homélie 3° dimanche de l’Avent

Préparez la route au Seigneur

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc : En ce temps-là, les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : « Que devons-nous faire ? » Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! » Des publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts)   vinrent aussi pour être baptisés ; ils lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. » Des soldats lui demandèrent à leur tour : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. » Or le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes   si Jean n’était pas le Christ. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » Par beaucoup d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

Ce dimanche qu’on appelle dans l’Eglise dimanche de Gaudete est le dimanche de la Joie. Et Dieu sait que nous avons besoin de chausser les lunettes de la joie pour voir la vie en rose, surtout en ces temps de crises à répétitions dans notre Eglise. Oui Noël (profitions de le dire tant qu’on le peut encore) qui se profile à l’horizon arrive à point nommé ! Laissons-nous envahir par la joie que cela procure et qui se déploie peu à peu à la télé, la radio, sur nos écrans et dans les magasins. Mais attention si la joie déballée dans les médias et les magasins doit nous servir de tremplin pour sortir nos âmes de la grisaille, la joie de la foi, que nous offre la liturgie catholique ce dimanche est bien différente.

1- En effet, d’un côté on nous propose une joie clé en main. Des vendeurs de joie viennent nous racoler dans nos boites à lettre, à la télévision, sur nos écrans, pour nous proposer une joie stéréotypée : de la tenue vestimentaire obligatoire pour passer un Noël mode, au cadeau tendance en passant par le menu spécial fête (car on nous dicte désormais ce que l’on doit manger ou non : gare aux mangeurs de foie gras, parole d’écolo !). Des journalistes et des publicistes, grands prêtres d’un Noël déchristianisé, matérialiste et mercantile nous imposent le bonheur et la joie qu’ils décrètent nous falloir.

2- De l’autre côté, la joie qui nous est proposée est bien différente. Elle ne s’arrête pas le 25 décembre au soir, ne disparait pas une fois vidées les assiettes et déballés les cadeaux dont quelques-uns seront revendus aussitôt sur internet. Elle n’est pas la joie éphémère de l’avoir, mais celle sans fin de l’être et du don.

Et celui qui nous annonce la Bonne Nouvelle de cette vraie joie, ne dit pas qu’il peut la donner, ni nous la faire parvenir à prix réduit. Il dit qu’elle viendra d’elle-même cette joie, qu’elle viendra vers nous, en nous, par l’eau, dans l’Esprit Saint et le feu. La joie qui nous est promise, vient de Dieu : Joie radieuse, intérieure, éternelle, de notre vie définitivement renouvelée par la naissance du Sauveur. Cette joie qu’il ne fait qu’annoncer, Jean le Baptiste, nous en laisse percevoir l’exigence. Une exigence qui tourne vers les autres et qui concerne tout le monde : tant les foules, les publicains que les soldats. A ces trois catégories, comme à nous il est demandé par Jean de partager vêtement et nourriture avec ceux qui n’ont rien, d’être honnête dans notre relation à l’argent et respectueux de toute vie. C’est que la joie de Noël touche toute notre personne, tout notre être intérieur et extérieur comme le décrit Sophonie dans la première lecture : pousse des cris de joie, éclate en ovation, réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie.

3- C’est que ce qui nous est promis n’est rien moins que le Sauveur, le prince de la paix. Et ce Dieu qui vient parmi nous nous apporte une Bonne Nouvelle : il vient nous restaurer, réparer en nous la ressemblance d’avec lui, brisée par le péché. Ainsi, la joie de Dieu est de se contempler dans chaque homme, dans chaque femme, renouvelés par le baptême. Et cette joie de Dieu devient communicative elle est désormais notre joie, celle-là même dans laquelle Paul nous invite à demeurer : il nous dit soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie. Et cette joie c’est de voir en chacun de nos frères et sœurs comme une incarnation de Dieu. C’est recevoir comme plus beau cadeau de Noël cette année, mon mari, ma femme, mon enfant, mon voisin, mon patron, (et même, soyons fou, mon curé). Ils sont tous le don que Dieu me fait pour se faire connaître à moi et me combler de sa joie.

4- la joie procure la confiance en Dieu. La joie d’être élu de Dieu, aimé de Lui comme ses enfants chéris nous permet de nous tourner vers Lui avec confiance, comme le font les enfants avec leur père et d’oser les demandes les plus folles. En toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes conseille Paul aux Philippiens. En effet, la joie de Noël nous décentre de nous-mêmes pour nous centre sur les autres, surtout les petits et les pauvres. Ce qui est encore plus extraordinaire, le miracle de Noël, c’est que ce déploiement d’une joie à servir les autres nous plongera dans la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, et gardera nos cœurs et nos pensées dans le Christ Jésus.

Alors, chers frères et sœurs, laissons la joie de Noël irriguer toute notre vie car c’est la source même de la joie qui vient vivre en nous, qui vient s’écouler en nous. Le Seigneur ton Dieu est en toi proclame Sophonie et cela a un effet immédiat sur notre vie : il te renouvellera par son amour. L’Eucharistie c’est cela exactement, le Seigneur qui vient en nous pour nous renouveler dans son amour. Alors frères et sœurs soyez des crèches accueillantes, car, lors de la communion, le Seigneur notre Dieu vient y demeurer. Amen