homélie du 5° dimanche de carême

Lecture du livre du prophète Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d’Israël. Vous saurez que Je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai remonter, ô mon peuple ! Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ; je vous donnerai le repos sur votre terre. Alors vous saurez que Je suis le Seigneur : j’ai parlé et je le ferai – oracle du Seigneur.

Plus on avance en âge, plus la question des fins dernières revient dans notre réflexion : où allons-nous ? Comment se passe la résurrection ? Dans quel corps vais-je ressusciter ? Le malheur c’est que nous apportons des réponses trop humaines à des questions qui sont de l’ordre de la foi.  Comme pour bien des choses, nous voulons bien que l’amour de Dieu nous saisisse et nous transforme, mais à condition que cela se fasse selon notre désir personnel et que le Seigneur se plie à nos instructions post-mortem. Ainsi nous pressons Dieu et l’Eglise de se mettre au goût du jour : à quand un contrat vie éternelle calquer sur le contrat obsèques tellement à la mode de nos jours. On veut absolument tout maitriser de sa mort, on donne des instructions, on fait des testaments, on partage, on prépare aussi le déroulement intégrale de la célébration des obsèques : des chants et même, je l’ai déjà vu : une personne avait écrit le mot de présentation de sa propre vie : elle voulait s’assurer que l’on dirait bien ce qu’il fallait retenir de sa vie. Et cette propension à tout contrôler s’étend de plus en plus au domaine de la foi : on veut qu’à l’église soit proclamer notre foi, et non les vérités de la foi. Ainsi je tombe régulièrement sur des personnes qui affirment, contre la foi catholique, ne pas croire à la résurrection de la chair, croire à la réincarnation ou enfin des personnes qui, en désirant une crémation – dispersion nient plus ou moins consciemment la résurrection de tout l’être : corps, esprit et âme.

Toutes ces pratiques soulignent  la perte du sens de la foi : maintenant quand on passe à l’église pour ses obsèques, on veut imposer moins de prière, ou des textes non bibliques, on veut passer des morceaux de musique qui n’ont rien à voir avec Dieu. Et il faudrait que les prêtres et les équipes funérailles au nom de l’accueil de tous renoncent à l’intégrité de leur rite et même à leur message de vie éternelle après la mort ! Je viens moi-même d’une famille profondément athée, et mon père a désiré être enterré civilement, comme un autre des mes oncles, et lors de ces célébrations tous geste à connotation catholique (signe de croix, prière) a été interdit pas ceux qui s’occupaient de la cérémonie civile : « par respect pour la volonté du défunt… » Ne devrait-il pas en être de même pour les funérailles chrétiennes, ne devrait-on pas aussi respecter le rite catholique pour la personne qui désire passer à l’église ?

Passer à l’Eglise c’est donc poser un acte de foi : c’est affirmer que mon corps, mon âme et mon esprit ressusciteront pour la vie éternelle. Si le doute ou l’excentricité ébranlent notre foi, la liturgie de ce matin ravive notre espérance :

La mort est pour nous une pâque, un passage afin de vivre pour l’éternité avec Lui, dans la connaissance parfaite de ce qu’Il est. Comme le proclame le prophète Ezéchiel dans la première lecture : Vous saurez que je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux et vous en ferai sortir… Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez. Au jour de la résurrection, nous jailliront de nos tombeaux : nous serons les mêmes et totalement différents car alors l’Esprit de Dieu nous remplira complètement.

Pourtant ce qui nous attend de l’autre côté nous le vivons dès maintenant, comme le souligne l’apôtre Paul aux Romains : celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous : par le baptême est semé en nous l’unique Esprit de Dieu : durant toute notre vie chrétienne, l’Esprit nous transforme, nous christifie, nous prépare pour l’éternité : il imprègne de son immortalité, chacune de nos cellules pour que notre vie tout entière, corps et âme, surgisse du tombeau au premier jour du monde nouveau.

Le cas de Lazare dont l’évangile nous entretient est donc là pour fortifier notre foi : St Jean affirmant que Jésus parlait de la mort relate ces paroles du Christ : il leur dit clairement :  » Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez !  Le récit du retour à la vie de Lazare est en vue de notre foi, pour que celle-ci soit fondée sur la puissance du Christ plus fort que la mort. Croyons-nous seulement au fond de notre cœur que ce récit est véridique ? Croyons-nous à la parole même de Jésus à Marthe : Ton frère ressuscitera.  » Pouvons-nous faire nôtre la foi de Marthe : Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour, à la résurrection. « .

Alors à mon tour, et à la suite des apôtres, de Marthe, de Marie et de Lazare, des pères de l’Eglise et de tous les saints, pour fortifier votre foi et augmenter votre fidélité à l’enseignement de l’Eglise, je vous redis les paroles de Notre Seigneur Jésus  » Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. »

Jésus par ma bouche vous le redemande aujourd’hui : «  Crois-tu cela ? » à nous ce matin, en venant communier, alors que nous porterons le corps du Seigneur à nos lèvres, de faire un acte de foi en redisant les paroles de Marthe Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois : tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde.  » Amen