homélie 3° dim de carême

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Henry Ford, le célèbre industriel américain du XIX° siècle disait « qu’une poignée d’hommes parvient à s’enrichir simplement en prêtant attention aux détails que la plupart des gens négligent. » je crois que ce qui vaut pour l’économie vaut aussi pour la lecture des textes sacrés. Nous pouvons nous enrichir spirituellement en faisant bien attention aux détails du texte de l’évangile de ce matin et celui-ci en particulier : La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville. Voyons ensemble ce que ce détail révèle.

1/ La cruche : un prétexte pour une rencontre de plus. Cette femme de Samarie qui vient à Jésus a une vie personnelle et intime très chaotique : avec 5 maris à son actif et un 6° qui ne l’est pas on peut légitimement penser qu’elle a bien envie d’épingler aussi Jésus sur son tableau de chasse. En effet, le texte nous relate que c’est à la 6° heure que se déroulent les faits, c’est-à-dire à midi, l’heure où nul ne travaille et tous se reposent. En sortant avec sa cruche à midi pour aller chercher de l’eau au puits la Samaritaine était sûre de ne croiser personne, d’avoir cet homme assis au bord du puits pour elle seule. Sa vie légère nous pousse aussi à nous interroger que cherche-t-elle et après quoi court-elle en collectionnant les hommes comme elle le fait. Il y a certainement chez elle une soif infinie d’amour et de reconnaissance. Elle cherche à travers ces hommes le regard, le geste respectueux qui l’instituera comme femme, comme être humain à part entière et non comme objet de plaisir seulement.

Cette 1° étape doit nous interpeller nous aussi. Quand nous venons à Jésus, par la prière ou dans les sacrements, n’essayons-nous pas parfois de mettre la main sur Jésus, et de le manipuler pour qu’il accède à nos désirs ? Quel est le désir profond de notre cœur quand nous allons à la rencontre du Seigneur ? Sommes-nous auprès de Lui pour qu’il nous conforte dans l’idée que nous avons de lui et de nous-mêmes ou pour faire une véritable rencontre avec lui ?

2/ La rencontre de Jésus et la découverte du véritable amour. Quand cette femme s’approche de Jésus son plan de séduction tombe vite à l’eau (c’est le cas de le dire). En effet, Jésus provoque cette femme, il prend sa place et c’est lui qui attend quelque chose d’elle, il lui demande à boire. Jésus a identifié immédiatement le désir de cette femme qui ne se laisse pas de repos, même à cette heure accablante de la journée. Il détecte en elle une immense soif d’aimer et d’être aimée quand elle le supplie en disant : donne-moi de cette eau que je n’ai plus à venir ici pour puiser, c’est à dire pour vivre d’autres aventures. Le cœur de cette femme aride, altéré, sans jamais être vraiment irrigué par l’eau de l’amour l’a conduite à prendre 5 maris + 1 qui ne l’est pas : mais ils abusent plus d’elle qu’ils ne lui donnent d’amour. Dans le regard et les paroles de Jésus elle découvre que c’est Dieu qui la cherche et la désire. Jésus la découvre à elle-même : ne crains pas lui dit-il, il t’attend là dans tes difficultés à vivre et à aimer. Quelques soit ta soif, n’ai pas peur de ton désir, suis-moi : accueille la vérité de ta vie. En partant de son désir, Jésus permet à la Samaritaine d’accéder à sa vérité, de mettre les bons mots sur son attente. Il ne la juge pas ni ne la condamne, il ne lui reproche rien, mais lui indique l’essentiel et donne un sens à sa quête.

Cette seconde étape doit aussi nous interpeller : allons-nous au Christ pour faire une rencontre de plus ou pour le laisser nous rencontrer en vérité ? Laissons son regard d’amour dévoiler à nous-mêmes nos attentes et nos joies profondes. Dans les sacrements, dans la prière, l’amour vrai et pur vient à notre rencontre, laissons-le nous aimer et nous révéler à nous-mêmes. Laissons-le faire jaillir en nous l’eau vive de son amour !

3/ La Samaritaine devient « la cruche » de chair qui porte l’eau vive dans son village. Sa rencontre avec Jésus l’a libérée, l’a révélée à elle-même. Son besoin des hommes était le signe d’un désir plus profond et plus authentique. Cette découverte sur elle-même, le regard d’amour et de miséricorde de Jésus, lui rend son innocence. Elle est connue et vue par Jésus pour ce qu’elle est vraiment, elle peut alors elle aussi connaitre Celui qui lui parle, le Fils de l’homme. Dès lors, en elle peut jaillir la source d’eau vive. Elle devient la cruche de chair qui porte en elle l’eau vive qui donne sens à toute vie. Devenue source à son tour, elle peut annoncer Jésus à son village. D’ailleurs, le fait qu’elle laisse sa cruche, montre que cette dernière était un prétexte pour s’approcher de Jésus et qu’elle est devenue inutile puisqu’elle-même est désormais source de vie divine pour son village. Grâce à elle des personnes vont aussi découvrir et croire en Christ.

Et nous même, en sortant de la messe, de la prière silencieuse, de la méditation du chapelet, acceptons-nous de devenir une source de vie divine pour toutes les personnes que nous rencontrerons. Avons-nous le désir de laisser jaillir la vie divine dans nos vies et d’irriguer d’amour notre société par nos gestes et nos paroles devenus ceux de Jésus ?

La samaritaine c’est donc chacun de nous ! Dieu nous cherche dans le plein midi de nos tourments pour que notre mal d’aimer se transforme en joie d’aimer. Lors de la communion soyons comme cette femme de Samarie, désirons rencontrer Jésus, laissons son regard d’amour nous révéler à nous-mêmes et nous rendre notre innocence et courrons à la rencontre des autres pour leur redire de quel amour ils sont aimés. Amen