homélie du 2° dimanche de carême C

Making Sense of the Transfiguration | Marg MowczkoÉvangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante. Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait. Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.

Il arrive parfois que des Chrétiens confiants, dont quelques uns parmi vous, me livre perplexes et émerveillés, émus et plein de crainte, les expériences spirituelles, voir mystiques qu’ils ont faites. Et je voudrais ce matin leur redire toute mon admiration et mon amitié tant il est vrai que dans le pays du rationalisme asséchant qu’est devenu notre beau pays de France, ces personnes sont aussitôt taxées d’illuminées voir de délirantes ou de folles. Bien dommage de les considérer ainsi car alors il faut avoir le même jugement sur Abram, sur Paul ou sur Pierre, Jacques et Jean dont le récit des expériences spirituelles nous sont faites dans les lectures de la liturgie du jour.

En effet, trop souvent, dans notre Eglise catholique, des personnes bien pensantes, j’entends par là celles qui se targuent de « réfléchir » d’être « intelligentes », ont enfermé la foi dans un concept ou des idées. Elles relativisent toutes les expériences les réduisant souvent à un pur symbolisme : la multiplication des pains devient une invitation au partage, l’eucharistie un simple repas fraternel, un exorcisme une simple guérison physique (puisque le diable n’existe pas, il n’est qu’une idée, un concept..) etc.  En détruisant systématiquement la dimension transcendante et surnaturelle des évènements, elles réduisent l’expérience de Dieu à une simple fraternisation entre les hommes.

Chez nos frères évangéliques, pentecôtistes, dans les communautés du renouveau charismatique : l’Emmanuel, le Chemin Neuf, les Béatitudes, certains font ces expériences et sont accueillis sans jugement ; partageant dans la joie le fruit de leurs visions. Savez-aussi que de nombreux musulmans, après avoir eu en songe une vison du Christ les invitant à le rejoindre, demandent le baptême.

Il nous faut nous interroger sur les fondements de notre foi ? Croyons-nous qu’Abram a mis lui-même le feu aux carcasses des animaux du sacrifice ou alors que réellement un brasier fumant et une torche enflammée passèrent entre les morceaux d’animaux. Croyons-nous que les disciples ont inventé la religion chrétienne donnant alors leur vie pour un mensonge, ou alors croyons-nous qu’ils nous relatent dans les évangiles les expériences réelles et bouleversantes qu’ils ont faites en marchant avec Jésus au milieu des hommes ? Croyons-nous ce matin que Pierre et ses compagnons bien qu’accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, virent la gloire de Jésus ?

Croyons-nous que l’expérience de Paul et son message ne sont qu’une invention ou alors mettons-nous notre foi dans sa promesse : nous avons notre citoyenneté dans les cieux, d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ, lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux ?

En un mot, croyons-nous que depuis la création du monde, Dieu vient établir son alliance avec les hommes et se constituer un peuple pour établir son royaume  dès cette terre et pour l’éternité? Et chers amis qui vous préparez au mariage, soyez aussi dans la vérité de la foi. Choisissez de vous marier religieusement si vous croyez en l’alliance de Dieu avec l’humanité car, par votre union, vous allez en témoigner devant les hommes par la qualité de votre amour et la beauté de la famille que vous fonderez ce jour-là, elle qui deviendra une image de la vie trinitaire en Dieu.

Tous les témoins la foi des siècles passés ont fait l’expérience concrète de la rencontre avec le Christ, aujourd’hui encore de nombreuses personnes font cette rencontre et vivent de cette relation dans l’amour et la vérité.

Et c’est cette expérience que je te souhaite de faire Matt. Un jour, lors de nos préparations au baptême,  tu m’as dit un: « je crois en Jésus parce que quand je le prie ça marche ». Puisses-tu demander à Jésus, dans tes prières, de faire sa connaissance au plus intime de ton cœur.

Et vous Brice, Alexandre et Ghislain, vous nous avez livré qu’aux cœurs de vos épreuves et du danger, lors de votre traversée vers la France, vous avez fait l’expérience de la proximité de Jésus pour vous soutenir et vous protéger.

Cette expérience réelle de Dieu, chacun de nous ce matin peut la faire dans le sacrement de l’Eucharistie, où Jésus va se tenir transfiguré devant vous. Posez un acte de foi, ayant confiance dans les paroles du Père : Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le.

Que Christ tourne vers vous son regard de Sauveur et que brille à vos yeux et en votre cœur son visage éblouissant d’amour et de sainteté. Amen

homélie du 1° dimanche de Carême C

La tentation de Jésus au désertÉvangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, après son baptême, Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. »

 Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre. Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » Jésus lui répondit : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. »

 Puis le diable le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ;  car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui fit cette réponse : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.

