homélie du dimanche des Rameaux

Lecture de la lettre de Saint Paul apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Ce n’est pas trop, frères et sœurs que deux fois par an, certes la même semaine, nous écoutions intégralement le récit de la passion de Notre Seigneur Jésus Christ. Car ce récit qui nourrit notre foi n’est pas un conte ou un beau roman, mais la relation des dernières heures de la vie de Jésus. C’est l’accomplissement des promesses et des prophéties de l’ancien testament. C’est l’histoire de notre salut relatée « heure par heure » et rien ne nous est épargné : ni le retournement des foules qui acclament Jésus avant d’exiger sa mort, ni les promesses des disciples de suivre Jésus jusqu’à la mort avant de le trahir, ni la peur de Jésus lui-même devant la mort qu’il doit affronter, ni son sentiment d’abandon jusqu’à crier vers son Père « pourquoi m’as-tu abandonné ? » L’innocent est livré pour les coupables, le pur pour les pécheurs, le saint pour les imparfaits. Et ce qui s’est vécu il ya 2000 ans et qui nous est relaté, c’est pour nous aujourd’hui que cela a eu lieu. C’est pour nos péchés, nos indifférences, nos trahisons, nos manques de foi qu’il est mort. Aujourd’hui c’est l’histoire de notre salut qui nous est racontée, c’est aujourd’hui que Jésus donne sa vie pour vous et désire vous sauver.

Alors demandons-nous humblement quand est-ce la dernière fois que nous avons remercié Dieu le Père et son Fils Jésus pour le salut qu’ils nous ont donné ? Quand est-ce la dernière fois qu’un merci, une action de grâce, sont montés de nos lèvres comme une prière vers eux ?

En effet, il peut y avoir dans notre manière d’être chrétien une façon un peu scandaleuse de croire et de vivre notre foi, en considérant le salut comme un du sur lequel le Seigneur ne reviendra pas. Je crois qu’il en va du salut comme des acquis sociaux : on ne sait plus dire merci, dire qu’on est gâté, protégé, privilégié, qu’on a de la chance d’avoir un Dieu si tendre, si bon, si miséricordieux. Certes cela agace et rend très malheureux le prêtre que je suis jusqu’ à demander dans ma prière « Fallait-il Seigneur que tu t’offres pour ne recevoir que du mépris ou au mieux une indifférence polie ? » Mais Dieu est plus grand et plus amoureux des hommes que le pauvre prêtre que je suis et c’est à son école, à sa suite, que je viens vous redire, à tous, à chacun, l’immense amour dont il aime.

Sa vie, il nous l’a donne, il la livre pour nous à son Père. Il s’offre en sacrifice pour que nous ayons de nouveau, en nous, les sources de la vie divine qui jaillissent. Face à ce don, pouvons-nous faire les enfants gâtés, disant : « j’y ai droit ! ». N’oublions pas que si notre salut est accomplit du côté de Dieu, il est en voie d’accomplissement de notre côté. Notre salut n’est pas automatique, il nous faut le demander, l’accueillir, en vivre ! Nous savons tous que notre salut devra passer par la mort, mais déjà dans notre vie terrestre, le processus qui nous transforme en fille et fils de Dieu, exige de notre part des morts à nous-mêmes, des renoncements, mais aussi des guerres contre nos vices et nos péchés. Tous nous avons à prendre notre croix, à la suite du Seigneur Jésus, qui « peut faire toutes choses nouvelles ». N’en cherchons pas d’extraordinaire, ni d’éclatantes. Porter sa croix n’est pas un défi sportif. C’est la manière dont nous saisissons notre croix, dont nous la portons, dont nous l’embrassons qui nous donne le salut.

Oui, cela pourra vous paraître scandaleux, mais je vous demande d’embrasser la croix et de prendre la vôtre à bras le corps, en sachant que celui qui la porte avec vous, c’est le Seigneur lui-même. Evidemment, prendre en main sa croix, c’est risquer de tomber, c’est risquer de se faire moquer, c’est risquer de passer pour un doloriste. Mais ce sont les risques que le Seigneur a pris pour nous ! Sommes-nous prêts, comme lui à réaliser la prophétie d’Isaïe : « je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats »

La première croix que nous pouvons porter dans ce monde déchristianisé, c’est d’être catholique ! Porter cette croix c’est affirmer qu’on est attaché au Christ car il est le gouvernail de l’Eglise ; qu’on demeure fidèle au pape car il est le capitaine de l’Eglise choisi par Christ ; qu’on demeure fidèle à l’enseignement de l’Eglise car il est inspiré par le Seigneur qui a déposé dans l’Eglise tout le trésor de la foi ; qu’on demeure en communion les uns avec les autres dans le respect de nos différences et jusque dans l’amour de nos ennemis. Qu’on demeure enfin fidèle dans le service de la paix et la recherche de la justice pour tous les hommes.

Pour nous aider à porter cette croix avec fierté, le Seigneur nous a donné l’Eucharistie. Depuis la Cène, à chaque messe, les prêtres catholiques renouvellent sur l’autel ce même don d’amour, ils offrent au Père du ciel le Corps de son Fils « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Alors, durant les célébrations de la Semaine Sainte, offrez vos vies comme hosties vivantes et joyeuses, devenez du bon pain de Dieu pour que ce monde affamé de Dieu ait la Vie. Amen