Homélie du 4° dimanche de l’Avent


Lecture du deuxième livre de Samuel : Le roi David habitait enfin dans sa maison. Le Seigneur lui
avait accordé la tranquillité en le délivrant de tous les ennemis qui l’entouraient. Le roi dit alors au
prophète Nathan : « Regarde ! J’habite dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous un
abri de toile ! » Nathan répondit au roi : « Tout ce que tu as l’intention de faire, fais-le, car le
Seigneur est avec toi. » Mais, cette nuit-là, la parole du Seigneur fut adressée à Nathan : « Va dire à
mon serviteur David : Ainsi parle le Seigneur : Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j’y
habite ? C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu sois le chef de mon
peuple Israël. J’ai été avec toi partout où tu es allé, j’ai abattu devant toi tous tes ennemis. Je t’ai fait
un nom aussi grand que celui des plus grands de la terre. Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël, je l’y
planterai, il s’y établira et ne tremblera plus, et les méchants ne viendront plus l’humilier, comme ils
l’ont fait autrefois, depuis le jour où j’ai institué des juges pour conduire mon peuple Israël. Oui, je
t’ai accordé la tranquillité en te délivrant de tous tes ennemis. Le Seigneur t’annonce qu’il te fera lui-
même une maison. Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te
susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. Moi,
je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. Ta maison et ta royauté subsisteront toujours
devant moi, ton trône sera stable pour toujours. »

« Il est où Dieu ? » Telle est souvent la première question des enfants du caté. Localiser Dieu, savoir
où il habite, trouver son adresse voilà le désir de beaucoup de monde. Il serait tellement plus simple
de pouvoir aller directement là où on est sûr de le trouver, pour discuter, dialoguer, régler nos
comptes avec lui, voir pour les plus hostiles, lui régler son compte ! Vouloir faire une demeure où
Dieu résiderait n’est pas nouveau : le roi David s’en inquiétait déjà comme le relate la première
lecture ce matin où il constate . « j’habite dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous
un abri de toile ! ». Oui le roi David qui pense comme un homme ne peut supporter l’écart de
traitement, quant à l’habitation, entre l’arche de Dieu et lui. Lui, par grâce de Dieu, roi du peuple juif
a une maison de cèdre, c’est-à-dire une construction en dur et solide à Jérusalem alors que l’arche de
Dieu, signe de la présence de Dieu, le roi de l’univers se contente d’une tente. La tente semblable
(voir la même) à celle qui fut construite par Moïse lors de l’exode du peuple juif vers la terre promise.
Pourtant Dieu n’agréé pas la demande de David qui lui fait répondre par la bouche de Nathan : Est-ce
toi qui me bâtiras une maison pour que j’y habite ? Dieu rappelle ensuite tout ce qu’il a fait pour
David, on dirait autrement : il le remet à sa place !

Quel est donc le risque encouru par le peuple juif de faire une demeure « en dur » un Temple pour le
Seigneur à Jérusalem ? Que nous apprend l’évangile de l’annonciation quant à l’habitation de Dieu
parmi les hommes ?

  1. David à Jérusalem. Passé le temps des conquêtes, David s’installe à Jérusalem dont il fait sa
    capitale. La paix que Dieu lui a obtenue l’installe dans un certain train-train quotidien. On dirait de
    nos jours qu’il s’embourgeoise ! Et pour asseoir son autorité, il se verrait bien construire un Temple
    au Seigneur. N’oublions pas qu’à son époque déjà une règle existe qui vaudra longtemps et dans de
    très nombreux pays ou cités « un pays (une cité), un roi, une foi et une loi ».
    La tentation est grande pour David, en construisant un Temple pour l’arche de Dieu, de mettre la
    main sur Dieu. En l’enfermant dans le Temple David se donne l’impression de maitriser les choses de
    Dieu, d’en devenir le responsable.
    Cette tentation est de tous les temps et de tous les pays et l’Eglise elle-même n’en n’est pas
    exempte. Construire un lieu fixe pour Dieu c’est vouloir faire tenir l’éternité et l’infini dans un lieu
    clos. Or Dieu sera toujours plus grand que nos Cathédrales et au-delà de toutes nos définitions,
    règles et pensées théologiques. Nous ne pourrons pas épuiser le mystère de Dieu en l’enfermant
    dans les murs de églises ou ceux de nos raisonnements. Si Dieu « habite » nos tabernacles, c’est
    avant tout son choix, un acte d’humilité de celui que rien en peut contenir. Alors en ce temps où
    nous fêtons Dieu venu en notre chair, n’oublions pas de faire régulièrement une visite à Jésus au
    tabernacle, pour l’adorer et lui redire notre amour.

2.Dieu est un pèlerin. La première lecture nous rappelle que l’Arche de Dieu demeurait sous un abri
de toile, en effet depuis toujours, le désir de Dieu est de nous rejoindre, d’être au plus près de nous
et de marcher avec nous. C’est ce qu’Il fit avec son peuple dans le désert, lui donnant la Loi et le
guidant vers la terre promise. C’est cela qu’il poursuit encore aujourd’hui, par son Incarnation Dieu
s’est fait l’un de nous, marchant avec nous, il a transformé notre vie terrestre en pèlerinage vers son
Royaume. Jésus nous le révèle lui-même dans l’évangile de Jean, Il est le chemin ! Donc la foi est tout
sauf une posture statique ou rigide. Elle est une aventure, une traversée du désert spirituel de ce
monde vers la Vie en Dieu.
Face au risque de mettre la main sur Dieu en l’enfermant dans un Temple, n’oublions pas que notre
vie est une aventure de la foi, un pèlerinage vers le ciel, accompagné par Lui, guidé par Lui, avec
comme objectif la vie en plénitude avec Lui.

3. Le vrai temple, c’est l’homme.

Le récit de l’annonciation que nous avons entendu nous rappelle
qu’en Marie Dieu a pris notre chair, il a assumé notre humanité. Et cette dernière s’en trouve à tout
jamais changée, métamorphosée, transfigurée. En effet, notre humanité limitée, imparfaite et
mortelle devient capable, par grâce de son créateur, d’accueillir, en Jésus, Dieu fait homme, l’infini, le
parfait et l’éternel. Désormais rencontrer Dieu ne nécessite plus d’aller au temple, mais de découvrir
que Dieu est en nous, que nous sommes le Temple de Dieu. Le grand voyage avec Dieu est donc
d’abord intérieur, l’aventure de la foi est déjà une descente intérieure dans l’abîme de notre cœur
pour y rencontrer celui qui en est tout à la fois le créateur et le rédempteur. C’est l’extraordinaire
découverte que saint Augustin nous livre dans ses confessions : « Tu étais au-dedans de moi et
j’étais, moi, en dehors de moi-même ! »
Le Seigneur Jésus dans la communion sacramentelle va venir jusqu’à nous, descendre au cœur de
notre cœur, son temple préféré ! Tâchons de l’y accueillir et de l’y rejoindre pour goûter vraiment
aux joies de Noël. Amen