homélie du 31° dimanche

Évangile de Jésus -Christ  selon st Matthieu

En ce temps-là, Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples, et il déclara : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens : ils élargissent leurs phylactères et rallongent leurs franges ; ils aiment les places d’honneur dans les dîners, les sièges d’honneur dans les synagogues et les salutations sur les places publiques ; ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi. Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé. »

Parmi nous ce matin beaucoup exercent ou ont exercé de nombreuses responsabilités : maire ou adjoint d’une commune, professeur, chef d’entreprise ou cadre, parents, président ou membre d’association, prêtre, etc…De nos décisions, de nos paroles et de nos actes dépendent souvent l’avenir, le moral, la vie éternelle d’autres personnes. Or comme le rappelle un proverbe « ce que l’on donne à voir et à attendre, donne à croire ». Certes les textes de la liturgie de ce dimanche matin illustrent parfaitement cet adage pour les prêtres, mais on peut aussi l’étendre à tous ceux qui exercent une responsabilité. On trouve dans ces textes : les dangers et des conseils pour ceux qui exercent une responsabilité.

1/ celui qui exerce des responsabilités s’expose à des risques.

Le premier risque est de travailler à sa propre gloire, de se servir de sa responsabilité pour redorer sa propre image, pour se placer au centre. Ceux-là se donner à voir plutôt qu’ils donnent à voir, c’est le cas décrit par Jésus : Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens. Ce danger existe depuis le péché originel : se prendre pour Dieu, se croire le sommet et l’initiateur des choses, se considérer comme l’origine des personnes et de leurs vies. Jésus dénonce cela avec force: ne vous faites pas donner le titre de Rabbi ou de Maître et ne donnez à personne sur terre le nom de père.

Le second risque est de vouloir établir une concorde au raz des pâquerettes pour ne pas faire de vague en manipulant l’Ecriture et la loi : c’est ce que dénonce le Seigneur dans la première lecture : vous n’avez pas gardé mes chemins, mais agi avec partialité dans l’application de la Loi. C’est le grand risque de préférer la tiédeur à la sainteté, la médiocrité à l’excellence. On relativise la règle ou la loi, on l’escamote pour faire croire aux personnes qu’elles sont arrivées ou pire qu’elles ne peuvent pas aller plus loin. On empêche la marche jusques à la sainteté (souvent parce que soi-même on ne veut pas emprunter jusques au bout ce chemin, c’est cela que Jésus  dénonce : tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.

2/ des conseils pour vivre sereinement les responsabilités.

Jésus dans l’Evangile rappelle l’essentiel en deux phrases : d’abord quant à l’origine : vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux puis quant à l’attitude : le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Dieu est au dessus de tous, unique et glorieux, tout vient de lui et tend vers lui. J’aime à citer cet extrait du N°2 du décret pour la vie des prêtres du Concile VII : « Le but que les prêtres poursuivent dans leur ministère et dans leur vie, c’est de rendre gloire à Dieu le Père dans le Christ. Et cette gloire, c’est l’accueil, conscient, libre et reconnaissant, des hommes à l’œuvre de Dieu accomplie dans le Christ ; c’est le rayonnement de cette œuvre à travers toute leur vie » De cela découle deux choses qu’il faut lier, tout chrétien doit travailler à glorifier Dieu, c’est-à-dire à vénérer et défendre sa majesté (par la prière, la beauté et la grandeur de la liturgie : « rien n’est trop beau pour Dieu » disait le curé d’Ars) et il doit en même temps mener pour lui-même une vie pauvre et humble, emprunte de simplicité et de service des autres, une vie qui devienne exemplaire car illuminée de la présence de Dieu en lui. Il faut vivre ces deux élans de manière cohérente et non mépriser l’un ou l’autre. A la fois il faut honorer Dieu par une très belle liturgie et dans le prochain par l’aide qu’on lui apporte.  Notre seul but : méditant et nous nourrissant de la Parole de Dieu avec toutes les personnes dont nous avons la charge, marcher avec conviction et sereinement vers la sainteté qui prépare à la vie éternelle.

3/ La cohérence de vie fait porter du fruit.

Je reviens d’un pèlerinage auprès du Padre Pio. Voilà un religieux capucin, pauvre parmi les pauvres, grand ami du Seigneur, célébrant la sainte messe avec une grande dignité (la messe pouvait durer 3h !) désirant par-dessus tout sauver toutes les âmes possibles. Enseveli dans la prière, jusques à être conformé, à son maître le Christ, par les stigmates,  grand faiseur de miracles il disait : « on ne peut pas toujours attendre des miracles, il faut agir contre la souffrance » Et bien ce même homme a construit à côté de son monastère un immense hôpital (plus de 900 lits) ultra moderne pour soulager la souffrance des hommes gratuitement. Et c’est encore comme cela qu’il fonctionne aujourd’hui, uniquement par des dons ! Certes nous ne sommes pas tous padre Pio, mais tous nous pouvons puiser dans la prière et l’Eucharistie vécue et reçue dignement, les forces pour nous sanctifier et pour servir nos frères et sœurs, pour vivre dans ce monde une vie chrétienne cohérente, qui attirera au Christ ceux qui sont loin. La sainteté est contagieuse… faites tout pour l’attraper et pour la transmettre à un maximum de personnes ! Amen