 

Comme moi, vous avez entendu un jour ou l’autre une personne athée ou agnostique vous dire « vous avez de la chance de croire, moi je n’y arrive pas ! » Derrière ces propos se cachent souvent l’opinion selon laquelle celui qui a la foi aurait souscrit au baptême une espèce d’assurance tous risques qui le prémunirait spécialement de souffrir face aux épreuves de la vie et surtout lui éviterait les douleurs du doute et les questionnements sur le sens de la vie ou de la mort.

Certes, le baptême déploie notre relation à Dieu, mais il ouvre aussi le chemin long et douloureux des renoncements nécessaires pour vivre en véritable disciple du Christ! Et le chrétien vit en imitation de son maître Jésus qui, à peine sorti des eaux du baptême, dans l’Esprit fut conduit à travers le désert où il fut tenté par le diable.

Ainsi le carême, temps de désert qui commence par le récit des tentations, est une invitation à poser à nouveau le choix du Christ en repensant les trois lieux de notre vie où il faut renoncer à nos manières de voir et d’agir pour nous conformer au Seigneur. Temps de désert, le carême est aussi celui du dépouillement car, il ne s’agit pas seulement d’entrer dans le désert, mais aussi d’accepter de s’y dépouiller, d’y avoir faim. Et quand vous avez fait l’effort du dépouillement, de la simplicité, quand tout devient secondaire, vide et silencieux en vous, vous devenez le terrain de combat où deux être s’affrontent : Dieu et Satan. Alors nos choix libres et conscients deviennent leur victoire ou leur défaite.

Avançons ensemble dans les trois faims fondamentales de toute vie spirituelle chrétienne et de quelles manières il nous faut les apaiser.

1/ La faim de pain, de nourriture. L’évangéliste rapporte que Jésus ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Or, un corps affaibli rend aussi vulnérable l’esprit. Ainsi la tentation du diable ne repose pas sur le désir de pain (qui est légitime quand on a faim) mais sur le moyen de l’obtenir. Le diable veut disqualifier le Père en provoquant Jésus à un miracle. Le Père cessant alors d’être le Dieu providentiel dont le Deutéronome dans la 1° lecture dit : Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères. Il a entendu notre voix… En acceptant lui aussi de tout recevoir du Père, Jésus nous donne l’exemple. Face à la tentation de tout obtenir par nous même, à l’autosuffisance revendiquée comme liberté fondamentale, redécouvrons la foi dans la providence divine d’un Père qui aime ses enfants.

2/ La faim du véritable pouvoir. Cette faim est plus subtile et oblige le diable à emmener Jésus plus haut. Il s’agit de détourner le Christ de la vraie source du pouvoir. Au Diable qui lui propose l’exercice du pouvoir sur tous les royaumes de la terre, Jésus réponds que le véritable pouvoir est d’être créateur et non de régner sur les créatures. En reconnaissant tout pouvoir à son Père, Jésus nous donne l’exemple.

Alors interrogeons-nous. Comme disciple n’ai-je pas parfois tendance à être clérical comme le dénonce le pape François ? M’arrive-t-il comme parent, comme paroissien engagé en Eglise ou citoyen dans la société ; d’accaparer  la fonction ou le service qui m’est confié et oubliant d’une part que je dois l’exercice de ma charge à quelqu’un au dessus de moi et d’autre part en transformant mon service en propriété privée.

3/La faim de la reconnaissance divine. Le Di        able argumente bien : puisque tu es son Fils tout t’est permis, pour toi il fera tout… être important pour Dieu, avoir du prix à ses yeux, cela nous réconforte, mais cela peut aussi nous gonfler d’orgueil, nous rendre exigeants, nous faire passer vite comme quelqu’un d’indispensable pour Lui. Et l’on veut alors que Dieu se plie en 4 pour nous, qu’il devienne celui qui s’incline devant nous (2ième tentation). C’est en fait la plus terrible des tentations, laisser Dieu seul venir jusqu’à moi sans prendre le chemin, parce que je le vaux bien, comme dit la pub ! C’est oublier que j’ai d’une part à reconnaitre Dieu, comme le Très-Haut et le Puissant en Lui disant comme le psalmiste : Mon refuge, mon rempart, mon Dieu, dont je suis sûr ! Et d’autre part à accueillir le salut qu’il donne en Jésus comme le dit st Paul aux Romains : En effet, si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé.

