homélie du père William Goyard donné le samedi 19 octobre au soir

D’un coté une pauvre veuve opprimée, de l’autre un juge tout puissant qui ne tient compte ni de Dieu, ni des hommes. Voilà les deux personnages bien connus de la Bible, mis en scène par Jésus dans sa parabole. Deux personnages totalement opposés : la pauvre veuve qui est seule au monde, vulnérable, privée de la protection d’un époux, et complétement démunie. Et en face, un juge que la fonction et le pouvoir enferment dans l’orgueil et l’égoïsme, et qui en oubli (et même méprise), non seulement la justice humaine la plus élémentaire, mais aussi la Loi de Moïse qui prescrivait la défense de la veuve et de l’orphelin.

Et Jésus nous montre, que dans ce différent qui oppose celle qui n’est rien et celui qui est tout-puissant ; Dans cette opposition, la pauvre veuve a finalement eu gain de cause grâce à sa persévérance qui a fait fléchir le juge.

Et comme nous le précise l’Evangéliste, Jésus disait cette parabole à ses disciples pour insister sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager. On pourrait donc en déduire que le Christ nous appelle à prier avec insistance, jusqu’à ce que Dieu soit épuisé de nous entendre et, pour nous faire taire, nous donne enfin ce que nous demandons.

Mais pourquoi faut-il être persévérant ? Pourquoi faut-il insister ? Est-ce que Dieu est sourd ? Dort-Il comme le suppose le psaume 44 ? Cela pose problème ; car le Christ, dans l’évangile de Saint Matthieu nous demande de ne pas imiter ceux qui pensent qu’à force de paroles ils seront mieux écoutés, car, nous dit le Christ, « Dieu sait bien ce qu’il vous faut avant même que vous lui ayez demandé » (Matt 6, 8). Et le Christ nous précise dans l’évangile que Dieu, n’est pas comme le juge, lui saura combler rapidement ceux qui s’adressent à lui. Alors que veut dire le Christ quand il nous appelle à la persévérance dans la prière ?

Si on revient à la veuve et au juge, on constate que si la veuve insiste, c’est parce qu’elle n’a pas le choix, seul le juge peut lui procurer ce qu’elle attend. Mais elle insiste aussi parce qu’elle n’a pas d’autre pouvoir d’action sur le juge que celui de supplier son intervention. Elle se sait faible devant lui et elle sait qu’au final, il prendra la décision d’intervenir quand il le désirera. Mais elle persévère surtout parce qu’elle est certaine que la décision du juge qu’elle désire tant, sera positive et rétablira la justice. Elle n’a aucun doute sur l’issue de la procédure qu’elle réclame. Et c’est cette confiance indéfectible sur le dénouement de l’affaire qui explique sa persévérance.

Nous sommes un peu comme la veuve vis à vis de Dieu, nous avons de grands désirs, de grandes attentes. Nous aussi nous sommes faibles et nous comptons sur sa puissance. Mais notre relation à Dieu est totalement différente, notre prière n’est pas une demande de grâce que nous adressons à un souverain, elle n’est pas une demande déposée auprès d’une administration pour obtenir un service qui est dû ; on ne s’adresse pas à Dieu comme on s’adresserait à un distributeur automatique de faveurs ou de miracles. Non, la prière, c’est tout autre chose. Dans cette intimité spirituelle qu’est la prière, nous nous unissons à Dieu et nous lui permettons de se donner. Se donner à nous, et se donner au monde à travers nous. Dans la prière nous devenons collaborateur de Dieu, collaborateur de sa grâce. Le Seigneur n’a de cesse de donner sa vie et d’étendre ses bénédictions sur toute la création. Mais pour cela il faut des âmes qui désirent, il faut des cœurs qui accueillent, il faut des disciples qui se laissent guider et qui deviennent missionnaires. Pour cela, il faut des guerriers qui mènent inlassablement le combat de la prière comme Moïse au sommet de la colline. Car le monde est comme une terre asséchée sur laquelle les pluies torrentielles de la vie divine tomberaient sans réussir à pénétrer, et nos prières ce sont ces brèches qui permettent aux bénédictions divines de pénétrer dans le monde et de l’irriguer en profondeur. Oui, il est nécessaire de toujours prier comme nous y invite le Christ pour que l’amour de Dieu emplisse nos cœurs, car comme l’écrivait Sainte-Thérèse, «si l’Amour venait à s’éteindre, les Apôtres n’annonceraient plus l’Evangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang… je compris que l’amour renfermait toutes les vocations, que l’Amour était tout ».

Mais le Mal est là. Le mal et le péché assèchent et durcissent la terre qui devient au final étanche à la grâce de Dieu. Et la présence incontestable de ce mal dans le monde et dans nos vies peut nous faire douter de l’action de Dieu et de la victoire finale. Elle peut nous faire perdre l’espérance que Dieu renouvèlera et transformera toute chose. Elle peut nous décourager de l’utilité de la prière. Le mal peut nous faire perdre la foi. « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Et c’est là que l’exemple de la veuve nous enseigne. Nous, devons comme elle, porter notre confiance vers la finalité, ne pas perdre de vue l’aboutissement ultime, nous devons garder la certitude que Dieu sera vainqueur, garder la certitude qu’un jour viendra où l’amour de Dieu inondera le monde et chassera le mal : nous devons garder la foi. La foi, c’est ce qui nous permet de nous battre jusqu’à la fin, sans connaitre l’issue, mais en sachant que l’issue sera bonne, sera belle. Oui, c’est notre confiance dans la victoire à venir de Dieu, notre assurance sur l’issue de l’Histoire qui nourrit notre persévérance dans la prière et stimule notre collaboration au plan de Dieu.

Frères et Sœurs, si nous cherchons le modèle de quelqu’un qui malgré sa petitesse avait de grands désirs et de grandes espérances, quelqu’un qui n’a jamais douté de la victoire de l’Amour, qui s’est offerte dans la prière pour que la grâce par elle soit donnée en abondance au monde, celle que nous accueillons aujourd’hui parmi nous, nous le donne. L’exemple de Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus nous rappelle notre vocation de chrétien, être toujours uni à Dieu dans la prière, pour être les missionnaires de son amour dont le monde à tant besoin.

                                                         « C’est ton amour Seigneur que je réclame,

                                                         C’est ton amour qui doit me transformer

                                                         Mets en mon cœur ta consumante flamme

                                         Et je pourrai te bénir et t’aimer » Ste Thérèse

AMEN