homélie du 33° dimanche ordinaire année A

par le père William GOYARD

a la maison Talents

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu: En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. À l’un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités. Puis il partit. Aussitôt,  celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres. De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres. Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître. Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes. Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, présenta cinq autres talents et dit : ‘Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres.’ Son maître lui déclara : Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.’ Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit : ‘Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres.’ Son maître lui déclara :
‘Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.’ Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi et dit : Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.’ Son maître lui répliqua : ‘Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu.  Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts. Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. À celui qui a, on donnera encore,
et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents !’ »

Frères et Sœurs,

Nous sentons bien que nous arrivons à la fin, à la fin de l’année liturgique. Et les textes de fin d’année nous invitent à réfléchir sur la fin des temps, cette fin des temps où le Christ se manifestera dans sa Gloire.

En ce moment, évoquer la fin des temps raisonne d’une manière assez particulière, car, de ci et de là, des voix s’élèvent pour qualifier les évènements que nous vivons aux niveaux sanitaire, social, écologique, politique, comme les signes avant coureur de ce terme annoncé du retour du Seigneur. Est-ce maintenant ? ou est-ce pour bientôt ? Saint Paul dans la deuxième lecture affirmait que de telles questions n’ont pas d’importance, car il ne nous appartient pas de connaître le jour et l’heure : « Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur, vous n’avez pas besoin, frères, que je vous en parle » écrit Saint Paul. Il rappelle ensuite que la bonne attitude (et la bonne inquiétude) est de demeurer toujours prêt, pour ne pas être surpris par ce jour qui surviendra comme un voleur.

Cependant, réfléchir sur le retour du Christ, et sur le fait que celui-ci peut survenir à tout moment, peut provoquer chez nous différentes attitudes. Celle d’une attente confiante dans la paix, en assumant consciencieusement notre devoir d’état, tout en étant dans une attitude de vigilance et d’attention fidèle. C’est à dire, dans la même attitude que la femme, mère de famille et épouse, dont nous parlait la première lecture. Laquelle, dans une simplicité de vie, procure la joie autour d’elle. Et le sens de sa vie est l’amour, l’amour partagé dans sa famille.

L’autre attitude, face au retour du Christ, est une attitude de peur, de crainte et d’angoisse. Une crainte qui paralyse et inquiète et coupe tous les élans de la vie. C’est l’attitude du mauvais serviteur de l’Evangile. Son maître lui a fait confiance en lui remettant une partie de son argent, mais lui a répondu par la méfiance à son égard. Il n’a voulu prendre aucun risque, par peur du jour de son retour, se fabriquant une vision négative des intentions de son maître : « je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre. ». Alors que les autres serviteurs ont répondu à la confiance de leur maître par une attitude sincère, sans plus de préoccupations. « Aussitôt, celui qui avait reçu cinq talents s’occupa de les faire valoir et en gagna cinq autres. De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres. », à l’inverse le mauvais serviteur n’est pas digne de la confiance que le maître lui a accordée.

Cette parabole des talents nous montre que l’attitude des serviteurs dépend de l’image qu’ils se font les uns et les autres, de leur maître. Le maître, lui, a fait confiance à tous, leur confiant à chacun une somme d’argent selon leurs capacités. Mais tous n’ont pas accueilli cette confiance de la même manière. Le mauvais serviteur a rompu cette relation que le maître voulait lier avec lui en mettant en doute sa bonté et sa sincérité.

Ces paroles de Jésus nous renvoient à notre propre relation à Dieu. Pour nous aussi, notre attitude dépend de l’image que nous nous faisons de Dieu. Dieu est ce maître plein de bonté qui nous fait confiance et qui compte sur nous pour faire fructifier ses dons. Mais bien souvent nous ne répondons pas à la confiance par la confiance. Nous nous méfions, nous doutons, nous refusons de nous laisser entrainer dans cet élan dans lequel le Seigneur veut nous emporter. Cet élan intérieur qui nous attire à Lui et qui nous pousse à agir dans le monde. Cet élan, cette dynamique spirituelle provoquée par la grâce et qui attire la grâce de Dieu : « A celui qui a, on donnera encore et il sera dans l’abondance, mais celui qui n’a rien se verra enlevé même ce qu’il a ». Dieu nous a remis à tous quelques talents, il veut que nous les fassions fructifier dans la confiance et dans une espérance joyeuse.

Les temps que nous traversons peuvent nous inquiéter, peuvent nous apeurer, peuvent nous décourager. Ils peuvent nous questionner sur Dieu et sur notre foi. Ne soyons pas de mauvais serviteurs, ne nous trompons pas, résistons à la tentation de nous faire de fausses image de Dieu : Il est bien ce Père aimant que nous a révélé Jésus-Christ, Il marche avec nous si nous marchons avec Lui ; Il veille sur nous si nous comptons sur Lui ; Il nous conduit à la victoire si nous mettons notre confiance en Lui seul.

Oui nous attendons la manifestation du Seigneur, nous attendons son action bienfaitrice dans notre vie et dans notre monde assailli par le mal sous toutes ses formes, mais cette attende ne doit pas être entachée de crainte et d’angoisse, elle doit au contraire nous remplir de joie et de confiance et nous pousser à agir pour Dieu, car c’est bien lui le Maître des Temps et de l’Histoire. AMEN