Se passer de la providence de Dieu, confondre le Créateur et la créature et enfin humilier Dieu en le mettant à mon service, voilà les trois écueils à éviter pendant ce temps de carême. Puisse notre eucharistie ce matin nous permettre de saisir que le Christ seul est la providence de Dieu, qu’il est la puissance de Dieu à l’œuvre, don gratuit et indépassable de la vraie Vie. Amen

homélie du mercredi des cendres

Évangile de J-C selon saint Matthieu

En ce temps- là, Jésus disait à ses disciples : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.

Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux- là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.la

Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux- là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux- là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume- toi la tête et lave- toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. »

C'est quoi le Mercredi des Cendres ? - Saint Vincent en Lignon

Aujourd’hui nous entrions dans un temps spécial, le temps du Carême. Ces 40 jours qui nous sont offerts par l’Eglise comme un cadeau servent à nous préparer à la grande et belle fête de Pâque. C’est donc une grande aventure que nous débutons ce soir, l’aventure de la foi en la résurrection. Et, comme pour être prêt le jour d’une épreuve sportive, nous nous préparons avec sérieux et persévérance, par un entrainement approprié et régulier, en surveillant notre alimentation, en prenant des temps de repos et de concentration ;  il nous faut également bien nous préparer à vivre cette aventure de la foi pour être prêt à fêter Pâque.

Et pour nous y aider, Jésus se propose d’être notre entraîneur, notre coach, qui nous soutiendra tout au long de notre marche de 40 jours vers Pâques. L’ayant choisi, laissons-le nous briefer, nous donner les premiers conseils de la course que nous commençons. Dans l’évangile de ce soir, Il nous livre une attitude à avoir et trois conseils. Les avez-vous repérés ce soir ?

D’abord une attitude générale : pour se préparer à Pâque, Jésus nous invite à changer notre manière d’agir : Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Attitude numéro un : la discrétion.

Ensuite il nous donne 3 conseils : le partage comme exercice d’entrainement, la prière comme temps de concentration et le jeûne, comme moyen de surveiller son alimentation. Ces 3 propositions Jésus nous invite à les  vivre dans la discrétion bien sûr ! Car ce que nous ferons devra être un cadeau pour Dieu seul et non pas des actes pour frimer devant les hommes !

1/ le partage, qu’on appelle aussi l’aumône : Tout récemment un président de la République Française, est allé discrètement visiter des sans abris, mais en n’oubliant pas de prendre avec lui des journalistes …. De ceux qui agissent ainsi  Jésus dit  qu’ils se donnent en spectacle … dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Et il en conclut : Amen, je vous le déclare : ceux- là ont reçu leur récompense.

A nous qui voulons le suivre et l’imiter Jésus conseille plutôt : que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret. Essayons donc pendant ce carême de ne pas nous vanter du bien que l’on fait, des affaires qu’on à prêtées, du goûter qu’on a partagé, du service qu’on a rendu. Considérons cela normal pendant les 40 jours qui viennent !

2/ la prière : Si Jésus est notre entraineur, alors il faut garder le contact avec lui et lui parler au moins deux fois par jour ! Le matin pour prendre des forces on peut lire, au réveil ou pendant le petit déj, un passage de l’Ecriture, et lui offrir la journée qui vient et tout ceux que nous allons rencontrer : maitres et maitresses, les autres écoliers, les profs, les collègues de bureau, etc. Le soir pour débriefer la journée avec Jésus on va lui dire ce qui s’est passé dans la journée, le remercier de tout ce qui s’est vécu de beau et de grand, lui demander pardon si on n’a pas suivi ses conseils et le prier d’être présent auprès de nous le lendemain. Dans le secret aussi, on peut  attraper son chapelet et réciter une dizaine d’Ave, faire un signe de croix et dire simplement « gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours….. », réciter un acte de foi, d’espérance ou de charité, etc.

3/ le jeûne, qu’on appelle aussi la privation : Ce n’est pas un mot très à la mode car on le vit comme une punition : être privé de son téléphone portable, de sorties, etc… Jésus nous invite à l’entendre comme une décision libre et volontaire de ne pas utiliser un objet ou de se passer de nourriture. Cela peut prendre la forme non pas d’un arrêt total, mais d’une régulation de l’utilisation ou de la quantité mangée. Adieu gloutonnerie, bonjour sobriété ! Le jeûne creuse en nous un manque qu’on peut transformer en désir de Dieu ou en acte d’amour pour les autres. Quand on se libère des objets qui nous emprisonnent dans la solitude ou l’isolement alors nait en nous un appel à entrer en relation avec les autres, avec Dieu !

