messe pour les victimes des attentats de Trèbes

Ce mercredi saint 28 mars, en communion avec tous les Français endeuillés par un nouvel attentats, les Lédoniens se sont retrouvés à l’église des Cordeliers pour célébrer une messe à l’intention des victimes de Trèbes.

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Les textes de la liturgie étaient très parlant…. en voici des extraits et l’homélie qui fut donnée.

Lecture du livre du prophète Isaïe

          Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté,
je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre »

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.  Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze. Pendant le repas, il déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous va me livrer. » Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, chacun son tour : « Serait-ce moi, Seigneur ? »  Prenant la parole, il dit :
« Celui qui s’est servi au plat en même temps que moi, celui-là va me livrer.

Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, chacun son tour : « Serait-ce moi, Seigneur ? » cette simple précision dans l’évangile que nous venons d’entendre rappelle combien nos certitudes, nos convictions, notre foi et donc nos engagements peuvent être fragiles. Tous les apôtres de Jésus, donc ses proches, ses amis, se sentent visés par les paroles de Jésus « l’un de vous va me livrer ». Certainement que des questions, des doutes, des appréhensions demeurent qui ne permettent pas de dire définitivement « non » à la possibilité de trahir Jésus, en pensée, en parole ou par leur agir !

 Ils L’aiment, c’est sûr, mais jusqu’où peut aller leur amour ? De quel amour L’aiment-ils  exactement? Difficile à dire avant que l’épreuve assaille leurs convictions et ébranle leur foi. Voilà pourquoi saint Jean, dans sa première lettre, lui le seul des amis de Jésus qui sera au pied de la croix, rappellera qu’il faut « aimer non pas par des paroles et des discours, mais en acte et vérité ».

La main sur le cœur nous sommes prêts, nous aussi à de grandes déclarations, imaginant que tout est possible à celui qui a la foi et qui partage une vraie amitié avec le Christ. Nous jurons de le suivre jusqu’à la croix, jusqu’au martyr, jusqu’à faire notre les paroles du prophète Isaïe : « je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. » Des mots, encore des mots, toujours les mots…. Mais réellement ?

L’humilité exige la pondération, la retenue dans les déclarations de foi, non pour fuir, non pour se dégonfler, non pour botter en touche, mais plutôt pour construire dans le silence et la prière, la méditation et l’adoration, le don possible de sa vie à Dieu par amour du Christ et des hommes.

On ne sait jamais à l’avance ce que sera notre réaction, en revanche nous pouvons nous laisser christifier. C’est-à-dire nous laisser transformer par l’Esprit Saint, afin que travaillant en nous, il nous rendant capable d’agir comme Lui. Le temps de cette transformation progressive qu’on appelle la conversion, est celui de l’apprentissage de vie à la suite du Christ humble et crucifié. N’oublions jamais cela alors que nous célèbrerons vendredi la passion de Jésus ; elle nous rappelle que le Christ opère au plus au point le salut, quand il est nu et cloué sur la croix ; c’est-à-dire quand il est tout entier dépouillé de tous ses attributs divins et humains. C’est son absolue déréliction, jusqu’à rendre l’esprit, qui nous donne le salut. Parce qu’il a tout donné de lui-même, jusqu’à sa propre vie, il peut sauver tout homme qui accueille ce don.

Voilà, selon ce que nous avons pu lire ou entendre dans les médias, ce que fut le chemin de vie spirituelle du colonel Arnaud Beltrame : Donner sa vie à l’image de son Dieu et frère le Christ Jésus. Donner sa vie pour sauver une vie rendant retentissante cette parole du Seigneur : « il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Que montent donc vers le Seigneur, en action de grâce, nos prières à son attention, pour l’exemple qu’il a donné et qui honore toute l’Eglise et même toute l’humanité.

Prions aussi pour chacune des autres victimes de l’attentat de Trèbes dans l’Aude, et pour toutes les victimes d’attentat. Qu’elles découvrent maintenant jusqu’où est allé l’amour de Dieu pour chacune d’elle.

Enfin, parce que nous sommes chrétiens, prions aussi pour nos ennemis, pour tous ceux et celles qui n’ont que haine et mort dans la bouche et dans les mains. Prions particulièrement pour les terroristes islamistes, pour leur repentance et leur conversion.

Que l’eucharistie que nous allons célébrer maintenant nous unisse en un seul corps, faisant de nous le pain de l’amour de Dieu qu’il donne en nourriture à ce monde en déshérence. Par notre vie offerte et christifiée, que la paix, la justice et la dignité de l’homme soient défendues et déployées là où nous sommes semés. Amen