homélie du 02 novembre

Epître de st Paul aux Romains (14,7-12)
En effet, aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même :
si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur.
Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants. Alors toi, pourquoi juger ton frère ? Toi, pourquoi mépriser ton frère ? Tous, en effet, nous comparaîtrons devant le tribunal de Dieu. Car il est écrit : Aussi vrai que je suis vivant, dit le Seigneur, tout genou fléchira devant moi, et toute langue proclamera la louange de Dieu. Ainsi chacun de nous rendra compte à Dieu pour soi-même.
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Tous nous comparaîtrons devant le tribunal de Dieu. cette certitude, à la fois terrifiante et rassurante, que l’apôtre Paul livre aux Romains vaut pour tous les hommes et pour chaque homme. Elle terrifie ceux qui refuse de voir en Dieu un juge, elle rassure ceux qui croient en la justice, car elle fonde en nous l’espérance que toute justice sera rendue le moment venue et que chacun de nous devra rendre compte à Dieu pour soi-même, comme le rappelle Paul. Pour bien saisir ce qu’est le tribunal de Dieu, il faut nous extraire d’une vision trop humaine de la justice. Cette justice des hommes dont nous dénonçons les dérives, la partialité et la corruption. Face à elle, la justice de Dieu est le plus grand argument en faveur de la vie éternelle. C’est ce que rappelle le pape Benoît dans sa seconde encyclique :Spe Salvi, sauvés dans l’espérance, au N° 43: « je suis convaincu que la question de la justice constitue l’argument essentiel… en faveur de la foi en la vie éternelle. … il est impossible que l’injustice de l’histoire soit la parole ultime. » Vous le dites-vous-même quand vous venez me voir pour préparer des obsèques : il ou elle a mérité son paradis, sa récompense. Il ou elle a traversé les épreuves, il ou elle a été calomnié, etc…

Le tribunal de Dieu devant lequel nos défunts ont comparus, et devant lequel nous comparaîtrons également est le tribunal de la justice véritable. Notre espérance est qu’une justice pure et équitable puisse être rendue par Dieu qui à la lumière de son amour, jugera la vérité de nos gestes, de nos paroles, de nos actes et de nos omissions. C’est encore le pape qui le dit le mieux dans la même encyclique au N° 44 « l’image du jugement final est en premier lieu non pas une image terrifiante, mais une image d’espérance ; peut-être même l’image décisive de l’espérance….c’est une image qui appelle à la responsabilité. » Quand j’entends dire que Dieu pardonnera tout, sans distinction, je me permets de réagir, faire cela serait, de la part de Dieu agir sans justice. Certes notre salut est une pure grâce de Dieu, mais la grâce n’exclut pas la justice, car la grâce de Dieu ne peut pas changer le tort en droit ! Beaucoup confondent le pardon des péchés qui naît d’une demande, d’une supplication du pécheur à son Dieu et la nécessaire justice qui renvoie à la responsabilité de nos actes. Si comme le rappelle Paul, la grâce surabonde où le péché à abonder. Pour Benoît XVI, la grâce « n’est pas une éponge qui efface tout, de sorte que tout ce qui s’est fait sur la terre finisse par avoir toujours la même valeur. ».

Le tribunal de Dieu est alors le lieu où tout est dévoilé en vérité, où tout doit être, pour tous, assumé dans la vérité des intentions, des moyens, des résultats et des conséquences. « La rencontre avec [le Christ] est l’acte décisif du jugement. Devant son regard s’évanouit toute fausseté…les choses édifiées durant la vie peuvent alors se révéler paille sèche, vantardise vide et s’écrouler. » La différence entre l’homme pécheur que nous sommes et le fils ou la fille adoptifs de Dieu que nous sommes appelés à être doit être résorbée, cela s’appelle d’un mot que beaucoup, à tort rejette, le purgatoire. Le purgatoire n’est pas un lieu, mais un état par lequel il nous faut passer pour achever notre christification. Je cite encore une fois le saint Père : « dans la souffrance de cette rencontre, où l’impur et le malsain de notre être nous apparaissent évidents, se trouve le salut. Le regard du Christ, le battement de son cœur nous guérissent grâce à une transformation certainement douloureuse, comme « par le feu ». Cependant c’est une heureuse souffrance, dans laquelle le saint pouvoir de son amour nous pénètre comme une flamme, nous permettant à la fin d’être totalement nous-mêmes et avec cela totalement de Dieu. »

Notre mort alors n’est plus à craindre, elle devient quasi désirable, car en nous menant devant le tribunal de Dieu, elle nous permet d’expérimenter et d’accueillir la plénitude de l’amour purifiant et divinisant du Christ. « Sa mort donne la vie à tous. Sa mort est une victoire, sa mort est un mystère, le monde célèbre sa mort chaque année » s’écrie Sainte Ambroise de Milan. Il ne faut pas s’attrister de la mort, puisqu’elle produit le salut de tous, car la mort met fin aux malheurs de l’homme condamné pour sa désobéissance originelle, à un travail pénible et à une désolation insupportable. « Sa mort lui rend ce que sa vie avait perdu. » Il me paraît bon, pour nous chrétiens, de redécouvrir l’espérance qui est la nôtre en les fins dernières. Notre foi nous projette dans l’éternité dès maintenant. Notre espérance, c’est à chaque eucharistie que nous la proclamons. Quand nous venons communier à celui qui a déjà franchi la mort, quand nous recevons pour nous préparer à notre tour au grand passage, son Corps Ressuscité nous Lui demandons son aide pour faire mourir l’homme ancien en nous, en y laissant croître l’homme nouveau. Aujourd’hui donc, en communion avec nos défunts attablés au banquet des sauvés, célébrons dans la foi et l’espérance l’Eucharistie qui dès cette vie, assume notre mort et annonce notre résurrection. Amen