homélie du 6° dimanche ordinaire C

Lecture du livre du prophète Jérémie

Ainsi parle le Seigneur : Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair, tandis que son cœur se détourne du Seigneur. Il sera comme un buisson sur une terre désolée, il ne verra pas venir le bonheur. Il aura pour demeure les lieux arides du désert, une terre salée, inhabitable. Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est la confiance. Il sera comme un arbre, planté près des eaux, qui pousse, vers le courant, ses racines. Il ne craint pas quand vient la chaleur : son feuillage reste vert. L’année de la sécheresse, il est sans inquiétude : il ne manque pas de porter du fruit.

Resurrection of Christ | PerichoresisLecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ; alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés ; et donc, ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus. Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais non ! le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis.

26 - The Beatitudes (Spanish) - YouTubeÉvangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus descendit de la montagne avec les Douze et s’arrêta sur un terrain plat. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une grande multitude de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon. Et Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez. Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme. Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie, car alors votre récompense est grande dans le ciel ; c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes. Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation ! Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant, car vous aurez faim ! Quel malheur pour vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et vous pleurerez ! Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous ! C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. »

Après la lecture de ces textes que nous offre la liturgie, une chose ressort nettement : il n’y a pas d’à peu près, ni de demie mesure dans les propos que nous venons d’entendre. Tout semble nous affirmer d’abord que par nos choix nous faisons notre bonheur ou notre malheur. Et ensuite que pour être heureux il faut choisir Dieu et agir avec Lui! Cette radicalité nous dérange car elle nous « presse » de choisir Dieu plus définitivement. Reprenons chacune des lectures et recevons leur enseignement comme une invitation à convertir ce qui doit l’être en nous.

Dans la première lecture, le prophète Jérémie rappelle que la malédiction ou la bénédiction sont souvent des conséquences de nos choix. Dieu ne s’éloigne pas de nous, ne nous oublie pas, ne nous laisse pas dans la mouise. En revanche, trop souvent les hommes que nous sommes, ayant posé leurs choix pas toujours bien réfléchis ou sans avoir consulté Dieu, refusent d’en assumer pleinement les conséquences …

Et ce qui vaut pour toute la vie, vaut pour la foi : assumer son choix d’être monothéiste, d’être chrétien jusqu’au bout, c’est renoncer à l’idolâtrie. C’est cela d’ailleurs que Jérémie rappelle : malheur à celui qui se dit croyant au Dieu des juifs et qui honore d’autres dieux, fabriqués par les hommes! L’invitation que Jérémie nous fait ce matin est claire: Laissez tomber vos idoles pour revenir au Dieu véritable ! Quelles idoles ? : Quand je suis accroc à l’argent, à ma console de jeux, à surfer sur le net, à mes cigarettes, à l’alcool, à la fête, à mon shitt, au sport à la télévision, à la lecture, à la pornographie, à défendre des idéologies mortifères et ce jusqu’au point de me renfermer sur moi, de ne plus dormir ni manger, ni dialoguer. Les conséquences ? Je m’isole, je dépéris et je provoque ma propre malédiction : je deviens comme un buisson sur une terre désolée, qui ne verra pas venir le bonheur.

En revanche, Dieu peut encore me bénir si je me tourne vers Lui, rejetant mon individualisme narcissique et en m’ouvrant à Lui et aux autres. Au-dedans de moi, tout au fond, dans un petit coin, demeure la plénitude de la Vie. Dieu lui-même veut que le pauvre buisson desséché que je suis oriente ses racines au plus profond de son cœur pour y puiser l’eau de la Vie, l’Esprit Saint qui y réside depuis le jour de mon baptême. Alors je pourrai devenir comme un arbre planté près des eaux, ne craignant pas quand

 vient la chaleur et ne manquant pas de porter du fruit.

Ayant renié les idoles il nous faut choisir le vrai Dieu. C’est, dans la seconde lecture, l’invitation de st Paul aux Corinthiens à poser un acte de foi définitif et irrévocable en Christ mort et ressuscité. En effet c’est le cœur de la foi chrétienne, Paul insiste : si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés et ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus. Il faut donc espérer. Car l’espérance est l’acte de foi en les réalités dernières comme le rappelle notre pape Benoit dans son encyclique Spe Salvi,  c’est à dire qu’il nous faut croire que nous vivons déjà ce que nous attendons. Ainsi, vivre du Christ, c’est croire que nous sommes déjà en phase de résurrection, car le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Alors faites mentir Nietzche qui dénonçait la permanente « face de carême des chrétiens ». Désormais, adoptez une vraie tête de ressuscité par une vie sacramentelle, de prière et de méditation de l’Ecriture, soutenue et régulière.

Enfin, ayant renié nos idoles et choisi le Christ, Jésus dans l’Evangile nous rappelle ce que c’est qu’être heureux, ce qu’est le bonheur avec Lui. Il s’agit de cheminer aux antipodes des définitions qu’en donne le monde : tu veux être heureux ? Alors sois pauvre et tu pourras mendier l’amour et le royaume du Seigneur. Sois, affamé et tu pourras recevoir et manger son corps offert. Pleures et tu pourras trouver dans sa joie ton rempart et ta consolation ! Accepte, à cause de Lui les insultes et le mépris, alors, tu pourras exulter de sa joie recevoir sa vie éternelle et divine.

Alors, mon frère, ma sœur, mon ami, choisis le Christ et ne reviens plus en arrière ! Garde les yeux fixés sur Lui pour avancer avec Lui et combattre avec Lui. C’est dans chacune de nos vies que Jésus le Christ combat et trouve ses victoires : chaque fois que nous brisons nos idoles et le choisissons comme unique Dieu, plénitude de vérité, de vie et d’amour ; chaque fois que nous posons un acte de foi, un acte d’espérance, un acte de charité envers Lui ; alors nous appelons la bénédiction de Dieu sur nous et nous anticipons la venue du Royaume, nous ne rendons pas vaine la croix du Christ. Puisse ce chemin de victoire être désormais celui de notre vie. Amen