homélie de la st Etienne de Coldre

Lecture du livre du prophète Jérémie

Au début du règne de Joakim, fils de Josias, roi de Juda, il y eut cette parole venant du Seigneur :     « Ainsi parle le Seigneur : Tiens-toi dans la cour de la maison du Seigneur.
Aux gens de toutes les villes de Juda qui viennent se prosterner dans la maison du Seigneur, tu diras toutes les paroles que je t’ai ordonné de leur dire ; n’en retranche pas un mot.     Peut-être écouteront-ils, et reviendront-ils chacun de son mauvais chemin ?…..

 

lecture du livre des actes de Apôtres

Etienne déclara lors de son jugement : « Vous qui avez la nuque raide, vous dont le cœur et les oreilles sont fermés à l’Alliance, depuis toujours vous résistez à l’Esprit Saint ; vous êtes bien comme vos pères ! Y a-t-il un prophète que vos pères n’aient pas persécuté ? Ils ont même tué ceux qui annonçaient d’avance la venue du Juste, celui-là que maintenant vous venez de livrer et d’assassiner. Vous qui aviez reçu la loi sur ordre des anges, vous ne l’avez pas observée. » Ceux qui écoutaient ce discours avaient le cœur exaspéré et grinçaient des dents contre Étienne. Mais lui, rempli de l’Esprit Saint, fixait le ciel du regard : il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu. Il déclara : « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » Alors ils poussèrent de grands cris et se bouchèrent les oreilles. Tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui, l’entraînèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. Étienne, pendant qu’on le lapidait, priait ainsi : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. » Puis, se mettant à genoux, il s’écria d’une voix forte : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché. » Et, après cette parole, il s’endormit dans la mort.

 Quant à Saul, il approuvait ce meurtre. Ce jour-là, éclata une violente persécution contre l’Église de Jérusalem. Tous se dispersèrent dans les campagnes de Judée et de Samarie, à l’exception des Apôtres.Des hommes religieux ensevelirent Étienne et célébrèrent pour lui un grand deuil. Quant à Saul, il ravageait l’Église, il pénétrait dans les maisons, pour en arracher hommes et femmes, et les jeter en prison. Ceux qui s’étaient dispersés annonçaient la Bonne Nouvelle de la Parole là où ils passaient.

 Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

          En ce temps-là, Jésus se rendit dans son lieu d’origine, et il enseignait les gens dans leur synagogue, de telle manière qu’ils étaient frappés d’étonnement et disaient : « D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ?   N’est-il pas le fils du charpentier ? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie, et ses frères : Jacques, Joseph, Simon et Jude ?   Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes chez nous ? Alors, d’où lui vient tout cela ? »   Et ils étaient profondément choqués à son sujet. Jésus leur dit : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays et dans sa propre maison. »   Et il ne fit pas beaucoup de miracles à cet endroit-là, à cause de leur manque de foi.

 

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Une fois par an, nous prenons le temps, en paroisse de nous déplacer jusqu’à cette belle chapelle pour y célébrer la saint Etienne. Quelle joie de faire revivre une église qui fut pendant des siècles la seule où convergeaient pieusement les habitants des villages alentours. Aujourd’hui, en ce lieu ont résonné les chants du peuple de Dieu, l’Ecriture y a été proclamée, l’Eucharistie va y être célébrée pour la plus grande Gloire de Dieu et le Salut du monde.

Je voudrais ce matin m’appuyer sur ce déplacement physique que nous opérons une fois l’an pour vous inviter à un autre déplacement. Par exemple celui que le prophète Jérémie et le Seigneur Jésus nous invite à faire dans les textes de la liturgie. C’est en effet à un changement d’attitude et de regard que nous sommes conviés ce matin.

Ce matin, tous ensemble, nous pouvons d’abord faire le constat que nos opinions, nos idées, nos avis sur telle ou telle sujet ou personne, sont bien ancrés en nous et sont désormais comme une muraille, un rempart qui nous empêche de changer ou justifie notre refus de dialoguer, de voir les choses autrement.

Ainsi, voyez dans l’évangile d’aujourd’hui, combien que ce que les gens de Nazareth pensent savoir de Jésus les empêche de lier une relation vraie avec Lui et même, comme tant d’autres, de bénéficier de ses pouvoirs. Ils sont tellement enfermés dans leur savoir, leurs certitudes, qu’ils ne peuvent pas accueillir la nouveauté que Jésus leur apporte. Ils comparent sans cesse avec leurs connaissances du passé, ils ne peuvent pas voir ce qui a évolué, ce qui a changé…..

Remarquez que c’est la même chose concernant la relation entre Paul et Etienne dans la deuxième lecture. Paul qui s’appelle alors Saul a des œillères idéologiques tellement arrimées à son regard qu’il ne peut pas voir la grâce qui émane d’Etienne. Sa haine de la foi chrétienne naissante, le conduit à commettre un grand péché, la mort d’un innocent, d’un ami du Dieu qu’il croit servir par ce geste !

Il nous faut alors prendre ces 2 exemples comme des avertissements pour nous-mêmes, comme une invitation à exercer notre regard à discerner ce qui change ou se transforme dans les personnes que nous rencontrons ou côtoyons régulièrement, afin que ce que nous pensons savoir d’eux, ou même ce que nous savons qu’ils ont fait par le passé, n’obscurcisse pas notre jugement présent.

Notre refus de voir les autres changer et se convertir vient souvent de notre propre incapacité à changer et à nous convertir. Demeurant dans une certaine tiédeur, nous contentant d’une vie spirituelle médiocre, nous dénions à ceux qui font des efforts, qui essaient de faire mieux, la réalité de leurs efforts, la véracité de leur désir de sainteté… combien de fois, face à l’expression de la foi un peu exaltée d’une personne nous avons été, comme les habitants de Nazareth profondément choqués ? Et ensuite, moqueurs et condescendants ? Combien de fois appelons-nous bondieuseries ce qui ne nous correspond pas, ou nous déplait, comme si nous étions dépositaire du magistère de l’Eglise ! Prenons garde, comme Saul de ne pas commettre nous aussi un grand péché contre un ami de Dieu, de ne pas être de ceux qu’Etienne dénonce avec vigueur « vous qui avez la nuque raide, vous dont le cœur et les oreilles sont fermés à l’alliance, depuis toujours vous résistez à l’Esprit Saint… » de ne pas faire comme Saul, c’est-à-dire  de ravager  l’Eglise par le poison de nos jugements. Certes cela est dur à attendre, mais salutaire d’autant qu’il n’est jamais trop tard pour se convertir…. C’est en tout cas l’espoir éternel de Dieu qui dit au prophète Jérémie (j’adapte un peu) : « tiens-toi dans la chapelle de Coldre. Aux paroissiens qui viennent se prosterner dans cette église, tu diras toutes les paroles que je t’ai ordonné de dire…. Peut-être écouteront-ils, et reviendront-ils chacun de son mauvais chemin. » Les paroles du Seigneur sont des paroles de réconfort et d’appel à la conversion. Nul n’est contraint dans sa misère, ses habitudes, ses péchés…Jésus nous appelle à la conversion, à chausser pour regarder le monde nos lunettes 3 B, pour voir le Bien, le Beau et le Bon en chacun…. Je puis gager qu’en agissant ainsi nous deviendrons plus fraternels, plus évangélisateurs, plus chrétiens !

Que l’Eucharistie que nous allons célébrer nous y aide ! Amen