Avec un entraineur comme Jésus, votre carême sera un temps de joie dans la foi, un temps choisi et donné discrètement à Dieu en gage d’amour pour lui redire dans le secret : Tu es mon Père, j’ai besoin de toi ! Amen

 

homélie 7° dimanche ordinaire C

Aimez vos ennemis

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus déclarait à ses disciples : « Je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue. À celui qui te prend ton manteau, ne refuse pas ta tunique. Donne à quiconque te demande, et à qui prend ton bien, ne le réclame pas. Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous en font, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs en font autant. Si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir en retour, quelle reconnaissance méritez-vous ? Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu’on leur rende l’équivalent. Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car lui, il est bon pour les ingrats et les méchants.  Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et l’on vous donnera : c’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement ; car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous

Parmi les nombreuses personnes que je rencontre, beaucoup aborde leur vie en me disant « je vis dans le péché » pour dire qu’ils ne sont pas mariés et ont des enfants hors mariage, ou encore pour m’informer qu’ils ont une vie décalée par rapport aux enseignements de l’Evangile et de l’Eglise. Remarquez qu’ils jugent eux-mêmes leur vie à l’aune de l’évangile, ils sentent qu’il y a un décalage entre ce qu’ils vivent et ce qu’ils pourraient vivre plus pleinement. Souvent dans leurs voix on sent la peur de l’engagement, du don total, de l’implication maximale.

Certains, à contrario, s’exclament « vous savez père, je n’ai rien à me reprocher» et ils ajoutent aussitôt « j’ai ma conscience pour moi ». Ceux-là ont déjà fait de leur vie une référence autocentrée. La norme c’est eux, cela à l’avantage d’éviter des prises de tête et des confrontations à une loi objective. Ils ont toujours une explication à donner et une justification de leurs actes si ceux-ci sont en apparente contradiction avec la loi.

D’autres enfin, avouent « j’ai pas volé, j’ai pas tué, tout le reste je l’ai fait ». Ils mettent une hiérarchie dans les péchés en se gardant de tomber, selon eux, dans le grand banditisme moral. Ils se savent pécheurs, mais se voient comme des petits pécheurs.

Ma mission sacerdotale exige que j’invite toutes ces personnes soit à régulariser leur situation matrimoniale, soit à réaliser qu’elles commettent un gros péché d’orgueil, soit à recevoir le pardon sacramentel. Pourtant tous se défilent arguant qu’il faudrait, une nuit au moins pour tout entendre de leurs frasques, eux qui ne se sont pas confesser depuis leur première communion. Dans une certaine mesure, ils sont, chacun à leur manière, assez fiers de leur état de pécheur, en en tirant presque une certaine gloire ; comme sont fiers parfois ceux qui truandent les impôts ou qui détournent les lois, vous racontent avec force détails leurs exploits, illustrant à merveille un adage qui n’est absolument pas chrétien « pas vu, pas pris ».

Ces trois espèces de pécheurs ont une vision d’un Dieu justicier qui épie leur vie et scrute leur intimité. Rien à voir avec le Dieu que nous révèlent les paroles magnifiques de notre liturgie dominicale …. Laissons-nous enseigner par elles :

Dans le psaume 102 le Dieu auquel nous croyons est un vrai père tendre et miséricordieux qui déploie son amour en tous ces actes : Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses il met loin de nous nos péchés ; comme la tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui le craint !

Dans l’Evangile de Luc, Jésus rappelle la beauté de la vocation chrétienne. A qui veut être son disciple, il indique le chemin de l’excellence : vivre et agir comme lui. En effet, le Christ place la barre très haute, car il nous a rachetés à un prix très élevé, celui de sa vie crucifiée. Et depuis lors, les hommes et les femmes d’argiles que nous sommes, pétris d’amour divin mais abîmés par le péché,  ont été baptisés dans sa mort et sa résurrection, pour devenir dès ce monde des êtres spirituels capable d’agir comme Jésus. C’est ce que nous révèle saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens : de même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel.

Et c’est dans la première lecture, tirée de l’Ancien Testament, et comme pour nous démontrer la grande cohérence des Écritures rédigées sous la motion de l’Unique Esprit Saint, que nous est donné le parfait exemple de ce que signifie aimer comme Jésus, c’est à dire l’amour des ennemis, sommet de la vie chrétienne. Alors que Saül descendit vers le désert de Zif avec trois mille hommes pour y traquer David, ce dernier en capacité de le surprendre et de le mettre à mort, agit en sage, disant à Saül : Aujourd’hui, le Seigneur t’avait livré entre mes mains, mais je n’ai pas voulu porter la main sur le messie du Seigneur.

