homélie du 5° dimanche ordinaire C

Lecture du livre du prophète Isaïe : L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ; les pans de son manteau remplissaient le Temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils se criaient l’un à l’autre : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur de l’univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire. » Les pivots des portes se mirent à trembler à la voix de celui qui criait, et le Temple se remplissait de fumée. Je dis alors : « Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » L’un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon brûlant qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel. Il l’approcha de ma bouche et dit : « Ceci a touché tes lèvres, et maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné. » J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ? » Et j’ai répondu : « Me voici : envoie-moi ! »

Aujourd’hui j’aimerai attirer votre attention sur le regard que les hommes dans les textes de la liturgie portent sur Dieu. En le contemplant, ils réalisent combien Il n’est pas comme eux, combien sa grandeur, son éclat, sa gloire, en un mot sa Majesté leur est à la fois étrangère et désirable.

A notre époque où l’on passe notre temps, et moi le premier, à prêcher la proximité de Dieu envers nous, il est mal compris de parler également de sa Grandeur, de sa Majesté et de la crainte qu’elle doit inspirer à l’homme. Pourquoi ? Certainement à cause des représentations trop humaines que nous avons de qu’est la grandeur et la majesté d’une personne. Nos « modèles » dans le genre sont les stars actuelles : de la culture, du showbiz, de la politique, du sport : dieux païens des temps modernes qu’on érige en idole et auxquels on est prêt à tout sacrifier !

Et notre erreur est de voir Dieu comme une de ces stars humaines, de faire de Jésus Christ « une super star » comme dans l’opéra rock des années 70. Or la différence est grande entre la majesté de Dieu et la gloire d’une star. Par exemple : Dieu révèle sa grandeur dans la naissance humble et pauvre d’un enfant dans une crèche dont le trône est une mangeoire. Si devant lui s’inclinent les mages comme les bergers, son désir et de partager sa gloire avec nous, de nous rendre capable de participer un jour à sa majesté. En revanche, une star ne se laisse pas approcher, elle met une distance pour affirmer que l’on n’est pas comme elle. Elle ne fait que jouer à la proximité en s’affichant le temps d’une photo ou d’une prise de vues avec « des gens » ordinaires.

Pourquoi les stars mettent-elles cette distance ? C’est qu’elles sont des idoles. En les regardant de plus près on découvrirait, derrière le maquillage, l’habillement, les attitudes qu’il n’y a que des gens banales à l’âme abîmée et parfois corrompue, aux propos vides et à la vie médiocre. Tel est le sort des idoles, elles déçoivent quand elles se révèlent. Leur mystère s’évanouit dès que le voile est levé sur leur banalité.

C’est ce qui est si bien dit du prince Salina dans le film le Guépard : « pour la première fois, à la sortie de la messe, il salua les gens et à partir de ce moment précis son prestige déclina ». En effet, la gloire et le respect naissent du mystère : le dévoiler c’est démasquer l’idolâtrie.

Ainsi, quand une star, une idole lève le voile elle déçoit par sa ressemblance avec nous : son mystère nait de la dissimulation de ses faiblesses ; en revanche, quand Dieu lève le voile il nous éblouit, il nous réjouit et nous fait saisir à la fois que nous lui sommes radicalement différents et que nous sommes appelés à partager sa vie.

Dieu est radicalement différent de nous, comme l’exprime Isaïe dans la 1° lecture : Malheur à moi !.. car je suis un homme aux lèvres impures…et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! Dieu est pur et nous sommes pécheurs, Dieu est roi de l’univers et nous sommes d’humbles créatures.

C’est la même expérience que fait Pierre qui dit à Jésus dans l’Evangile : Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur. L’effroi, en effet, l’avait saisi. Pierre prend conscience de la distance qu’il y a entre lui et Jésus. Mais réaliser cette différence entre Dieu et soi n’est pas un écrasement, mais une libération : l’ange de Dieu purifie les lèvres d’Isaïe et Jésus dit à Pierre : sois sans crainte. Car le désir de Dieu est de nous rejoindre pour nous partager sa condition divine, il nous veut cohéritiers de sa gloire, participants de sa royauté divine. Il ne s’agira pas d’un échange ou d’une tractation, mais seulement d’un cadeau, d’un pur don de sa grâce. Comme l’écrit Paul aux Corinthiens dans la 2° lecture : ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. Oui ce que nous serons, des fils et des filles de Dieu, princes et princesses en son Royaume, nous le serons par sa grâce.

C’est là la bonne nouvelle ! Quand une star veut que vous sentiez bien la différence entre elle et vous et surtout que vous ne la franchissiez pas, Dieu vous donne tout ce qu’il faut pour le rejoindre et partager sa condition. Il vous charge même d’inviter toute l’humanité à faire de même. Régner avec Jésus, c’est à notre tour, prendre souci de partager ce privilège avec le plus grand nombre possible. Voilà pourquoi aujourd’hui encore le Seigneur nous interpelle qui enverrai-je, qui sera notre messager ? Notre mission, c’est Jésus qui nous la donne désormais se sont des hommes que tu prendras : alors je vous souhaite à tous, qui êtes depuis votre baptême ses héritiers, de le faire connaître en vivant de lui et en laissant vivre en vous : tant par votre vie de couple que de célibataire, tant par votre vie de malade que par votre bonne santé, tant par votre faiblesse que par votre force.

Aujourd’hui encore, dans l’Eucharistie le Roi du ciel va descendre sur l’autel et s’offrir à nous, sans rien perdre de sa majesté, il va nous partager sa vie et faire de la nôtre son trône. Ainsi, tout au long de la semaine, par vous Dieu se rendra visible et accessible. Alors avec Isaïe disons d’un cœur unanime : Me voici : envoie-moi ! Amen