homélie du 24° dimanche

livre de Ben Sira le Sage

Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur est passé maître.  Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ; celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés. Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis. Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? S’il n’a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses péchés à lui ? Lui qui est un pauvre mortel, il garde rancune ; qui donc lui pardonnera ses péchés ? Pense à ton sort final et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort, et demeure fidèle aux commandements. Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain, pense à l’Alliance du Très-Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas.

Le Royaume de Dieu est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Quand on entend l’expression « je vais régler mes comptes avec tel ou tel » on traduit aussitôt dans notre tête  par des termes comme vengeance, quatre vérités, rupture de relation. Et l’on comprend que ce sont plutôt le sang et les larmes qui sont promis que le pardon qui est offert. Est-ce donc ainsi que Dieu va procéder ? A-t-il prévu de régler ses comptes avec chacun de nous ? Si oui, alors selon quelle méthode ?

D’abord il faut bien le reconnaître, les pauvres pécheurs que nous sommes prennent parfois un plaisir malsain  à régler leurs comptes et tailler des costards sur mesure à leur collègue de travail, aux membres de leur famille ou belle-famille et même à leur frère et sœur dans la foi surtout quand les uns et les autres ne sont pas là….La médisance et parfois la calomnie se conjuguent très bien avec l’ignorance et la suffisance. On prend plaisir à débiner, à semer le doute, à laisser la suspicion s’installer : voilà qui nous permet à moindre frais de nous venger de ceux et celles que nous n’osons pas affronter.

Nous avons beau être prévenu depuis 2200 ans par le sage Ben Sirac, et entendre que l’homme qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur, celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés, notre frénésie de règlement de compte ne cesse jamais, même si, confession après confession nous apprenons à transformer nos rancunes soit en indifférence (c’est pour le cas pas si mal) soit au mieux en miséricorde, alors nous entendons Ben Sirac dire : Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis.

Ainsi, régler ses comptes, en régime chrétien c’est faire le constat que tous, frères et sœurs dans la foi ou en humanité, nous avons la même dette, la même nature pécheresse. Or, comme le rappelle le Seigneur, le plus intelligent dans l’amour fait le premier pas, puis le second, puis aussi le 490ième aussi ! Au Royaume des insolvables les chrétiens sont les rois de la miséricorde ! Et s’ils peuvent être roi c’est par participation à la vie de Celui qui n’est que Miséricorde, Dieu lui-même !

En effet, comme le rappelle le Seigneur Jésus dans l’Evangile, Dieu aussi, quand l’heure viendra, règlera ses comptes avec les hommes, avec chaque homme. Selon quelle méthode ?

Et bien son attitude envers les hommes pécheurs prendra, à cause de sa justice, la mesure de l’attitude même du pécheur envers son frère : Je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même, j’avais pitié de toi ?’ Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût tout remboursé. C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur.  La grandeur de Dieu, qui respecte tout agir humain, c’est d’ajuster ses propres réactions à notre liberté et à a libéralité de notre amour. La mesure de son pardon envers notre situation totalement insolvable prendra la mesure de notre pardon donné ou non à celui qui est l’objet de notre rancune pour peu de chose parfois !

Notre totale insolvabilité est une belle pauvreté qui devrait nous rendre disponibles à l’infinie Miséricorde de Dieu. Car Dieu veut avant tout nous pardonner, nous justifier et nous enrichir de son amour comme le rappelle le psaume 102 : Il n’est pas toujours en procès, ne maintient pas toujours ses reproches ; il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. Mais il le fera à sa manière, selon son cœur de Père. Mais nous avons une certitude, plus notre surendettement peccamineux sera grand, plus ce Père qui est tout amour aura du plaisir à nous remettre notre dette. Pourvu que le surendetté du péché et du manque d’amour que nous sommes ose, humblement blotti dans ses bras de Père, lui demande l’absolution. Dieu est un Père dont la joie est de donner et  de se donner sans mesure et d’autant plus que la soif de miséricorde de celui ou de celle qui est en face de lui est grande.

Ce que Dieu donne c’est l’amour qui relève, c’est le pardon qui réhumanise, c’est la joie qui remet en route. Alors comment se fait-il qu’une telle désertion du sacrement de la réconciliation existe, peut être est-ce le fruit de nos manques de pauvretés? Déjà la Grande Thérèse d’Avila l’affirmait « Dieu veut faire miséricorde, craignons seulement de nous lasser de la recevoir ». Alors dès aujourd’hui osons faire la joie de Dieu, osons recevoir et faire miséricorde ! Amen