homélie du 23° dimanche

Évangile de J-C selon st Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.

Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »

Qui parmi nous n’a pas répondu, lors d’une discussion où l’on nous demande notre avis sur tel ou tel acte ou attitude morale d’une personne « moi je ne me mêle pas de la vie des gens ! » « Chacun fait ce qu’il veut de sa vie », « c’est du privé » ou « qui suis-je pour juger ». Ce genre de réponse vise à donner l’image de celui qui ne juge pas ou plutôt, soyons francs, il nous permet de nous défiler car le jugement nous l’avons déjà émis en pensée. En effet, des jugements nous en portons tout le temps : qu’ils demeurent dans notre cœur ou qu’ils montent jusqu’à nos lèvres. Ils dépendent beaucoup de nos opinions, de nos combats, de nos idéaux, etc. Ainsi, on ne s’indigne pas de la même manière et on n’émet pas des jugements identiques selon celui qui commet les fautes et la consistance des fautes elles-mêmes. Nous pourrions appeler cela la subjectivité, grandement aggravée dans notre monde qui prône un égalitarisme à tous les niveaux : tout se vaut, tout est pensable, tout est faisable. Le seul critère de validité : c’est moi, ma liberté et mon désir. Gare à celui qui déroge à la règle en mettant des hiérarchies dans la vérité, en émettant des doutes sur la pertinence de tous les possibles, qui voit parfois le mal dans certains choix de vie ! Celui-ci doit être redressé ou mis au ban de la société. Que ce soit dit une fois pour toute : si vous n’êtes pas cool, ouvert et tolérant, taisez-vous !

Pourtant, ce dimanche, Jésus nous invite à une attitude toute contraire : il nous demande de dire les choses quand ça ne va pas ! Par cette invitation, Jésus se place dans une posture objective : Il nous rappelle qu’il y a des normes et des règles qui ne dépendent pas de mon bon vouloir, de ma vision des choses, on les appelle les lois naturelles auxquelles s’ajoutent  les 10 commandements, donnés par Dieu aux croyants ainsi que pour un chrétien le déploiement de la réflexion de l’Eglise (avec l’aide de l’Esprit Saint) sur les implications de ces lois dans notre vie sociale. On nomme cela : le magistère de l’Eglise qui défend absolument la dignité de tout homme et de chaque homme voulu par Dieu, créé par lui à son image et à sa ressemblance.

Ainsi, frères et sœurs, Dieu nous unit dans une famille unique pour un seul et même combat : lutter contre le mal et le péché : tous les maux et tous les péchés : Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches rappelle Jésus dans l’évangile. Chacun de nous est un guetteur, selon les mots du prophète Ezéchiel, non pas pour juger nos frères et sœurs mais pour les avertir du danger de tomber dans le mal. Il en va de notre propre salut rappelle Ezéchiel : si je dis au méchant : ‘Tu vas mourir’, et que tu ne l’avertisses pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang.

Ainsi, notre salut dépend de notre souci de sauver les autres. Alors pourquoi restons-nous à commenter entre nous le mal que font les autres sans oser les avertir des risques qu’ils courent ? Qu’est-ce qui nous fait peur, nous empêchant de les sauver ? Je crois que ce sont d’abord nos manques de foi et d’espérance. Selon les sondages, à peine la moitié des chrétiens croient à la résurrection. Donc ils ont bien du mal à penser la vie éternelle et le salut pour eux et donc pour les autres ! Pour eux la foi est seulement pour mieux vivre en ce monde ! Et Jésus n’est pas vraiment Fils de Dieu, mais seulement un humain qui peut servir parfois de modèle de vie.

Ensuite nous avons peur d’aimer en vérité et d’aimer la vérité : en disant à nos jeunes, à nos amis, à nos frères qu’ils pèchent, on craint de les perdre, de ne plus les revoir et on invoque la tolérance. Mais, comment accepter qu’un être cher aille à la mort, à la destruction au nom de la Tolérance ?! Notre tolérance prend trop souvent les vêtements de notre peur de la vérité! Jésus est Dieu, il est « le Chemin, la Vérité et la Vie » et il a confié à son Eglise de faire connaître son Royaume et ses exigences pour y entrer à tous les hommes. Il nous incombe donc de connaître et faire connaître l’enseignement moral de l’Eglise. Il existe des manuels (leDocat, que faire, dans la série des Youcat), le CEC, des vidéos, des rencontres (groupe Zachée, les livrets diocésains, etc.) pour le découvrir. Il y a encore plus simple à faire : c’est d’aimer comme Dieu et d’apprendre à vos enfants à faire de même. Paul le résume génialement : le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour. Car quand on aime son prochain comme Dieu, on ne commet pas d’infidélité, on ne spolie pas son prochain, on n’exploite pas les autres hommes, on vénère chaque vie comme une icône de Dieu.

Alors en séparant toujours, le péché du pécheur et pour condamner le premier et relever le second, osez vous plonger dans la connaissance et la maîtrise de la morale chrétienne : d’abord cela vous fera  progresser en sainteté et vous permettrez à ceux de nos frères et sœurs qui tombent de se relever et de poursuivre avec vous la route vers le Père. Que notre Foi, notre Charité et notre Espérance, nourries par Celui qui est là au milieu de nous, nous mènent ensemble vers ‘l’unique maison de notre Père. Amen