homélie du 7° dimanche

Évangile de J-C selon st Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos !

Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! Moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. 

Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. Vous aurez tous noté, frères et sœurs la différence de temps entre la perfection divine et la nôtre : Celle de Dieu existe depuis toujours (votre Père céleste est parfait), la nôtre et à venir (Vous donc, vous serez parfaits), elle se réalise, se concrétise en nous jour après jour. Ainsi, si « la perfection n’est pas de ce monde » comme le rappelle le proverbe, elle est pourtant pour ce monde.

En effet, La perfection est divine, elle vient de Dieu qui veut nous la rendre accessible en Jésus son envoyé. Jésus est notre modèle de perfection, avec lui à nos côtés nous pouvons nous entrainer et petit à petit nous perfectionner, sachant que la perfection parfaite adviendra au jour de notre entrée au ciel, quand l’Esprit Saint aura brûlé en nous toutes les déchets du péchés pour occuper toute la place et enfin, totalement nous christifier.

Pourtant quand je regarde la télé, quand je surfe sur internet ou écoute la radio, partout j’entends ou vois des invitations à la perfection…. il n’est pas un site internet, une émission télé où l’on ne donne pas un nombre incalculable de secrets, de recettes, de trucs pour se parfaire au moins dans les domaines du corps et de la vie matérielle. Ainsi se développe le désir de devenir le moins imparfait possible mais en limitant ce désir aux seules apparences du corps, aux seules choses périssables.

La poursuite jusqu’à l’épuisement d’une perfection anatomique et économique n’est que le revers affreux d’une démission spirituelle. On nous affirme avec assurance que tout est perfectible sauf ce qui doit l’être vraiment : l’âme. Dans un monde matérialiste le progrès, notion civilisatrice par excellence, est valable uniquement pour ce qui est périssable. Affirmez que spirituellement et moralement il faut progresser, se perfectionner et vous devenez un tyran moralisateur.

C’est donc un tyran moralisateur qui vous parle en ce moment. Si l’on faisait à son âme le même lifting qu’au reste de son corps. Si on prenait soin de ce que l’on donne en nourriture à son âme aussi bien qu’on le fait pour surveiller sa ligne. Je gage que le doyenné de Lons deviendrait au sens propre l’antichambre du paradis ! Pourtant que l’Eglise ose proposer la maîtrise de soi, le jeûne, la prière, l’ascèse, l’aumône comme une voie de perfectionnement spirituelle et elle passe pour une institution obscurantiste, une mère fouettarde des consciences. Alors que pour perdre 2 ou 3 kilos nous sombrons dans une privation bien pire, alors que pour garder fraicheur et dynamisme nous pratiquons jusqu’à l’excès le sport : capable que nous sommes de faire des kilomètres à pieds pour sauvegarder une santé qui nous échappe quoi qu’il en soit et nous rallons pour faire quelques kilomètres (en voiture) pour assister à la célébration de la messe, permettant ainsi à notre âme de recevoir, en vue de l’Eternité, la nourriture dont elle a besoin !

Nous acceptons désormais tous les sacrifices pour les choses qui passent et les ignorons pour celles qui demeurent. Ainsi je me plie à l’injonction du médecin pour préserver ma vie biologique (ce qu’il faut faire) mais je refuse d’entendre Celui qui m’appelle, en vue de l’Eternité avec Lui, à me perfectionner. Autrement dit : nous disons bien souvent au Seigneur : « prends-moi comme je suis mais ne me demande pas d’évoluer, de changer ». Nous sommes devenus hermétique à l’idée même de conversion. A quoi bon chercher à changer puisque Dieu nous accueille tel que l’on est : piège spirituel on ne peut plus grossier du Tentateur, qui veut par tout les moyens rendre la vie divine inaccessible et renvoyer Dieu dans les hauteurs célestes.

Pourtant ce qu’il nous faut entendre, c’est l’appel de Jésus : Il nous commande de nous perfectionner dès ce monde, mais en vue de devenir des enfants de Dieu. Et si nous sommes attentifs nous avons même le mode d’emploi : dans le livre des Lévites : Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint.  C’est-à-dire ni haine, ni vengeance, ni rancune contre son frère. En résumé pour être saint : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Dans l’Evangile le Seigneur Jésus, par ses paroles : Vous avez appris qu’il a été dit : … Eh bien moi, je vous dis, nous aide à mieux comprendre et donc à mieux vivre la loi qui nous perfectionne. En effet, Jésus propose, au lieu de contenir sa riposte (œil pour œil) de faire régner l’amour (tu aimeras et du prieras pour tes ennemis). Car ce qui est en jeu n’est plus seulement d’être un homme juste dans ce monde qui passe, mais d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux. Car rappelle Paul aux Corinthiens : vous êtes un sanctuaire de Dieu, et l’Esprit de Dieu habite en vous ? Ainsi notre perfectionnement a déjà commencé car l’Esprit agit en nous …. Chacun de nous peut-il dire que cela se voit ? Sinon décidons que désormais, prenant au sérieux cette belle vocation, nous allons y travailler… beau programme pour le carême qui vient ! Amen