homélie du 27 dimanche

L’un de mes neveux, Sébastien est directeur d’un grand hôtel de la région Bordelaise et lors de mes vacances là-bas il m’a relaté cette anecdote qui illustre bien le propos de l’évangile de ce dimanche. Un employé de son hôtel, bon travailleur et fidèle au poste qui lui est confié, après quelques mois d’activité vient voir mon neveu et lui dit « comme j’ai bien travaillé je mérité une augmentation de salaire » la réponse de Sébastien fut très juste, il lui a rétorqué : «je vous paye pour bien travailler, le salaire que je vous donne est le paiement d’un travail bien fait. » En effet, en travaillant bien, ce jeune employé n’a fait que son devoir.

Faire son devoir nous renvoie toujours à notre enfance, à l’âge où notre liberté était contrainte par des obligations imposées d’en haut : faire ses devoirs en rentrant de l’école, être obligé de faire la vaisselle, de mettre la table, de ranger sa chambre, de faire du catéchisme, d’être poli avec la dame, le monsieur que je ne connais pas, etc… Dès notre tendre enfance le devoir nous est imposé par un autre (d’ailleurs, la racine latine du mot devoir signifie : tenir qlqchose de qlqun) et il est souvent perçu par nous comme une corvée, comme un obstacle à notre liberté et non pas comme un lieu d’épanouissement.

Parvenu à l’âge adulte, on ne peut plus nous dicter nos devoirs. Nous affirmons que sommes assez grands pour savoir ce que nous avons à faire. Pourtant sans rechigner nous devons, sans le désirer, payer nos impôts ou respecter le code de la route. Il y a une différence entre nos devoirs civiques qui nous aident, en les respectant, à vivre ensemble et d’autres devoirs comme appellerait « moraux ». En effet, « Faire son devoir » peut être perçu, comme un acte extraordinaire ? Combien de fois, lors du journal télévisé, nous montre-t-on des personnes qui en ont sauvé d’autres au risque de leur vie et qui donnent comme toute explication à leur geste courageux qu’un « je n’ai fait que mon devoir ». Il semblerait que ‘faire son devoir’, d’un point de vue moral, découle d’un choix de la conscience. En effet, chacun de nous, en tant qu’adulte qui a une conscience, se demande toujours : à qui obéir, qui saluer, à qui dire la vérité, à qui porter assistance, à quelles personnes ou à quels actes accorder du crédit, qui servir dans la joie de la foi, etc.… ? Ainsi nous découvrons que ‘faire notre devoir’ n’est qu’un moyen pour atteindre le but que nous visons. Sachant cela, nous pouvons mieux comprendre l’évangile de ce dimanche :

Si notre fin, le but de notre vie est de partager pour l’éternité la vie de Dieu dans son royaume, alors nous recevons nos devoirs de Dieu : ceux-là même qu’on appelle les 10 commandements (devoirs vis-à-vis de Dieu et devoirs vis-à-vis de nos frères). Si nous voulons accéder à la vie éternelle, nous n’avons pas à considérer nos actes de foi, d’espérance et de charité comme des choses extraordinaires, mais seulement comme les moyens d’accéder à notre plus grand désir : la vie éternelle dans la compagnie du Seigneur et de tous les saints du ciel !

Ainsi en va-t-il, dans la 2° lecture, de Timothée. Dans la lettre qu’il lui adresse, Paul rappelle à Timothée ses devoirs, en lien avec son fonction épiscopale : N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur, mais, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile. Tiens-toi au modèle donné par les paroles solides que tu m’as entendu prononcer dans la foi et dans l’amour qui est dans le Christ Jésus. Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous. Et ce qui vaut pour le pasteur, vaut aussi pour les brebis, vaut pour nous ce matin. Nous ne sommes pas les propriétaires de la Bonne Nouvelle, mais seulement ses messagers. Ce que nous avons à dire n’a pas à être frelater par nous ou arranger à notre sauce. Notre devoir est de garder toute la beauté du message du Christ !

Nous pouvons aussi dans le psaume trouver des exemples de ce que sont nos devoirs envers Dieu : il s’agit de crier de joie pour le Seigneur, de l’acclamer comme notre rocher, de lui rendre grâce et de chanter son nom par des hymnes. Notre devoir aussi et de ne pas oublier qu’Il est notre Dieu, ainsi, en sa présence, le psaume nous rappelle quelle attitude avoir : inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits. Voilà un bon conseil pour la consécration eucharistique qui va suivre et pour que notre mouvement à la communion reflète notre foi.

Avoir une vision la plus juste possible de nos devoirs de chrétiens envers Dieu et envers les hommes exige de nous une véritable prière. A l’exemple des disciples demandons au Seigneur d’augmenter en nous la foi, pour que nos actes soient cohérents avec la vie éternelle que nous désirons vivre et proclamer. Amen