homélie du 30° dimanche ordinaire A

par le père Arnaud Brelot

Connaître et aimer Dieu … et son prochain … et soi-même ...

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu En ce temps-là, les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. 

Mettre Jésus à l’épreuve, voilà le sport favori de ses ennemis : les Pharisiens, les partisans d’Hérode et les Saducéens. Dimanche dernier il s’agissait qu’il s’exprime sur le paiement des impôts pour le faire passer soit pour un collabo romain, soit pour un traitre à son pays. Aujourd’hui Jésus est interrogé sur sa lecture de l’Ecriture et son interprétation de la Loi. On lui demande de citer le plus grand commandement selon Lui. Or ne citer qu’un commandement n’est-ce pas relativiser les autres et instaurer une hiérarchie, un ordre, dans les commandements de Dieu ? Tout ce que nous dit Dieu n’est-il pas à appliquer dans nos vies ?

Et c’est là tout le génie de Jésus qui répond que tout ce qui est dans la Loi, ainsi que les Prophètes , c’est-à-dire dans l’Ecriture, dépend du double commandement de l’amour de Dieu et du prochain. En un sens cela signifie que la Bible est comme un commentaire, une notice explicative, un mode d’emploi de l’amour de Dieu et du prochain.

Sachant cela l’utilisez-vous comme telle ? La Bible est-elle votre boussole pour aimer en acte et vérité Dieu et les autres ?

Voyons ensemble ces deux commandements.

I.  Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit. Dans notre monde actuel, si l’on demandait autour de nous quel est la loi la plus importante, on nous citerait le premier article de la déclaration des droits de l’homme : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit », d’autres diraient que le plus important est l’amour de la famille, du prochain ou de son pays. Très peu de personnes répondraient comme Jésus que le plus important est d’aimer « le Seigneur Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit. » Car Dieu est peu à peu effacé de notre société, de nos réflexions, de nos habitudes. La réponse de Jésus est une évidence car Dieu est une évidence en ce temps là. L’on sait alors que tout vient de Lui et qu’Il tient dans sa main toute la création. Il nous faut réaliser frères et sœurs que Dieu n’est plus aimé car il est ignoré. Et parfois même par nous, les croyants qui sommes sensés le servir et le vénérer ! Car il faut entendre toute la portée des paroles de Jésus. Je vous cite st Augustin commentant cet évangile dans son traité sur la doctrine chrétienne :

« Dieu vous ordonne de l’aimer de tout votre cœur, en lui consacrant toutes vos pensées ; de toute votre âme, en lui rapportant toute votre vie ; de tout votre esprit, en dirigeant vers lui toutes les forces de votre intelligence, puisque c’est de lui que vous tenez tout ce que vous lui consacrez. »

Est-ce bien ainsi que nous vivons, mettant toujours Dieu au centre de notre vie spirituelle, sociale, affective et intellectuelle ? Est-il la source de notre vie et le but de notre pèlerinage sur terre ? Vivons-nous notre vie comme un compagnonnage avec Dieu, comme un processus de perfectionnement qui nous dirige vers le Ciel ? Visons-nous de partager la vie éternelle en Dieu avec Jésus et dans l’Esprit comme nous y invite st Pierre dans sa seconde lettre ? Espérons-nous être participants de la nature divine,  et non de simples spectateurs ?

Mes amis, Dieu n’a pas besoin d’enfants à moitié finis, mais de fils et de filles plongés dans son amour et vivant de sa grâce pour que ce monde passe des ténèbres à sa lumière. Nous n’irons pas en solitaire vers le royaume, mais en ayant soucis d’y amener toute l’humanité, car « tous sont appelés au salut ».  Voilà pourquoi le 2nd commandement est aussi important que le 1ier !

II. aimer son prochain comme soi-même. Au 4° siècle Saint Hilaire de Poitier commentant l’évangile de Matthieu écrivait : « ce commandement est semblable au premier, en ce sens qu’il y a dans tous les deux égalité d’obligation et de mérite ; car ni l’amour de Dieu sans l’amour de Jésus-Christ, ni l’amour de Jésus. Christ sans l’amour de Dieu, ne peuvent conduire au salut. »

En aimant Jésus, le Fils de Dieu fait homme, nous reconnaissons que tout homme mérite d’être aimé de nous ; car il n’est plus seulement image et ressemblance, il est aussi un frère et une sœur. Et c’est avec lui que nous avançons vers le royaume. Nous allons dans la joie vers le royaume en travaillant à unir toute l’humanité, comme l’écrit le Le pape François dans son encyclique « tous frères » au n° 95

L’amour nous met enfin en tension vers la communion universelle. Personne ne mûrit ni n’atteint sa plénitude en s’isolant. De par sa propre dynamique, l’amour exige une ouverture croissante, une plus grande capacité à accueillir les autres, dans une aventure sans fin qui oriente toutes les périphéries vers un sens réel d’appartenance mutuelle. Jésus nous disait : « Tous vous êtes des frères » (Mt 23, 8).

Est-ce bien ainsi que chacun de nous voit les autres humains ? En ces temps troublés il est facile de ne voir l’autre que comme un danger et un obstacle (la covid et le terrorisme le montrent) et établir une relation avec lui ne suscite que peur et est perçu comme un risque ! Notre vocation Chrétienne est de construire des ponts, d’avancer vers le royaume qui vient avec tous ceux qui sont appelés au salut. Que notre communion au corps du Christ permette que notre vie, nos paroles, nos actes soient les témoins fidèles de notre vocation, de notre mission. Amen