Ce matin donc, les textes de la liturgie nous remettent sans ménagement à notre place. Ils nous invitent à quitter nos visions étriquées d’un Dieu justicier et redresseur de torts et à lever les yeux vers un Dieu Père plein d’amour qui nous aima tant qu’il reçut en offrande la vie de son Fils comme rachat de nos fautes. A cause de cela, notre vie ne peut plus être une vie médiocre vivotant au niveau moral minimum, elle doit au contraire être l’aventure de foi dans l’amour poussée par l’Esprit Saint. Jésus dans l’évangile nous rappelle que notre vie de chrétien doit viser à aider chaque humain à réaliser pleinement sa vocation divine d’enfant de Dieu : aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut.

Choisissons maintenant d’aider le Seigneur à sauver le monde, offrons-nous à Lui, recevons son corps et devenons sa vie offerte aux autres pour les mener tous vers le Père. Amen

homélie du 6° dimanche ordinaire C

Lecture du livre du prophète Jérémie

Ainsi parle le Seigneur : Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair, tandis que son cœur se détourne du Seigneur. Il sera comme un buisson sur une terre désolée, il ne verra pas venir le bonheur. Il aura pour demeure les lieux arides du désert, une terre salée, inhabitable. Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est la confiance. Il sera comme un arbre, planté près des eaux, qui pousse, vers le courant, ses racines. Il ne craint pas quand vient la chaleur : son feuillage reste vert. L’année de la sécheresse, il est sans inquiétude : il ne manque pas de porter du fruit.

Resurrection of Christ | PerichoresisLecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ; alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés ; et donc, ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus. Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais non ! le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis.

26 - The Beatitudes (Spanish) - YouTubeÉvangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus descendit de la montagne avec les Douze et s’arrêta sur un terrain plat. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une grande multitude de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon. Et Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez. Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme. Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie, car alors votre récompense est grande dans le ciel ; c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes. Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation ! Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant, car vous aurez faim ! Quel malheur pour vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et vous pleurerez ! Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous ! C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. »

Après la lecture de ces textes que nous offre la liturgie, une chose ressort nettement : il n’y a pas d’à peu près, ni de demie mesure dans les propos que nous venons d’entendre. Tout semble nous affirmer d’abord que par nos choix nous faisons notre bonheur ou notre malheur. Et ensuite que pour être heureux il faut choisir Dieu et agir avec Lui! Cette radicalité nous dérange car elle nous « presse » de choisir Dieu plus définitivement. Reprenons chacune des lectures et recevons leur enseignement comme une invitation à convertir ce qui doit l’être en nous.

Dans la première lecture, le prophète Jérémie rappelle que la malédiction ou la bénédiction sont souvent des conséquences de nos choix. Dieu ne s’éloigne pas de nous, ne nous oublie pas, ne nous laisse pas dans la mouise. En revanche, trop souvent les hommes que nous sommes, ayant posé leurs choix pas toujours bien réfléchis ou sans avoir consulté Dieu, refusent d’en assumer pleinement les conséquences …

Et ce qui vaut pour toute la vie, vaut pour la foi : assumer son choix d’être monothéiste, d’être chrétien jusqu’au bout, c’est renoncer à l’idolâtrie. C’est cela d’ailleurs que Jérémie rappelle : malheur à celui qui se dit croyant au Dieu des juifs et qui honore d’autres dieux, fabriqués par les hommes! L’invitation que Jérémie nous fait ce matin est claire: Laissez tomber vos idoles pour revenir au Dieu véritable ! Quelles idoles ? : Quand je suis accroc à l’argent, à ma console de jeux, à surfer sur le net, à mes cigarettes, à l’alcool, à la fête, à mon shitt, au sport à la télévision, à la lecture, à la pornographie, à défendre des idéologies mortifères et ce jusqu’au point de me renfermer sur moi, de ne plus dormir ni manger, ni dialoguer. Les conséquences ? Je m’isole, je dépéris et je provoque ma propre malédiction : je deviens comme un buisson sur une terre désolée, qui ne verra pas venir le bonheur.

En revanche, Dieu peut encore me bénir si je me tourne vers Lui, rejetant mon individualisme narcissique et en m’ouvrant à Lui et aux autres. Au-dedans de moi, tout au fond, dans un petit coin, demeure la plénitude de la Vie. Dieu lui-même veut que le pauvre buisson desséché que je suis oriente ses racines au plus profond de son cœur pour y puiser l’eau de la Vie, l’Esprit Saint qui y réside depuis le jour de mon baptême. Alors je pourrai devenir comme un arbre planté près des eaux, ne craignant pas quand

 vient la chaleur et ne manquant pas de porter du fruit.

