homélie du 22° dimanche ordinaire A

par le père Arnaud Brelot

Évangile de J-C selon st Matthieu

En ce temps-là, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. »

 

Jésus annonce sa passion, sa mort et sa résurrection et cela ne plait guère à Pierre qui lui dit «  « Dieu t’en garde Seigneur, cela ne t’arrivera pas. » Mais qu’est-ce qui agace autant Pierre : La montée de Jésus à Jérusalem, qu’il souffre de la part des anciens et des prêtres, qu’il soit tué ou de qu’il ressuscite le 3° jour ? En effet, quel mal y-a-t-il à monter à Jérusalem ou à ressusciter, rien…..sinon que pour ressusciter il faut mourir et même pour le Seigneur mourir dans la souffrance. Et c’est là qu’est l’os ! : souffrir et mourir avant de ressusciter ! En cela, Pierre n’est guère différent de nous tous. En refusant que Jésus réalise ces deux obligations de souffrir et mourir, Pierre occulte une grande part de la réalité humaine. Comment Jésus dont Pierre a proclamé qu’Il est « le messie, le Fils du Dieu vivant » venu assumer la condition humaine, pourrait-il ne pas souffrir et mourir ? Pour Pierre Jésus est le Fils de Dieu et Il pourrait donc se passer de souffrir et mourir, ce n’est pas digne de Dieu cela ! Voilà ce qu’il pense ! Et Jésus y voit une grande tentation pour lui, les propos de Pierre sont en fait susurrés par Satan : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Voilà la réponse de Jésus. Refuser de souffrir et de mourir sont donc des pensées humaines suscitées par Satan ! Et ce qui était vrai du temps de Pierre l’est encore plus de nos jours : il est toujours insupportable de souffrir et injuste de mourir.

Beaucoup parmi nous et dans la société se demandent comment l’Homme de notre siècle ayant atteint un tel niveau de science et de progrès peut-il encore souffrir et mourir ? C’est inconcevable, c’est intolérable ! Alors on cache les mourants, et on fait tout pour supprimer la souffrance. On cherche à gagner l’immortalité en désacralisant la vie et le corps qu’on transforme en machine dont les pièces sont toutes changeables et on noie la souffrance sous des tonnes de traitements médicamenteux. Seulement hier comme aujourd’hui on ne fait que du temporaire : on retarde le moment de la mort et on endort la souffrance, on l’anesthésie, mais on ne la guérit pas !

En assumant d’être vraiment homme, Jésus assume aussi le tragique de la vie humaine, c’est-à-dire la part de souffrance et la mort qui sont propres à l’humanité. Il ne veut pas se dérober à ces réalités, il veut les transformer. Il veut faire de ces deux impasses des passages vers la Vie Éternelle.

On peut alors mieux saisir l’invitation de Jésus « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive». Suivre le Christ, c’est vivre comme lui en acceptant pleinement la nature humaine tant pour les bonheurs qu’elle procure que pour les souffrances qu’elle engendre. Evidemment, le disciple n’est pas plus grand que son maître, et aller à la suite du Christ c’est prendre le risque de la plus grande souffrance, celle du don de soi c’est à dire de l’amour. Car c’est par amour des hommes que Jésus s’allonge sur la croix. Jésus n’accepte pas la croix, mais il assume la souffrance qu’elle engendre : le refus des hommes d’entendre son message, de recevoir son amour, de pardonner et d’être pardonnés, de vivre vraiment en enfant de Dieu. Jésus donne à la souffrance qu’il ressent le sens du don total de sa vie. Il souffre de nous donner sa vie, La Vie. Sur la croix Dieu se consume d’amour pour chacun de nous et il nous engendre à la vie divine.

Or cet amour pour le genre humain qui va jusqu’au don de sa propre vie, chacun des disciples est appelé à le faire. C’est à nous de découvrir dans notre vie qu’elle est la croix c’est à dire l’épreuve, que nous sommes capables de transformer en acte d’amour, en offrande pour participer avec Jésus à la Rédemption, au rachat de ce monde. Il ne s’agit pas d’être des surhommes mais d’être capable de transformer la souffrance que les événements de notre vie provoquent en don d’amour, en offrande pour sauver le monde.

Nous pouvons ainsi comprendre cette magnifique parole de Paul aux Romains : « Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte». C’est toute notre vie qu’il faut offrir à Dieu, nos bonheurs et nos souffrances. Paul nous demande de faire de notre vie une Eucharistie, c’est-à-dire d’en faire le don sur l’autel de la foi. C’est là le but de notre vie chrétienne, permettre au Christ, par le don de notre vie, de continuer à travers nous l’œuvre qu’il a entreprise dès la création du monde c’est à dire de transformer l’univers pour le préparer à s’épanouir en Royaume des cieux.

Oui je sais, comme Jérémie dans la 1° lecture cela nous effraie et comme lui nous décidons :  » Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. » et pourtant tout au fond de nous, comme Jérémie  nous faisons l’expérience que la Parole de Dieu, son Fils Jésus lui-même est en nous comme un feu brûlant dans notre cœur, qu’on s’épuise à maîtriser, sans y réussir. »  Alors laissons-nous encore ce soir saisir et habiter par Christ, acceptons d’être des hosties vivantes, sa vie donnée au monde pour le sauver ! Amen