homélie du 24° dimanche

archives du Canada

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Y’a d’la joie, partout y’a d’la joie ! Voilà ce que chantait Charles Trenet en 1936. Et bien moi-aussi ce matin je voudrais reprendre avec vous ces paroles. Y’a d’la joie partout y’a d’la joie et surtout quand on parle de pardon. On va souvent dire que pardonner est long et douloureux, qu’il faut d’abord faire le deuil de ceci ou de cela, qu’il faut le temps de digérer et de guérir les blessures, etc. Tout cela est vrai, pourtant ce matin la liturgie nous invite à diriger le projecteur sur cette vérité biblique : la joie que procure le pardon donné ou reçu. Si nous pouvions saisir cela tout au fond de nos cœurs assombris par le péchés : la joie de celui qui pardonne dépasse infiniment la haine du rancunier, la joie de celui qui est pardonné déborde largement la tristesse du coupable. Rien ne m’est plus douloureux comme prêtre que d’entendre des paroles telles « je ne pourrai jamais pardonner » « je veux qu’il paye pour le mal qu’il (elle) m’a fait » « un jour je me vengerai » et combien d’autres phrases tout aussi terribles les unes que les autres. Des phrases que nous avons tous un jour ou l’autre pensées, voir prononcées à voix base ou à plein poumon. Des phrases nourries par la souffrance et l’incompréhension, par la haine et la violence.  Quoi de plus terrible que de vivre la haine au ventre, la vengeance dans le cœur, les regrets nous vrillant l’estomac ou la culpabilité nous empêchant de relever la tête ? La violence appelle la violence, l’intransigeance appelle l’intransigeance. Contre cela ce dimanche le Seigneur invite à la conversion. Il vient autant à la rencontre de celui qui fut blessé que de celui qui a blessé. Il vient nous indiquer le chemin du pardon.

Aujourd’hui encore nous devons prendre la suite du Seigneur et nous faire artisan de paix, modèle de pardon pour ce monde. C’est cela que nous rappelle Paul dans la 2° lecture : « Mais s’il m’a été fait miséricorde, c’est afin qu’en moi le premier, le Christ Jésus montre toute sa patience, pour donner un exemple à ceux qui devaient croire en lui, en vue de la vie éternelle». Ainsi, depuis 2000 ans, sur tous les tons et tous les modes les papes successifs, les saints et de nombreux chrétiens ont appelé toujours et encore à la paix, à la réconciliation et au pardon ! Nous prions pour cela pour les pays lointains, mais qu’en est-il au fond de nos cœurs ? Sommes-nous prêts au pardon envers nous-mêmes, envers nos proches ? Sommes-nous disponibles pour vivre enfin la grande joie de la réconciliation avec le Seigneur qui ouvre nos lèvres pour que notre bouche annonce sa louange et de ses merveilles ? Car le Seigneur Jésus rappelle dans l’Evangile que le pardon est une œuvre concrète qui exige que nous partions à la recherche de la brebis perdue dans le désert et de la pièce d’argent égarée dans la maison. C’est-à-dire que nous devons partir à la recherche de nos proches avec lesquels nous sommes en conflits. Accrochés à Jésus, accompagnés, même portés par lui, osons la réconciliation pour laisser enfin la joie jaillir en nous. Reconnaissons que ceux de nos proches avec lesquels nous sommes en froid nous manquent, qu’ils sont cette pièce d’argent qui manque à notre trésor familial, amical ou sociétal. Que de belles fêtes en perspectives quand deux personnes se réconcilient, quand la joie des retrouvailles est plus forte que la haine, l’indifférence ou le mépris. Jésus nous affirme qu’alors c’est aussi la fête au ciel, que les anges se réjouissent de toutes les réconciliations faites sur terre.

Notre mission de baptisés est donc de transformer le ciel en une fête permanente : la miséricorde doit être notre bataille spirituelle à tous. Partout où cela est possible œuvrons pour la paix, pour la réconciliation et la concorde. Osons toujours faire le premier pas, même si nous sommes parfois rabroués, même si cela nous coûte.

Cependant il faut aussi mettre des choses au point : le pardon est possible dans la mesure où nous-mêmes nous nous laissons réconcilier avec Dieu : c’est à la mesure du pardon que Dieu nous donne que nous pouvons pardonner ou demander pardon. Regarder notre vie en face, connaître et assumer nos faiblesses nous permettront toujours de les pardonner aux autres et de les aider à les assumer. Le psaume le redit avec tant de justesse « le sacrifice qui plait à Dieu c’est un esprit brisé, tu ne repousse pas ô mon Dieu un cœur brisé et broyé ». Il n’y a pas de triomphalisme à pardonner seulement la joie de se sentir à nouveau estimer de soi et des autres, la joie d’être intégré à nouveau dans la communauté familiale, ecclésiale ou sociale.

Puisse le Seigneur ce matin, lui qui nous fait miséricorde par son Corps livré et son Sang versé, nous donner courage et persévérance pour devenir à notre tour des puits de miséricorde autour de nous et dans tout notre diocèse. Amen