homélie du 3° dimanche de Pâques

Psaume 4

Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? » Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage !

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. Comme ils en parlaient encore,  lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : « La paix soit avec vous ! » Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. » Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Ils lui présentèrent une part de poisson grillé qu’il prit et mangea devant eux. Puis il leur déclara : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : “Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes.” » Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. Il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. À vous d’en être les témoins..

 

Au cœur des paroles du psaume que nous venons d’entendre, il y a cette question : Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? » Qui dans notre monde ne se posent pas cette question ? Qui n’a pas en lui le désir brûlant d’être heureux jusqu’à accepter des propositions venant de personnes très différentes. C’est en effet que cette question est double : elle concerne à la fois une personne (qui) et aussi un état (le bonheur). Il y a de nombreuses réponses possibles à cette interrogation mais peu sont chrétiennes. Beaucoup viennent à nous, promettant monts et merveilles : personnalités politiques, marchands de transhumanisme que sais-je encore. Il va  de soi pour nous chrétien que celui qui nous fera voir le bonheur, c’est le Christ Jésus….reste à savoir quel bonheur il offre. En m’appuyant sur les textes de la liturgie de ce matin je voudrais vous révéler deux facettes du bonheur qu’il promet. La première tient en 5 mots « la paix soit avec vous », la seconde est un état de vie nouveau : celle de la résurrection de tout notre être : corps et âme.

1/Le bonheur que Jésus donne c’est sa paix. La première parole de Jésus ressuscité à ses disciples est toujours la paix soit avec vous ! Car la paix, qui est le cœur de son message, a Dieu pour auteur, comme le souligne st Paul dans l’épître aux Philippiens, parlant de la paix de Dieu qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Il affirme même aux Ephésiens que Jésus est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, Si la paix est notre bonheur, saint Grégoire de Nazianze dans son discours sur la paix nous interpelle : Rougissons de renoncer si facilement à ce don de la paix, que Jésus-Christ nous a laissé en quittant la terre. … La paix est un bien dont tout le monde fait l’éloge, mais que très-peu de personnes savent conserver. Et pourquoi ne pouvons-nous pas la conserver ? Et bien, c’est avant tout par l’ignorance que Dieu est la source et le donateur de la Paix par l’Esprit Saint car c’est le Christ, qui est notre paix comme le révèle st Paul aux Ephésiens. Ignorer cela conduit à se laisser dominer par l’ambition du pouvoir et des richesses, l’envie, la haine, le mépris du prochain, ou quelqu’autre vice de ce genre.

Demander la paix à Dieu, c’est donc accueillir sa Parole même, Jésus qui est notre paix. La paix est l’un des 9 fruits de la vie agissante de l’Esprit Saint en nous. Vivre de la paix de Dieu, c’est garder ses commandements, car en celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection comme le rappelle st Jean dans sa 1ière lettre.

Paix et Amour sont les deux versants du bonheur promis et attendu par tout chrétien, mais à vivre dès maintenant, dès ce monde, comme signe de la plénitude à venir, au jour de la résurrection !

2/ Le bonheur que Jésus donne c’est notre état de ressuscité. Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai. C’est par ces mots que Jésus, dans l’Evangile de ce dimanche nous donne avec insistance un précieux indice de notre bonheur à venir : la résurrection de notre corps de chair ! Même si ce corps qui est le nôtre, comme le dit si bien st Ambroise, est pour l’instant épais et grossier, parce qu’il est composé d’éléments infirmes et terrestres, il demeure le corps qui fut le médiateur terrestre de nos amours, de nos tendresses, de nos joies et de nos peines, de notre travail et même de notre vie spirituelle : sans corps, comment communier, comment prier ? Tous les évènements de notre vie ont existé grâce à notre corps qui fut leur moyen d’expression. Dieu lui-même prendra chair dans le corps d’une femme pour vivre totalement une vie d’homme ! L’humanité sans son corps n’est rien ! Quel serait donc le bonheur que nous aurions à vivre éternellement, sans le corps qui nous a permis d’y goûter dès ce monde présent ? Voilà pourquoi, en vue de la résurrection à venir, nous devons, dès sa conception dans le ventre maternelle et jusqu’à sa fin naturelle, considéré et entretenir notre corps, sans acharnement inutile mais avec tout le respect et l’amour possible. A l’heure de la résurrection, notre corps sera transfiguré, il deviendra subtil. St Grégoire le grand l’explique en écrivant : Lorsque notre corps aura part à la gloire de la résurrection, il sera tout à la fois subtil en vertu de sa nouvelle puissance spirituelle, et palpable par une conséquence de la nature corporelle. »

Voilà donc les deux grandes révélations du bonheur chrétien : Vivre pour l’éternité la paix et l’amour dans notre corps ressuscité ! Puisse l’eucharistie que nous célébrons maintenant semer en nous, en nos âmes et en nos corps les ferments de la béatitude éternelle. Amen !