Homélie de l’Ascension

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Miniature de l’Evangile de Rabula

Généralement on associe le terme de séparation à la tristesse, à l’échec, à la rancune au repliement sur soi : par exemple quand la mort nous sépare ou que deux époux divorcent, ou qu’un entrepreneur se sépare de membres de son personnel pour sauver sa boite, etc.

Pourtant dans l’évangile quand Jésus se sépara de ses disciples et qu’il était emporté au ciel, les disciples retournèrent à Jérusalem, en grande joie. Il existe donc également une séparation qui provoque la joie !

Mais là encore il faut faire attention : d’un côté il y a des séparations qui apportent la joie pour un temps et de l’autre des séparations qui apportent la joie pour tout le temps. Ainsi, la joie pour un temps ce peut-être le retour d’un rassemblement familial, d’une virée entre amis ou de vacances reposantes qui regonflent le moral à bloc, malheureusement, quelques jours ou semaine après la morosité s’installe de nouveau. Dans l’Evangile c’est aussi le cas: après avoir gonflé le moral de ses disciples pendant 40 jours après sa résurrection, le Seigneur Jésus se sépare de ses disciples et retourne près du Père ; et même s’ils sont en grande joie sur le coup, les disciples seront à nouveau dans la peur, tous rassemblés dans une maison fermée à clé par peur des juifs…Pour eux aussi la peur et l’angoisse ont succédé à la joie.

La joie passagère peut venir aussi du fait que nos contemporains, (nous peut-être), confondent joie et plaisir ! Et certains multiplient les occasions de plaisir croyant y trouver la joie : fêtes permanentes ou recherche de sensations toujours plus fortes (Alcool, substances psychotropes, sports extrêmes, libertinage, etc…). Il s’agit de retrouver cette sensation enivrante qui confond jouissance et joie, plaisir et béatitude.

Face à cette confusion il faut donc affirmer qu’il existe une séparation qui apporte la joie pour tout le temps. Telle est la joie que Jésus suscite dans le cœur de ses disciples en leur promettant le don de l’Esprit Saint. Par cette promesse, Jésus propose à ses disciples de devenir la joie. Non pas de la posséder, mais de l’être, de recevoir en eux la source de toute joie, la joie parfaite qu’il nous a promise : que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés de joie. Il propose à ses disciples d’être immerger

dans la source de la joie, c’est-à-dire de recevoir le don de l’Esprit Saint.

Car la joie parfaite à laquelle Christ nous invite, c’est la vie dans l’Esprit. Or cette vie là n’est possible qu’une fois le Seigneur enlevé au ciel. Il faut que Jésus parte pour que nous puissions vivre dans l’Esprit Saint. Il fallait qu’il quitte physiquement notre terre pour que nous puissions par nos vies le répandre par toute la terre.

Car la vie dans l’Esprit Saint n’est pas de tout repos, elle fait de ceux qui reçoivent l’Esprit les témoins de Jésus jusqu’aux extrémités de la terre. Des témoins en paroles et par actions, supportant le mépris, la moquerie, le dédain autant que l’envie comme l’affirme la dernière béatitude : heureux êtes vous si l’on vous insulte, qu’on vous persécute, si l’on dit faussement tout genre de choses sur vous à cause de moi… Soyez dans la joie et l’allégresse.

Je pense qu’en ces temps de crise que la société traverse : crise du sens de la vie, crise de moralité, crise de la famille et de l’engagement politique, l’Eglise doit répandre en abondance la joie dans le monde et entre les hommes quoiqu’il lui en coute. C’est d’ailleurs le refrain pastoral que notre pape François nous chante sur tous les tons. Il nous a invités à la joie de l’Evangile et maintenant à la joie de l’amour. Il est donc de notre mission de chrétien de vivre et transmettre la joie qui naît « du fait d’avoir rencontré une personne : Jésus qui est parmi nous ». Ainsi dans une homélie des Rameaux en 2013 François rappelait : « ne soyez jamais des hommes et des femmes tristes : un chrétien ne peut jamais l’être ! Ne vous laissez jamais prendre par le découragement ! Car de fait, nous apprend l’épître aux Hébreux, la joie peut se restaurer et se réparer : Avançons-nous vers Dieu avec un cœur sincère et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de ce qui souille notre conscience. Le sacrement du pardon vécu purifie le cœur et la conscience souillée par le péché. De même une foi nourrie par de saines lectures et l’exemple des saints conserve la joie.

Alors chers frères et sœurs, membres de la communauté catholique du doyenné de Lons, ensemble continuons sans fléchir d’affirmer notre espérance, et contre vent et marré osons vivre en vrai chrétien, car il est fidèle, celui qui a promis. Et sa fidélité se traduit par sa proximité à chaque Eucharistie. Alors quand vous viendrez communier : soyez dans la joie puis devenez la joie de Dieu parmi les hommes. Amen.