homélie du 5° dimanche de carême

Lecture du livre du prophète Isaïe : Ainsi parle le Seigneur, lui qui fit un chemin dans la mer, un sentier dans les eaux puissantes, lui qui mit en campagne des chars et des chevaux, des troupes et de puissants guerriers ; les voilà tous couchés pour ne plus se relever, ils se sont éteints, consumés comme une mèche. Le Seigneur dit : « Ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois. Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer un chemin dans le désert, des fleuves dans les lieux arides. Les bêtes sauvages me rendront gloire – les chacals et les autruches – parce que j’aurai fait couler de l’eau dans le désert, des fleuves dans les lieux arides, pour désaltérer mon peuple, celui que j’ai choisi. Ce peuple que je me suis façonné redira ma louange. »

 « Ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois. Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? Cette interpellation du prophète Isaïe au nom du Seigneur est invitation à porter notre regard vers l’avant. Et je note trois « portées » différentes de notre regard. 1°/ jusqu’à la fête de Pâques qui approche 2°/ au-delà des apparences, des épreuves et des difficultés pour voir ce qu’il y a de bon dans notre monde et en chaque homme. 3°/ jusqu’à la réalité à venir au-delà de nos vies terrestres : le bonheur des bienheureux.

1°/ porter notre regard jusqu’à la Pâques qui vient.

Isaïe dans la 1° lecture, nous invite à traverser le carême avec la certitude que quelque chose de nouveau, de bon et de joyeux doit germer. Une chose nouvelle doit advenir au matin de pâques qui donnera sens à nos prières, à nos jeûnes et à nos partages. Qu’espérons-nous ? Qu’aimerions-nous qui se renouvelle ou qui change dans nos vies ? Quel passage consentons-nous à faire qui nous mènera vers du nouveau, du meilleur, vers plus de vie, plus de vérité ?

2/ porter notre regard au-delà des apparences. La résurrection du Seigneur a tout changé, pourtant en apparence tout demeure ! Seul celui qui pose un acte de foi en la victoire du Christ sur la mort sait voir la vie nouvelle qui germe déjà ! Celui qui garde les yeux fixés sur le Christ vainqueur de la mort peut adopter à son tour le regard du Ressuscité. Il peut alors déceler dans le monde qui l’entoure les germes de vie nouvelle. C’est ce qu’annonce Isaïe, quand il dit, au nom du Seigneur : je vais faire passer une route dans le désert, des fleuves dans les lieux arides. Car celui qui regarde les autres comme le Christ le regarde, trace une route qui rend possible la rencontre. Alors au milieu du désert aride des indifférences, des jugements hâtifs, des aprioris, des certitudes sans preuves un fleuve de miséricorde peut couler. C’est cela que Jésus fait dans l’évangile. Face au désert de la condamnation et de la mise à mort, Jésus trace une route pour aller en vérité à la rencontre de cette femme adultère. Le signe est donc là, qu’au-delà de la condamnation une rencontre est possible qui remet en marche en exigeant une conversion radicale : Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. Jésus transforme la mort en vie, il transforme la condamnation en invitation à la conversion.

Un monde nouveau advient, quand, malgré le poids du passé, celui qui est accablé se relève, celui qui est anéanti est accueilli sans être jugé car il a cru et reçu le pardon. Si Jésus passe outre le péché, sommes-nous prêts, dans notre communauté, notre paroisse, à permettre cela aux personnes qui nous viennent à nous avec une histoire parfois lourde, un passé pas toujours glorieux ? Saurons-nous leur dire avec Jésus « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus ».? Saurons-nous leur ouvrir une possibilité de vie nouvelle avec le Christ, avec les autres sans les enfermer dans les erreurs du passé ?

3/ porter un regard sur la réalité à venir au-delà de nos vies terrestres. Regarder avec miséricorde chacune des personnes qui traversent notre vie est un entrainement à la vie éternelle. Si nous pouvons faire passer une personne du passé qui l’accable à la vie pardonnée en communauté alors nous préparons aussi notre propre grand passage de la mort à la vie en Dieu. Paul dans la 2° lecture le résume admirablement : Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but pour remporter le prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus. Le prix auquel nous sommes appelés est notre immersion au cœur de la vie de la Trinité. « Je ne meurs pas j’entre dans la vie » disait Thérèse de l’enfant Jésus sur son lit de mort. Il s’agit pour nous de regarder ce que nous sommes appelés à devenir. Il ne s’agit pas de s’accabler de nos manques, mais de recevoir comme un cadeau notre divinisation. Croyons-nous que Dieu jette loin derrière lui nos nombreux péchés pour préparer à partager sa vie ?

Si notre réponse est positive, alors cela doit désormais se discerner dans nos actes et nos paroles par plus de foi en Christ qui sauve et plus de charité envers nos frères car la miséricorde reçue et donnée est le signe éclatant de notre divinisation ! Amen