homélie du 1° dimanche de l’Avent

par le père Arnaud Brelot

Lecture du livre du prophète Isaïe : C’est toi, Seigneur, notre père ; « Notre-rédempteur-depuis-toujours », tel est ton nom. Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre ? Reviens, à cause de tes serviteurs, des tribus de ton héritage. Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes seraient ébranlées devant ta face. Voici que tu es descendu : les montagnes furent ébranlées devant ta face. Jamais on n’a entendu, jamais on n’a ouï dire, nul œil n’a jamais vu un autre dieu que toi agir ainsi pour celui qui l’attend. Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi en suivant tes chemins. Tu étais irrité, mais nous avons encore péché, et nous nous sommes égarés. Tous, nous étions comme des gens impurs, et tous nos actes justes n’étaient que linges souillés. Tous, nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. Personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi. Car tu nous as caché ton visage, tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes. Mais maintenant, Seigneur, c’est toi notre père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main.

Comme un vent qui souffle sur nos vies - SERAPHIM
« nous étions desséchés comme des feuilles et nos fautes comme le vent nous emportaient. »

Comment les paroles du prophète Isaïe, écrites il y a bientôt 3000 ans, peuvent-elles aussi bien décrire l’état de nos âmes ? Comment peuvent-elles avec autant de précision souligner ce qui ne va pas chez nous ? Sinon qu’elles sont des paroles de feu inspirées par l’Esprit Saint de Dieu ; des Paroles pour réveiller le cœur assoupi, voir aujourd’hui, comateux, de ceux qui furent créés par Dieu comme un Père donne naissance à ses enfants ? Oui nous sommes faits pour vivre comme des fils et des filles de Dieu, des enfants du Père et nous préférons vivoter comme des orphelins. Nous sommes faits pour la gloire et la Lumière et nous nous contentons des ténèbres du péché et de la médiocrité. Il est venu jusqu’à nous et nous ne l’avons pas accueilli ! Il est là, humblement caché au cœur de ce monde ne pouvant qu’assister, terrassé dans son amour de Père, à la débandade de sa création. On Le proclame absent et l’on dit « Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? » d’autres affirment même qu’Il est mort disant : « Personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi. » Et nous croyants nous nous interrogeons « Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre ? ». Tous nous découvrons la misère d’une condition humaine privée de la grandeur de sa vocation spirituelle. Isaïe décrit tellement bien l’homme réduit à son humanité, amputé de sa condition d’enfant de Dieu : Tous, nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. Oui l’homme loin de Dieu ne devient plus qu’une feuille morte ballottée par les vents du relativisme, des modes, des compromis et de l’assouvissement des bas instincts.

L’homme sombre dans le néant du reniement de lui-même. En refusant sa filiation divine et la vie éternelle qui en découle ; se déclarant libéré de Dieu, l’homme ne sert plus que la culture de mort et les projets mortifères : avortement et l’euthanasie, chosification des personnes et de leur corps, exploitation de la main d’œuvre à des fins mercantilles, et maintenant le fin du fin la revendication de fraterniser avec les animaux et de se considérer comme l’un d’eux ; on appelle cela l’antispécisme. Cela a vraiment un gout de reviens-y quand on sait que le peuple élu se prosternait déjà devant un veau d’or dans le désert: diviniser les animaux, les élever jusqu’à notre vocations propre d’humains, voilà un grand péché qui fut déjà dénoncé par Dieu au temps de Moïse. Comment être plus loin de la gloire que Dieu a voulu pour nous, nous tirant du néant pour nous créer à son image et à sa ressemblance ?

Oui la tempête soufflait du temps Isaïe sur le peuple perdu et elle souffle encore en notre temps. Beaucoup comme au temps d’Isaïe s’interrogent et demandent : Où est le Seigneur en ces temps difficile, où sont sa puissance et sa gloire qu’il déployait pour anéantir ses ennemis, pour sauver son peuple élu. Oui le silence de Dieu est assourdissant d’autant plus quand la surdité des hommes rend quasi impossible l’échange, l’écoute.

Et pourtant le constat d’Isaïe qui est aussi le nôtre s’il est plein de tristesse et de regret, n’est pas le mot de la fin. Quand Dieu n’a plus pu parler à l’homme comme il faisait du temps de nos pères les patriarches, il a trouvé un autre moyen d’entrer en relation avec nous. Il s’est fait l’un de nous. Il est venu parmi nous pour dialoguer avec nous, pour que de nos yeux, de nos cœurs, de nos esprits et de nos intelligences nous puissions contempler la splendeur de notre vocation, la grandeur de son appel. Jésus est l’homme nouveau, l’homme renouvelé que nous sommes appelés à être, à revêtir.