Ayant renié les idoles il nous faut choisir le vrai Dieu. C’est, dans la seconde lecture, l’invitation de st Paul aux Corinthiens à poser un acte de foi définitif et irrévocable en Christ mort et ressuscité. En effet c’est le cœur de la foi chrétienne, Paul insiste : si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés et ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus. Il faut donc espérer. Car l’espérance est l’acte de foi en les réalités dernières comme le rappelle notre pape Benoit dans son encyclique Spe Salvi,  c’est à dire qu’il nous faut croire que nous vivons déjà ce que nous attendons. Ainsi, vivre du Christ, c’est croire que nous sommes déjà en phase de résurrection, car le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Alors faites mentir Nietzche qui dénonçait la permanente « face de carême des chrétiens ». Désormais, adoptez une vraie tête de ressuscité par une vie sacramentelle, de prière et de méditation de l’Ecriture, soutenue et régulière.

Enfin, ayant renié nos idoles et choisi le Christ, Jésus dans l’Evangile nous rappelle ce que c’est qu’être heureux, ce qu’est le bonheur avec Lui. Il s’agit de cheminer aux antipodes des définitions qu’en donne le monde : tu veux être heureux ? Alors sois pauvre et tu pourras mendier l’amour et le royaume du Seigneur. Sois, affamé et tu pourras recevoir et manger son corps offert. Pleures et tu pourras trouver dans sa joie ton rempart et ta consolation ! Accepte, à cause de Lui les insultes et le mépris, alors, tu pourras exulter de sa joie recevoir sa vie éternelle et divine.

Alors, mon frère, ma sœur, mon ami, choisis le Christ et ne reviens plus en arrière ! Garde les yeux fixés sur Lui pour avancer avec Lui et combattre avec Lui. C’est dans chacune de nos vies que Jésus le Christ combat et trouve ses victoires : chaque fois que nous brisons nos idoles et le choisissons comme unique Dieu, plénitude de vérité, de vie et d’amour ; chaque fois que nous posons un acte de foi, un acte d’espérance, un acte de charité envers Lui ; alors nous appelons la bénédiction de Dieu sur nous et nous anticipons la venue du Royaume, nous ne rendons pas vaine la croix du Christ. Puisse ce chemin de victoire être désormais celui de notre vie. Amen

homélie du 5° dimanche ordinaire C

Le SACRÉ dans l'Évangile. Ch I : Le Sacré (première ...Lecture du livre du prophète Isaïe

L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ; les pans de son manteau remplissaient le Temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils se criaient l’un à l’autre : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur de l’univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire. » Les pivots des portes se mirent à trembler à la voix de celui qui criait, et le Temple se remplissait de fumée. Je dis alors : « Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » L’un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon brûlant qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel. Il l’approcha de ma bouche et dit : « Ceci a touché tes lèvres, et maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné. » J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ? » Et j’ai répondu : « Me voici : envoie-moi ! »

Pêcheurs d'hommes - SERAPHIMÉvangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, la foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu, tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth. Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules. Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. » Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. » Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer. Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient. à cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. » En effet, un grand effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ; et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. » Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.

A la lecture de ces textes nous découvrons que des hommes et des femmes bien disposés à écouter Dieu et à lui faire confiance, peuvent entreprendre des choses extraordinaires. Avec quelques bonnes volontés humaines, Dieu a embrasé le monde de son amour et fait connaître partout sa Bonne Nouvelle. Voilà une grande espérance pour notre temps où il nous semble que les ouvriers de l’évangile vieillissent ou disparaissent. Regardons ensemble les quatre étapes de cette rencontre fructueuse entre Dieu et les hommes.

1/ Que l’homme reconnaisse sa faiblesse face à Dieu. Quand Dieu, l’infiniment grand et l’absolument saint vient à la rencontre des hommes, ceux-ci perçoivent leur petitesse et leur finitude. Ils mesurent l’écart qu’il y a entre eux et Dieu, et cet écart tient avant tout à leur état de pécheur. Ils mesurent le poids de leurs péchés face à celui qui est parfaitement pur. Telles furent les réactions d’Isaïe et de Pierre. Dans la 1ière lecture, Isaïe se rendant compte de son péché, s’écrie : « Malheur à moi ! Je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, … et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers !». Quant à Pierre dans l’Evangile, il « tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. » » Si en présence de Dieu, les pécheurs font l’expérience de leur médiocrité, je dois alors m’interroger : est-ce que je me présente devant Dieu avec mes propres faiblesses, est-ce que je reconnais devant lui ma médiocrité ? Car c’est en reconnaissant leurs faiblesses devant Lui que les hommes permettent à Dieu d’agir en eux. C’est la seconde étape.

