homélie du 2° dimanche de l’Avent C

Lecture du livre du prophète Baruc : Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours, enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Éternel. Dieu va déployer ta splendeur partout sous le ciel, car Dieu, pour toujours, te donnera ces noms : « Paix-de-la-justice » et « Gloire-de-la-piété-envers-Dieu ». Debout, Jérusalem ! tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’orient : vois tes enfants rassemblés du couchant au levant par la parole du Dieu Saint ; ils se réjouissent parce que Dieu se souvient. Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal. Car Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées : ainsi la terre sera aplanie, afin qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu. Sur l’ordre de Dieu, les forêts et les arbres odoriférants donneront à Israël leur ombrage ; car Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec sa miséricorde et sa justice.

Je pourrais intituler cette homélie du même titre que la chanson phare d’une chanteuse de ma jeunesse, Désirless « voyage, voyage ». En effet, dans la foi, personne ne peut rester en place et les textes de la liturgie de ce 2° dimanche de l’Avent nous en font la démonstration en nous invitant au voyage tant physique que spirituel. La foi exige et provoque des déplacements, elle rappelle, qu’avant d’atteindre le ciel qui est notre destination finale, rien n’est jamais définitif. Oui sur cette terre tout n’a qu’un temps ; seule l’éternité est à Dieu.

1- Il y a d’abord le voyage du peuple juif annoncé dans le livre du prophète Baruc. Quand Baruc écrit, le roi de Babylone vient d’envahir Israël et de détruire le temple de Jérusalem. Le premier voyage est donc un exil : le peuple de Dieu sera déraciné pendant plus de 40 ans, obligé de s’installer à Babylone dans un pays inconnu aux mœurs païennes. Oui pour revenir autrement il faut accepter de partir, de vivre parfois en exil plus ou moins longtemps. Prendre le large pour s’attacher à nouveau à l’essentiel, à Dieu. En effet, lors de l’Exil, le peuple juif va faire l’expérience de la proximité de Dieu qui est avec eux dans leur épreuve. Cela nous amène au deuxième voyage.

2 – le voyage intérieur. Il est celui du croyant qui désire rencontrer Dieu, vivre une vraie relation avec Lui. Il est une aventure intérieure à la rencontre de son Dieu, Père et Créateur, présent au fond de son cœur. Il ne s’agit plus d’aventures extérieures, mais de descente dans notre intimité, il ne s’agit plus partir dans des pays étrangers mais d’arpenter les pièces de la demeure intérieure de notre âme. Il ne s’agit plus de combattre des rois humains mais de dompter notre propre vie, notre orgueil, notre amour propre, nos péchés. C’est le voyage laborieux et jamais achevé de la sanctification. Comme l’écrit Paul aux Philippiens : J’en suis persuadé, celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement. Et nous pouvons, comme Paul, prier les uns pour les autres : je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance pour discerner ce qui est important. C’est-à-dire le troisième voyage.

3- ce troisième voyage c’est celui de Jean le Baptiste qui quitte le désert pour la mission dans la vallée du Jourdain. Oui Jean quitte le désert où dans le dépouillement il était face à face avec son Dieu, en tête à tête avec son Seigneur. Saisi par la présence de Dieu, il peut assumer sa mission et comme le dit l’Evangile : parcourir toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Et nous-mêmes, chers frères et sœurs, quelle est notre mission ? après avoir pris en temps de prière dans le silence, demandons-nous au Seigneur ce qu’il attend de nous ? Osons-nous écouter sa réponse, entendre son appel : j’ai besoin de toi, de ta vie, de tes bras, de tes jambes, de ta voix, de ta joie pour parcourir ce monde, le servir, annoncer ma bonne nouvelle et me faire aimer. C’est alors que commence le quatrième voyage, qui est dans le fond une transformation du troisième.

4- Il s’agit du voyage vers Jérusalem, la Jérusalem céleste. Ce voyage est préfiguré par celui du peuple juif qui achève son exil à Babylone et retourne dans la joie à Jérusalem comme le prophétise Baruc : Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal. Oui comme il y eut un voyage de retour d’exil annoncé par Baruc au peuple juif , de même il y aura pour nous aussi, un voyage retour vers notre vraie patrie, la Cité de Dieu qui est dans les cieux, la Jérusalem d’en Haut. Et de même que la Jérusalem terrestre exulte au retour du peuple juif, de même la Jérusalem céleste exultera lors de l’arrivée dans ses murs des enfants du Père, sauvés par le Fils dans l’Esprit-Saint.

Alors frères et sœurs, faisons de ce temps de l’Avent un temps de voyage, un temps de déplacement, comme un exil hors de nos habitudes, poussons notre marche jusqu’à la crèche, et entrons dans la plus belle de toutes, la crèche de notre cœur, c’est là qu’humblement vit notre Dieu. Nous étant réjouis au feu de sa présence, reprenons la route de ce monde, de notre vie et préparons Noël autrement. Comme nous y invite le psaume disons-lui : quelles merveilles le Seigneur fait pour nous : nous sommes en grande fête. Aidons nos familles et nos amis à reprendre un chemin de foi avec sobriété et simplicité pour avancer avec eux vers le royaume qui vient et qui est déjà visible dans l’enfant Jésus, Dieu fait homme et donné à nous dans l’Eucharistie. Bon voyage à tous vers Noël ! Amen