homélie du 21° dimanche

Quelle énergie le Seigneur déploie pour nous sauver ! C’est fou, tout ce qu’il fait pour nous faire connaître le salut qu’il veut nous donner. Les lectures de la liturgie de ce dimanche nous invite à un double constat : Dieu veut sauver tout les hommes, il veut provoquer à la fin des temps la « ruée » des nations vers son Royaume ; pourtant, son Fils Jésus nous rappelle l’étroitesse de la porte qui ouvre sur ce Royaume où beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas.

Dieu veut sauver tous les hommes, les faire tous passer par la porte étroite, malheureusement tous ne veulent pas se retrouver devant la porte ! C’est une chose de savoir qu’il y a un chemin qui mène au salut, s’en est une autre de l’emprunter pour y parvenir. Jésus ne répond pas directement à l’homme qui l’interroge sur le nombre des sauvés, car ce qu’il faut savoir ce n’est pas combien de sauvés mais plutôt comment l’être. Comment emprunter le chemin et franchir la porte étroite derrière laquelle se déploie l’infini de l’amour divin. La porte est étroite non par avarice divine, car Dieu désire le salut de tous les hommes comme le rappelle Isaïe dans la 1° lecture, mais par notre manque de persévérance dans la foi. Nous voudrions avoir la certitude, une fois pour toute de notre salut. Beaucoup croient que le baptême est une condition suffisante pour être sauvé ! Ma foi non ! Le baptême n’est pas un pack divin tout en un nous assurant le salut sans condition : il ne nous place pas sous une bonne étoile, ne protège pas de la maladie et de la mort.

Le baptême est le pont spirituel qui mène à Dieu et au salut ; c’est en empruntant ce pont que l’on est sauvé, c’est-à-dire en vivant en chrétien !

C’est pour cela que beaucoup, arrivant comme des fleurs devant la porte du royaume, entendront le Seigneur dire : Je ne sais pas d’où vous êtes. Et ces mêmes personnes protesteront disant : Seigneur, j’ai été baptisé, je me suis marié à l’église, j’ai mis mes enfants au caté, etc… et le Seigneur répondra : Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice.  La foi n’est pas un programme de choses à faire durant la vie, mais un état de vie permanent qui exige la vie sacramentelle, la prière commune avec l’assemblée, l’exercice concret de la charité et la recherche inlassable de la justice autour de soi et dans le monde ! Tous ces moyens que je viens de citer nous permettent d’accueillir Jésus dans nos vies, de vivre nos vies avec lui à nos côtés, comme des amis, marchant côte à côte.

En effet, dans l’Evangile de Jean au chapitre 10ième Jésus le dit de lui-même : Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé. Passer la porte du royaume, c’est avoir vécu de Jésus pour être comme lui. Vivre du Christ, c’est aussi prendre de la distance par rapport au monde. Et en ce temps où l’exigence évangélique passe si mal auprès de nos contemporains, vivre du Christ s’est parfois passer pour un paria…. Plus que jamais, la porte est étroite, non par volonté divine, mais par notre refus de vivre réellement ce que nous savons devoir vivre. St Basile de Césarée en faisait déjà le constat en son temps : « L’âme, en effet, hésite et chancelle quand, d’un côté, la considération de l’éternité lui fait choisir le chemin de la vertu, et quand en même temps la vue des choses de la terre lui fait donner la préférence aux séductions du monde. »

Notre grande souffrance, c’est de vouloir un salut sans effort, de croire que Dieu nous sauvera sans récriminer, même si nous lui tournons le dos, l’ignorons, le méprisons ou le trahissons en allant voir d’autres dieux…. Nous abaissons la splendeur de Dieu à nos médiocrités humaines, nous rassurant ainsi sur ce que nous croyons être notre salut ! Nous avons oublié le chemin de la sainteté, celui que notre baptême nous trace et que nous avons à vivre chacun selon notre état de vie. La sainteté est louange et amour du Seigneur jusqu’au mépris des opinions du monde, la sainteté est amour et service de nos frères humains tout le temps et à chaque instant jusqu’au mépris de sa propre vie.

Alors vous tous qui êtes venus ce (soir) matin, prendre place au festin qui annonce le royaume qui vient, cet évangile nous concerne et nous met en garde… Que notre communion à la source de Vie soit fervente et vraie pour qu’elle nous enflamme d’amour pour Dieu, cet amour qui nous permet de l’aimer pour lui et dans les autres. Amen