2/ Dieu relève l’homme de sa faiblesse. Lorsque Dieu vient rencontrer les hommes, Il ne veut pas les écraser ni les humilier, mais seulement qu’ils reconnaissent leurs faiblesses pour pouvoir les aider et leur donner ce qui leur manque. Le plus grand désir de Dieu est de hisser l’homme jusqu’à Lui pour avoir avec Lui un dialogue en vérité. Ainsi dans la 1ière lecture Isaïe raconte que l’un des séraphins vola vers lui tenant un charbon brûlant qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel. Il l’approcha de sa bouche et dit : « Ceci a touché tes lèvres, et maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné.» La miséricorde de Dieu ouvre la bouche du prophète Isaïe qui pourra désormais dialoguer avec Dieu. De la même manière dans l’évangile, pour relever Pierre et ses compagnons abattus par une mauvaise pêche, Jésus parle, il les inviter à avancer au large et à jeter les filets. Jésus en révélant sa puissance restaure Pierre dans sa capacité à être pêcheur (de poisson !).

C’est la même chose pour chacun de nous. Quand nous sommes au plus bas, Dieu nous adresse une parole qui nous relève. Quelle est la Parole de Dieu qui me relève et me fait repartir dans ma vie de foi ?

3/l’homme devient alors un partenaire de Dieu. Relevé par Dieu, l’homme devient celui par qui Dieu peut réaliser sa volonté. Dieu n’a pas besoin de nous, mais Il nous rend nécessaire à son projet de Salut. Il nous missionne pour le salut du monde. Ainsi Isaïe s’entend-il poser par Dieu cette question : Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? De même Jésus donne-t-il à Pierre une nouvelle mission : Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. Enfin ; de sa rencontre avec Jésus sur le chemin de Damas, Paul deviendra apôtre, il le dit lui-même dans la 2ième lecture : je suis le plus petit des Apôtres. C’est Dieu qui nous révèle notre vocation personnelle, la mission qu’Il veut que nous réalisions pour lui. Ainsi, me suis-je déjà demandé ce que Dieu attendait de moi ? Lui ai-je déjà demandé : Maître, que veux-tu que je fasse ?

4/la vie des hommes, saisie par la grâce de Dieu porte beaucoup de fruits. Le premier fruit et l’audace du « oui » à la mission que Dieu veut nous confier. Cette audace permet à Isaïe de répondre à Dieu : Me voici : envoie-moi ! Elle permet à Pierre et à ses amis de ramener les barques au rivage et, laissant tout, de suivre Jésus pour des pêches à l’homme surabondantes. Enfin Paul dans la 2ième lecture l’affirme lui-même : ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et sa grâce, venant en moi, n’a pas été stérile. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi.

Par le « oui » de nos glorieux prédécesseurs, le « oui » de tous les saints depuis 2000 ans, l’Evangile est parvenu jusqu’à nous, a été vécu par des milliards de chrétiens. Dieu a besoin de mon « oui » aujourd’hui pour que son Evangile traverse le troisième millénaire. Aurai-je l’Audace de le lui dire ? A la communion, oserai-je dire au Seigneur « me voici : envoie-moi ! » pour que ma vie porte de vrais bons fruits, pour que l’Evangile soit connu et qu’il sauve le monde ? Amen

homélie 4° dimanche ordinaire C

Nul n'est prophète en son paysÉvangile de Jésus Christ selon st Luc

En ce temps-là, dans la synagogue de Nazareth, après la lecture du livre d’Isaïe, Jésus déclara : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » Tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils se disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton : ‘Médecin, guéris-toi toi-même’, et me dire :   ‘Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm : fais donc de même ici dans ton lieu d’origine !’ »     Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis :  aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays.. En vérité, je vous le dis : Au temps du prophète Élie, lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie, et qu’une grande famine se produisit sur toute la terre, il y avait beaucoup de veuves en Israël ; pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d’entre elles, mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon, chez une veuve étrangère. Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; et aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman le Syrien. » À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin

Une fonction biblique connue émerge de chacun des textes de liturgie de ce matin, l’avez-vous repérée ? Oui ? Il s’agit de la fonction prophétique que chacun des textes ce matin vient éclairée d’une lumière particulière. Le mot « prophète » est un mot grec qui signifie « parler devant, parler à la place de ». Le prophète, dans la Bible, est donc la personne qui est envoyé par Dieu pour parler aux hommes à sa place. Jusqu’à l’avènement du Christ, la mission des prophètes était d’annoncer et de révéler sa venue parmi les hommes ; depuis, les « prophètes » de la Nouvelle Alliance, qui sont les saints, ont comme mission, par une vie authentiquement chrétienne, d’annoncer la Bonne Nouvelle à tous, et d’orienter les cœurs vers le Seigneur. Trois grandes caractéristiques du prophète sont mises en avant dans les différents textes de la liturgie de ce dimanche, voyons cela ensemble dans les 3 parties de mon homélie.

