homélie de la fête de la croix glorieuse donnée au carmel de Flavignerot.

Évangile de J-Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème :     « Nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme.     De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé

Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert où il n’y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! » Je crois, mes sœurs, que chacun de nous, au temps des épreuves et selon les choix de vie qu’il a fait, pourrait laisser jaillir ces paroles de ses lèvres. En effet, rien n’est plus difficile que de faire le véritable pas de la liberté et de l’abandon. L’Egypte, pays de l’abondance où s’était réfugié le peuple juif affamé, est devenue avec le temps une tyrannie qui réduisait en esclavage le peuple élu. C’est alors le désir de liberté qui fait crier le peuple vers Dieu. En quittant l’Egypte symbole du péché et de tous les esclavages de la vie, le peuple élu prend le chemin escarpé de la liberté, de l’Exode que lui propose Dieu. N’est-ce pas là aussi une belle image de l’aventure monastique, de la vie consacrée ? Or nous savons tous le prix de la liberté quand il nous faut couper les attaches de nos différents esclavages auxquels nous nous sommes habitués. En effet, c’est si exigent d’être libre quand rien n’est plus facile que de rester prisonnier de nos petites médiocrités, de nos petites négociations, de nos compromis avec le péché. Pendant l’Exode, le peuple se mit à regretter le bon goût des oignons d’Egypte, le bon vieux temps de l’esclavage alors qu’ils n’avaient à manger que la manne de la liberté offerte par Dieu dans le désert ! Sortir d’une vie de péché pour entrer dans une vie de fidélité, c’est accepter d’emprunter le chemin du désert et du dépouillement, de convertir des pans entiers de notre vie, de laisser tomber des manières de faire et de penser pour entrer pleinement dans le projet de Dieu pour nous. Et ce travail d’abandon est toujours à refaire de nouveau ! Et malgré nos plus grandes résolutions, nous revient souvent en bouche le bon goût de nos esclavages, comme le goût de la cigarette dans la bouche d’un ancien fumeur, comme l’odeur du parfum aux narines de celui qui y a renoncé, comme les paroles vaines ou le jugement hâtif aux lèvres scellées par le silence. 

Sur la croix, notre Seigneur a du subir aussi l’assaut des tentations de Satan : « est-ce bien raisonnable de donner ta vie pour tant de personnes qui s’en fichent, qui t’abandonneront, qui te trahiront ? Souviens-toi de ta gloire divine, de ta majesté, etc. Ne devrais-tu pas d’un battement de cils te libérer de la croix, écraser ces infâmes ? » Pourtant c’est l’obéissance amoureuse du Christ à la volonté du Père qui permit à Jésus de poser l’acte le plus libre et le plus libérant. En donnant sa vie sur la croix par amour des hommes et en s’abandonnant entre les mains de Dieu son Père, Il nous libère du pire des esclavages qu’est le péché et sa conséquence : la mort.

Et voilà le lien qu’il nous faut faire entre le Christ et le serpent d’airain de la première lecture. Le serpent symbole du péché devient, élevé de terre, le signe du salut pour ceux qui le regarde! Or Jésus qui « s’est fait péché pour nous », est le nouveau serpent d’Airain, Il devient, élevé sur la croix, le salut pour ceux qui regardent vers lui. Et comme celui qui regardait vers le serpent d’airain recouvrait la santé et conservait la vie, de même celui qui regarde vers le Christ guérit de ses péchés et obtient la vie éternelle. En effet rappelle Jésus dans l’évangile : il faut que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle.

Ainsi, Jésus s’est fait homme et a souffert sur la croix pour nous ouvrir les portes du ciel. La croix fut le couteau, la lame tranchante de l’Amour que Dieu utilise pour déchirer le ciel et ouvrir à jamais les portes de son Royaume : plantée en terre elle devient l’arbre de vie par le sang du Christ qui coule sur elle. Les nombreux fruits qui poussent de la croix sont les sacrements (du côté ouvert du Christ en croix jaillissent l’eau du baptême et le sang de l’Eucharistie). C’est donc également pour nous aujourd’hui cette même lame de l’amour de Dieu qu’il nous faut utiliser pour déchirer nos cœurs et laisser l’amour de Dieu y pénétrer et y faire son œuvre par la communion que nous allons recevoir. Puisse l’amour libérateur du Christ faire de nous des hommes et des femmes vraiment libres. Amen