homélie du 1° dimanche de carême « B »

Lecture du livre de la Genèse

Dieu dit à Noé et à ses fils : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous,  et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche. Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » 

Évangile de Jésus Christ selon st Marc

Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

Si je faisais un petit sondage parmi vous, en vous posant la question : « d’après vous, avec qui Dieu fait-il alliance ? ». Aussitôt, sûr de bien connaître votre catéchisme, vous me répondriez : « avec les hommes ! ». Ce qui n’est pas faux, mais incomplet ! En effet, par quatre fois dans la lecture du livre de la Genèse que nous venons d’entendre, Dieu affirme : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous,  et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre». L’alliance de Dieu est une alliance cosmologique, qui concerne la création toute entière. En effet, l’homme n’est pas dissociable de son environnement : il est lui-même créature parmi les autres. Mais toute créature trouve sens dans l’homme qui lui donne un nom quand Dieu la lui présente (selon ce qui nous est relaté dans le livre de la Genèse).

Dans mon homélie j’aimerai donc vous proposer d’orienter vos efforts de carême dans 3 directions vous permettant d’être attentifs à cette alliance universelle : le souci de la planète, le souci des hommes et le souci de soi.

Sauver l’homme c’est sauver la planète, voilà une position chrétienne qui va contre un écologisme délirant et mortifère qui prône au mieux une régulation stricte de la fécondité des hommes pour réduire la nuisance humaine sur le monde et au pire la mort de l’homme pour le salut de la terre. Pourtant, à quoi bon le plus joli des écrins si aucun bijou n’est à déposer à l’intérieur ? Une première proposition de carême pourrait être le souci d’une hygiène de vie personnelle, familiale et communautaire qui préserve plus la création, comme économiser l’eau, l’énergie ou  ne pas gaspiller la nourriture. Et faire cela par souci et respect des hommes qui en manquent dans le monde. Alors, votre amour du prochain sauvera aussi la planète.

Je vous propose encore une seconde possibilité, qui risque de fâcher quelques personnes : Il peut arriver que les soins que nous procurons à nos animaux domestiques soient bien supérieurs aux soucis que nous avons pour les autres hommes. J’entends dire souvent que « si on n’aime pas les bêtes, alors on n’aime pas les hommes ! », eh bien une vision chrétienne saine affirmerait plutôt : pour aimer les bêtes dans la bonne mesure, il faut aimer avant tout les hommes dans la bonne mesure ! La tendance actuelle de transférer sur les animaux des réactions humaines est dangereuse. Chats et chiens, perruches, canaris et poissons et toute autre bestiole furent créés pour l’homme et pour son service, et non pas pour remplacer l’un par l’autre. Il peut être tentant de croire que votre animal est plus attentionné (ou fidèle) que votre mari, votre épouse, ou vos amis : pourtant seul l’homme renvoie à l’homme sa propre image car chaque Homme est pour son frère image et ressemblance de Dieu et donc miroir de sa propre humanité ! Sauver un homme, un enfant, c’est offrir au monde la chance de découvrir une nouvelle image de Dieu, de donner une interprétation sublime du mystère de notre création. Alors en ce temps de carême, je vous invite sérieusement et en vérité, à regarder ce que vous dépensez pour vos animaux domestiques et ce que vous donner aux œuvres caritatives qui viennent en aide à nos frères humains. Un engagement de carême pourrait être, si nécessaire, un rééquilibrage en faveur des hommes !

Une troisième voie pourrait concerner notre propre personne, le carême est le temps de l’affrontement avec soi-même dans le désert. Saint Marc, dans l’évangile de ce dimanche nous jette sans ménagement dans le feu de l’action. Comme le Seigneur qui passe de l’eau abondante et fraîche de son baptême au Jourdain à l’aridité et à la chaleur brulante du sable du désert, nous avons à prendre un temps d’aridité, pour passer de la fraicheur et du confort d’une vie chrétienne installée et un peu poussive au désert des remises en causes : qu’ai-je à changer, à convertir, à purifier dans ma vie de foi, de prière, d’époux, d’épouse, de jeune ; de religieuse, de prêtre, pour être plus conforme à ma vocation baptismale ? Quels sont mes peurs, mes doutes, mes esclavages matériels, idéologiques ou spirituels que je crains d’affronter, ces petits ou grands travers avec lesquels Satan sait pouvoir me contenir dans une vie spirituelle tiède ? Comme l’Esprit poussa Jésus au désert pour y être tenté, l’Esprit reçu à notre baptême essaie en ce début de carême de nous pousse à sortir des tombeaux que nos peurs, nos doutes, nos esclavages creusent pour nous. Cet appel à jaillir hors de nos tombeaux, à affronter nos peurs, est un appel à découvrir que la victoire de Jésus sur le mal et la victoire de la vie sur la mort sont déjà acquises !

Alors osons cheminer à travers nos déserts et affronter nos peurs. Pour nous y aider, le Seigneur a prévu dans nos déserts de beaux oasis, tels l’Eucharistie et la confession. Pendant ces 40 jours prélevons sans retenue, à ces sources de grâces, les forces nécessaires pour accéder véritablement à la liberté des enfants de Dieu, à la pleine vie de ressuscité ! Amen