1- Un prophète est choisi par Dieu et envoyé à tous les hommes :

A/un prophète est choisi par Dieu, et tout entier consacré à son service. C’est ainsi que Jérémie relate son élection dans la 1ière lecture: la parole du Seigneur me fut adressée… avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré. Par ces paroles Dieu nous rappelle, comme à Jérémie, que toute vie, notre vie à chacun, est désirée d’abord par Dieu : Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais  dit le Seigneur. Ainsi un prophète doit rappeler cette évidence : la vie est sacrée, elle émane de la belle complémentarité entre un père, une mère et Dieu qui lui donne une âme ! Nous qui sommes prophète par le baptême osons réaffirmer autour de nous que toute vie vient de Dieu qui nous a choisi dès le ventre de notre mère. Annonçons à ceux que nous aimons que Dieu le Père, désire faire de chacun d’eux son enfant bien-aimé.

B/un prophète est envoyé à tous les hommes : c’est pourquoi Dieu dit à Jérémie dans la 1ière lecture : je fais de toi un prophète pour les nations. Car Dieu veut s’adresser à tous les hommes. Jésus dans l’évangile rappelle que déjà les prophètes Elie et Elisée étaient venu en aide à des étrangers : la veuve de Sarepta et à Naaman le Syrien. Alors combien plus les prophètes chrétiens, remplis de l’Esprit Saint, devront aller dans le monde entier, à la rencontre de tous les peuples, pour les évangéliser.

2- un prophète a une mission particulière :

il doit être porte parole de Dieu au risque parfois d’être incompris. Dieu dit à Jérémie dans la 1ière lecture : lève-toi, tu diras contre eux tout ce que je t’ordonnerai. Ainsi quand le prophète parle, c’est bien Dieu qui parle. Le prophète n’annonce pas un message personnel, mais celui que Dieu lui demande de proclamer et qui n’est pas toujours aisée à attendre ! Jésus lui-même, dans l’évangile, souligne cette difficulté : Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays. Pourtant, malgré les épreuves et les tentations de replis, il faut témoigner et faire retentir les paroles de Dieu. Et dans le psaume, nous est rappelé le cœur du message à transmettre : Dieu est notre défenseur et notre libérateur ; il est notre forteresse et le roc sur lequel bâtir notre vie. Voilà pourquoi être prophète c’est d’abord lui dire merci pour tout cela. Ensuite le psaume poursuit : ma bouche annonce tout le jour tes actes de justice et de salut. Cela signifie qu’un chrétien prophétise en rappelant que Dieu agit dans le monde en vue de le sauver ; et aussi en agissant lui-même au nom de Dieu ! Car la justice de Dieu passe par nos combats pour établir sur terre la justice! Enfin le psaume s’achève par ces mots : jusqu’à présent, j’ai proclamé tes merveilles. Cela signifie qu’un prophète chrétien fait connaître aux autres toutes les merveilles qu’il a faites dans sa propre vie : la joie, la paix intérieure, le souci des autres. Sachant cela que me reste-t-il à faire pour devenir prophète ?

3- Un prophète vit sa mission dans l’amour.

 St Paul, dans sa lettre aux Corinthiens écrit que s’il lui manque l’amour, il n’est qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. C’est-à-dire que les actions les plus éclatantes sans l’amour ne servent à rien. Ce qui fait qu’un prophète de Dieu choisi par Lui peut accepter sa mission et être envoyé au bout du monde pour redire les merveilles de Dieu, c’est l’amour. L’amour de Dieu et du prochain, qui nous est donné par le baptême avec la foi et l’espérance. Le signe que nous sommes des prophètes vivant dans l’amour, les voici : la patience, l’humilité, le service des autres, la confiance, l’endurance dans la foi.

Demandons au Seigneur qu’il nous comble de cet amour en nous nourrissant de son Corps et son Sang offert pour que nous devenions, ses prophètes dans ce monde déboussolé.

Ce matin encore, pour que ce monde croit et vive, disons chacun en venant communier « me voici Seigneur, je viens faire ta volonté. » Amen.