouche, du Seigneur pour soutenir physiquement, moralement, spirituellement l’humanité affaiblie par le péché. Nous devenons Dieu qui aime, Dieu qui pardonne, Dieu qui relève les hommes à travers les âges !

Faites cela en mémoire de moi. Ce commandement du Seigneur est la fondation de l’Eglise. L’eucharistie fait l’Eglise disait le Cardinal De Lubac citant des martyrs du 3° siècle. Je vous propose d’écouter leur témoignage : alors que l’Église est en but à l’hostilité impériale, 50 chrétiens sont arrêtés à la sortie d’une célébration eucharistique à Abilène, près de Carthage. Ils sont interrogés et parmi eux, le lecteur, Emeritus, sommé de renier l’eucharistie répond à son juge : « Renier l’eucharistie c’est renier le Christ ». Dans les mêmes circonstances, le questeur Félix répond : « Comme si un chrétien pouvait vivre sans messe : les chrétiens font la messe et la messe fait les chrétiens, l’un ne peut exister sans les autres ». Cela nous laisse rêveurs, des chrétiens prêts à donner leur vie plutôt que de louper la messe, des chrétiens prêts à mourir martyrs pour défendre le droit de célébrer l’Eucharistie. Des chrétiens qui disent à leurs objecteurs que l’Eucharistie c’est le Christ qui se donne aux croyants pour ériger son Eglise, pour en faire un peuple de serviteurs. Alors si l’Eucharistie est aussi importante dans la vie de l’Eglise, les ministres de l’Eucharistie, les prêtres le sont aussi, non pas à cause de leur personne mais de leur fonction. Ils sont aujourd’hui le Christ donnant sa vie au monde. Savez-vous combien il y a de prêtres catholiques dans le monde ? …Les derniers chiffres qui sont de 2013 annoncent un peu plus de 415 000 prêtres. Or dans une journée on compte 86400 secondes. Un rapide calcul, qui n’a rien de scientifique, ni de théologique nous révèle donc que toutes les secondes 5 prêtres dans le monde célèbrent la messe : chaque seconde la grâce de Dieu tombe en abondance sur l’humanité ; chaque seconde le ciel et la terre sont unis dans une même louange au Dieu d’amour ! Chaque seconde l’éternité entre dans le temps des hommes et le Christ vient chaque seconde faire corps avec son Eglise. Par les mains des prêtres la grâce de Dieu tombe en abondance sur chrétiens pour faire d’eux le Corps du Christ, le bon pain de Dieu au milieu des hommes.

Sur qui alors le Christ pourra-t-il compter demain pour que cela continue ? Tout jeune garçon ou jeune homme, présent dans cette assemblée ce soir doit entendre cet appel du Seigneur et le laisser retentir dans son Cœur et dans son intelligence. Il doit se demander si le Christ ne l’appelle pas à son service, pour faire de sa vie et de ses mains les robinets de la grâce de Dieu, pour que se prolonge dans le temps ce geste de la fraction du pain posé par Jésus il y a 2000 ans.

De même toute jeune fille ou toute jeune femme ce soir doit se demander si le Christ ne l’appelle pas à une histoire d’amour radicale avec lui. Le Seigneur a besoin d’amoureuses totalement livrées à l’Amour pour redire au monde et particulièrement à notre société occidentale la joie d’être absolument aimée de Dieu. Il n’est qu’à voir le rayonnement de toutes nos religieuses et moniales !

Enfin ce soir, chacun de nous est invité à redécouvrir l’immense joie qui jaillit de la participation à l’Eucharistie. Joie de ne faire qu’un avec le Sauveur ; joie de ne faire qu’un avec tous les autres frères ici présents ; Joie d’adorer le Christ réellement présent dans l’Eucharistie, joie de devenir le bon pain de Dieu dans le monde ; le pain de la charité et de l’amour donnés jusqu’au bout. Joie de réaffirmer, comme les martyrs du 3° Siècles : « nous ne pouvons pas vivre sans l’Eucharistie ! »

Amen

Père Arnaud Brelot