homélie du 20° dimanche

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, partant de Génésareth, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! » Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! »     Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie

On a beau toujours vouloir faire passer Jésus pour le plus gentil et le plus aimable des hommes (ce qu’il est en vérité !) dans l’Evangile d’aujourd’hui son image en prend un coup ! Quel homme, quel Dieu peut traiter ainsi une femme, d’abord en l’ignorant puis, quand il s’adresse à elle, en utilisant des mots peu flatteurs qui la comparent à un chien ! Imaginez le cirque médiatique et le buzz sur internet si de nos jours le pape ou un évêque osait dire une chose pareille à une femme: qu’est-ce qu’on n’entendrait pas sur la misogynie des hommes d’Eglise, sur le mépris des femmes par les prêtes, et j’en passe ! Pourtant ces paroles furent prononcées par le Seigneur Jésus, Dieu humble et pauvre qui aime tous les hommes. Il nous faut donc découvrir ce que révèle vraiment ce texte en s’attachant d’abord à la figure de cette femme qui ne se démonte pas en face de Jésus. Car c’est elle qui est au cœur de cet Evangile. Avec une foi lumineuse et une répartie peu commune elle va faire chavirer le cœur de Dieu et l’incliner vers les païens.

D’abord cette femme réalise la prophétie d’Isaïe que nous avons entendue dans la première lecture : Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour aimer son nom, …je les conduirai à ma montagne sainte, je les comblerai de joie dans ma maison de prière. En effet, si nous reprenons les termes qu’emploie la cananéenne et son attitude, ils disent sa foi dans le Dieu vivant et vrai et dans son fils Jésus : écoutez plutôt : Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David. Ainsi, cette Cananéenne appelle Jésus, Fils de David et Seigneur, puis ensuite, elle finit par l’adorer comme Dieu en se prosternant devant lui.

Or, cette femme méprisée est une étrangère qui sait que l’unique Dieu est là en face d’elle, qu’il est venu jusqu’à Tyr et Sidon, pays païens, pour qu’éclate sa gloire parmi toutes les nations. Et c’est elle la pauvre étrangère, avec sa foi et sa détresse de mère qui va provoquer cette révélation. D’une certaine manière elle permet à Jésus d’inaugurer ou plutôt d’officialiser l’universalité de sa mission.

Et pour obtenir d’être exaucer par Dieu, elle accomplit jusqu’au bout la prophétie d’Isaïe qui dit que les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer, …, leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel. Et voilà donc que cette femme par amour de son enfant malade, acceptera de sacrifier son honneur, et même son humanité jusqu’à être traité de chien, pour obtenir de Jésus la délivrance de son enfant. Elle semble dire au Seigneur Jésus : « Si je suis un chien, je ne suis plus une étrangère. Tu me donnes le nom de chien, alors nourrit-moi comme un chien, qui ne peut pas s’éloigner de la table de son Maître ». Alors voyant une telle foi, Jésus se laisse toucher au cœur et exauce la prière de cette femme. Cette Cananéenne, cette païenne étrangère doit devenir notre modèle de foi, de patience et d’humilité.

Un modèle de foi, car sans douter et reculant devant aucun sacrifice, elle sait qu’elle aura du Seigneur la guérison de sa fille.

Et nous même frères et sœurs, où en est notre foi et notre confiance dans la puissance de guérison de Jésus, osons-nous croire en la toute puissance de son amour agissant, osons-nous encore lui demander l’impossible ?

Un modèle de patience, car refoulée par les apôtres, ignorée par le Seigneur, traitée comme un chien, et c’est le cas de la dire, elle persévère dans la prière et la supplication en direction de Jésus. Elle n’abandonne pas à la première épreuve !

Et nous, savons encore persévérer dans la charité, l’amour, malgré le silence apparent de Dieu ? Savons-nous vis-à-vis des autres leur témoigner encore de la charité et de la compassion même quand ils nous repoussent ?

Enfin cette femme est un modèle d’humilité : elle se compare, non pas aux chiens, mais aux petits des chiens : elle sait ce qu’elle est et d’où elle vient, elle ne réclame pas plus que sa part, celle qui tombe de la table où siège le maître et ses enfants. Mais son attitude respectueuse envers les miettes qui peuvent nourrir et sauver la rend apte à s’asseoir à la table avec la famille à laquelle elle appartient désormais par la foi : celle des enfants de Dieu, celle de l’Eglise.

Et nous-mêmes, allons-nous toujours communier au corps du Christ avec respect et dévotion ? Avons-nous conscience du cadeau inestimable qui nous est fait ?

Grâce à l’audace de cette femme, le salut est venu aux nations païennes que nous étions. Alors avec toute l’Eglise ce matin, avec la Cananéenne, recevons le pain du Maître, non pas comme des chiens sous une table, mais comme des frères et sœurs du Maître à la table du Royaume. Et quand nous viendrons communier au Corps du Christ tout à l’heure, ayons une pensée d’action de grâce pour cette femme Cananéenne et pour son audace qui nous permet d’être là aujourd’hui ! Amen