Homélie du dimanche 4 octobre 2020.

Par le Père Arnaud Brelot.

Évangile de J-Ct selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple : « Écoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage. Quand arriva le temps des fruits,  il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne. Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième. De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais on les traita de la même façon. Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : ‘Ils respecteront mon fils.’ Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : ‘Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !’ Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Eh bien ! quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en remettront le produit en temps voulu. » Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. 

Homélie

Jésus est arrivé depuis peu à Jérusalem où il est entré triomphalement. Il n’en sortira que pour y être crucifié. Sa confrontation avec les grands prêtres, les scribes et les pharisiens va s’amplifier de plus en plus. Il pose des gestes forts en chassant les marchands du Temple et proclame des paroles difficiles contre les grands prêtres et les pharisiens : par des paraboles nombreuses Jésus dénonce leur incurie.

En empruntant la thématique de la vigne, Jésus s’inscrit à la suite du prophète Isaïe comme nous rappelle la première lecture. Cette référence à la vigne qui est parlante dans notre doyenné, nous obligera aussi à agir. Car les paroles d’Isaïe et de Jésus sont claires à nos oreilles habituées au vocabulaire de la vigne.

Dieu a planté sa vigne, c’est à dire son peuple, sur un coteau fertile, c’est-à-dire la terre sainte. Dieu a mis en place tout ce qu’il fallait pour que pousse la vigne : une clôture, c’est-à-dire une frontière, une tour de garde, c’est-à-dire des personnes pour la protéger et il a même creusé un pressoir car il veut en récolter du fruit et faire du bon vin, c’est-à-dire qu’il désire que son peuple porte aussi de bons fruits de justice et charité, qu’il soit un modèle pour les autres. Et pour cela Dieu confie sa vigne à des vignerons qui sont  les grands prêtres et les pharisiens.

Il nous faut aussi transposer cette parabole pour aujourd’hui, chez nous. Jésus a établi l’Eglise, peuple de Dieu, dans le monde, il lui a donné des évêques, des prêtres et des responsables laïcs pour qu’elle porte de bons fruits : toucher les cœurs et convertir les âmes, vivre selon la justice et le droit au service des plus humbles, marcher en présence du Seigneur et guider tous les hommes vers le salut.

Dieu ayant fait, selon Isaïe, tout ce qu’il pouvait pour cette vigne en tant que son propriétaire, s’étonne : J’attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ?

Cette interrogation vaut évidemment pour de nombreux autres cas. Tous, dans notre vie,  nous avons fait l’expérience d’avoir fait tout ce qu’il fallait, dans tel ou tel domaine, et pourtant ça n’a pas marché ? On s’attendait au succès et ce fut un échec ! En essayant de monter une entreprise, de vivre son mariage, de s’investir dans une amitié, de faire de la catéchèse, d’élever ses enfants,  de monter un projet pastoral, nous avons tous fait un jour ou l’autre le constat d’un échec alors qu’on avait tout donné pour que cela réussisse.

Cette interrogation, comme une lamentation vaut aussi pour notre Eglise aujourd’hui qu’avons-nous raté dans la transmission, dans le témoignage, dans la vie de foi, pour en être là où nous en sommes maintenant : nous assistons à une lente et longue apostasie, peu à peu les hommes s’éloignent de l’Eglise qui les a vu naître, qu’elle a baptisés, catéchisés et mariés. Elle voit ses enfants adopter des mœurs et des valeurs qui sont opposés à l’évangile et à son enseignement. Les petits et les pauvres sont piétinés, l’individualisme gangrène tout et le « chacun pour soi » l’emporte sur la fraternité. Le confort et l’amour de l’argent l’emporte sur la sobriété de vie.

A qui la faute ? Le prophète Isaïe ne l’impute à personne, il décrit seulement la réaction de Dieu ou plutôt à quoi conduira un tel comportement. Jésus dans l’Evangile dénonce l’incurie des grands-prêtres et des pharisiens qui sont ceux qui ont la main mise sur le pouvoir religieux et sont souvent à la solde de l’occupant romain. Et nous aujourd’hui ? Voyant l’Etat de notre Eglise, nous cherchons aussi des responsables, commence alors le grand déballage du « c’est la faute à untel ».

Réalisons bien que le cataclysme annoncé par Isaïe peut aussi être une prophétie pour nous. Dieu nous a confié en Jésus son plus grand trésor afin de faire connaître son amour et son désir de sauver toute l’humanité. Sommes-nous fidèles à cette mission ? Le « nous » que j’emploie c’est l’Eglise, toute l’Eglise c’est-à-dire celle des baptisés,  vous et moi ! Où en sommes nous de notre fidèles à l’enseignement du Christ transmis et actualisé par son Eglise, où en sommes nous de notre volonté d’unité dans la foi entre chrétiens, où en sommes nous de notre charité active et concrète ?

L’Eglise rayonnera d’abord quand chacun de ses membres, du pape jusqu’à l’enfant baptisé et catéchisé fera là où il est des œuvres de miséricordes et mènera une vie de foi enracinée dans la prière. L’heure vient de laisser totalement le Christ transformer nos vies en évangile de chair. Nous devons, sous peine de disparaitre, devenir le bon vin de Dieu pour abreuver les hommes assoiffés d’amour et de vérité sur le sens de la vie. Faisons nôtre les paroles du psalmiste, crions à Dieu : « Jamais plus nous n’irons loin de toi : fais-nous vivre et invoquer ton nom ! Seigneur, Dieu de l’univers, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés. » Que notre communion à son Corps nous donnent la force d’y parvenir concrètement ! Amen