homélie de la veillée pascale

par l’abbé Vincent Billard, diacre qui sera ordonné prêtre pour notre diocèse le 25 juin prochain!

La Pâques du Seigneur est notre Pâques !

Chers frères et sœurs, chaque année, c’est la même chose ! 3 jours saints, 3 « messes » un peu plus longues que d’habitude, et ce soir : le feu dehors, les nombreuses lectures…Bref tout semble se répéter inlassablement et sans suspens car la fin de l’histoire nous la connaissons : le Christ sera ressuscité. Nous sommes habitués. Mais il n’est jamais trop tard pour découvrir ou redécouvrir certains détails…par exemple le fait que, aux 2/3 de notre célébration, nous n’avons pas encore fait de signe de Croix ! A vrai dire, nous n’en n’avons pas fait depuis l’ouverture de la célébration de la Sainte Cène, jeudi soir ! Pourquoi cela ? Parce qu’en ces jours Saints où nous célébrons la passion, la mort et la résurrection de Jésus nous sommes plongés dans un seul moment liturgique…qui se développe sur un temps long. Mais pourquoi prendre tout ce temps à rappeler des évènements passés, alors que sincèrement 2 heures auraient suffit pour, se remémorer, faire « faire mémoire » de ce qui est arrivé à Jésus ?

I/ Un mémorial

Vous devinez que s’il s’agissait simplement de se rappeler un événement, même fondateur, mais passé, développer la célébration sur un temps si long n’aurait aucun sens ! Mais il y a quelque chose de bien plus grand dans ces célébrations du Triduum, dans cette célébration annuelle du Triduum : il s’agit d’un mémorial. En ces jours nous ne participons pas à une commémoration mais à un mémorial. Et la différence est de taille : alors que la commémoration nous fait évoquer ensemble un souvenir passé pour maintenir une mémoire commune, le mémorial nous plonge aujourd’hui dans ce qui s’est vécu jadis et qui s’actualise pour nous année après année en nous ouvrant sur ce qui vient. Entre commémoration et mémorial il y a un véritable basculement. D’une mémoire que nous faisons d’un évènement, nous passons à un évènement qui fait mémoire de nous en nous intégrant à lui-même. Et cela ne va pas de soi !

II/ La crise de la Mort

Cette logique du mémorial est terriblement exigeante car si l’évènement de la passion, de la mort et de la résurrection nous invite, alors il va nous falloir donner une réponse…et cela, personne ne peut le faire à notre place. Et pour cause, le passage par la mort avec le Christ implique inévitablement des moments de crise et de conversion, où justement et mystérieusement, Dieu parle à notre cœur. La lecture du passage de la Mer Rouge par le peuple hébreu est en ceci très parlante.

Le peuple est devenu nombreux en Egypte : la promesse de Dieu à Abraham s’est réalisée ! Mais voici que cette réalisation de la bénédiction de Dieu devient pour le peuple un motif de malédiction : Pharaon prend peur du grand nombre des hébreux. C’est à n’y plus rien comprendre ! Et cette logique de renversement se poursuit : à peine sorti d’Egypte, le peuple se retrouve acculé devant la Mer infranchissable : « Manquait-il de tombeaux en Egypte ? » (Ex 14, 11). Et la Mer s’ouvre, le peuple traverse, les cris se transforment en chants de louange. C’est un éternel basculement, une éternelle conversion que le peuple vit. Et il lui faut passer par la crise la plus profonde et la plus difficile pour un croyant : « Ce pourrait-il que Dieu ne soit pas fidèle et même méchant ? ».

III/ Notre Pâques

Nous sommes au cœur du mémorial et donc cette crise doit être la nôtre car il faut passer par la Mort, lourde de pourquoi et d’incompréhension, pour laisser Dieu parler au moment où tout semble nous échapper. Cette crise doit être la notre et ce n’est pas pour rien que ce texte de l’Exode est le seul que l’Eglise nous demande de toujours garder et de n’enlever sous aucun prétexte dans le récit de la Nuit de notre Salut. Une question se pose inévitablement : pourquoi ces morts Egyptiens ? Et pourquoi nous réjouir de ces morts… ? Le doute arrive et nous n’osons l’avouer : « Dieu serait-il méchant ? » C’est la crise de la Mort qu’il nous faut traverser sans y répondre trop vite. La réponse que nous donnerons ne peut être toute faite : elle est celle bien plus large de notre foi. C’est dans notre histoire personnelle avec Dieu, notre histoire sainte, que la réponse pourra être donnée.

La mémorial nous plonge « pour de vrai » dans la passion et la mort de Jésus…et si nous nous retrouvons intégrés au présent à un évènement passé, c’est pour nous ouvrir dès aujourd’hui à ce qui viendra : le Résurrection.

Frères et sœurs en cette Nuit où la Vie a vaincu la Mort, demandons la grâce de traverser le chemin de la Mer, d’en faire un chemin de la foi, que la Pâques du Seigneur soit véritablement, année après année, notre Pâques.