Voilà ce qu’est le temps de l’Avent, un temps pour nous ressaisir, pour redécouvrir ce qui nous a été promis et qui s’est réalisé en Jésus. Un temps pour réaliser l’immense grâce qui nous a été faite dans la naissance de Dieu parmi nous. Paul l’affirme aux Corinthiens dans la 2° lecture : aucun don de grâce ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ. Oui les amis ! Dieu est à la fois celui qui est venu et celui qui reviendra ; il est celui qui vient en chaque eucharistie restaurer sa gloire en restaurant notre humanité. Paul nous le rappelle : Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur.

Alors en recevant la vie de celui qui nous a tant manqué et dont on a été privé pendant ce 2° confinement, faisons nôtres les paroles d’Isaïe, redisons à Dieu « Seigneur, c’est toi notre père » et laissons-le agir en nous, disons-lui : « Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main. ». Que notre eucharistie en ce premier dimanche de l’Avent, restaure en nous l’enfant de Dieu que nous sommes et le désir de l’être totalement. Amen.

homélie du Christ Roi

par le père Jean Villet

Comment oser dévoiler ses textes ? (2/2) | Le Souffle ...

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ;  j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !’  Alors les justes lui répondront : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ?  tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ?  tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’  Et le Roi leur répondra : ‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’  Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : ‘Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ;  j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.’  Alors ils répondront, eux aussi : ‘Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?’  Il leur répondra : ‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.’ Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »

Photos de Vitraux - le Christ Roi

En ce dernier dimanche de l’année liturgique, nous célébrons le Christ, roi de l’univers et sa venue glorieuse à la fin des temps.

Jésus n’est pas un roi à la manière des grands et des puissants de ce monde, mais un roi humble , un roi serviteur, un roi berger.

Par la voix du prophète Ezéchiel, Dieu annonce qu’il va s’occuper de ses brebis. Il veillera sur elles, spécialement sur les plus fragiles. Dieu révèle sa proximité, sa bonté, son amour qui prennent visage avec le Christ, le Bon Pasteur, le vrai Berger. Rempli de l’Esprit Saint, Jésus annonce en paroles et en actes la Bonne Nouvelle du salut aux pauvres, aux humbles, aux personnes malades, aux exclus de la société. Sa miséricorde change le cœur et la vie de ceux qui se reconnaissent pécheurs et mettent en lui leur foi. Avec Jésus, s’inaugure la présence du Royaume de Dieu, proclamé dans les Béatitudes.

L’Evangile de ce dimanche nous offre une fresque grandiose et universelle,  appelée communément « le Jugement Dernier ». Quand le Fils de l’homme, viendra dans sa gloire, toutes les nations  seront rassemblées devant lui. Alors, le Seigneur mettra en pleine lumière la vérité et la qualité de notre vie. Comme le disait Saint Jean de la Croix, nous serons jugés sur l’amour. N’est-ce pas l’amour qui donne à toute existence sa vraie valeur ; sa dimension d’éternité. Ce qui provoque la surprise, l’étonnement de tous, c’est que le Christ s’identifie aux pauvres, aux malades, aux étrangers, aux prisonniers, aux plus petits d’entre ses frères. Tous ont une place de choix dans le cœur de Dieu, comme tous ceux qui leur viennent en aide. En Jésus, Dieu est solidaire de tous les hommes et tout être humain, même le plus fragile, le plus abimé est le reflet du visage de Dieu.

Ce langage imagé du Jugement dernier n’est pas destiné à nous faire peur, mais nous renvoie à notre responsabilité de baptisés : « Qu’as-tu fait de ton frère ? ».  Il est indispensable de prêter attention aux nouvelles formes de pauvreté et de fragilité dans lesquelles nous sommes appelés à reconnaitre le Christ souffrant : les sans-abris, les réfugiés, les personnes âgées souvent seules , les jeunes en recherche d’emploi , les personnes touchées par la crise sanitaire avec ses répercussions dans la vie économique et sociale.

Dans son dernier rapport, le secours catholique fait état de ces 10 millions de personnes en situation de pauvreté.

« Qu’as-tu fait de ton frère ? » Rendons grâce à Dieu pour tous ceux qui œuvrent généreusement à l’avènement d’un monde plus solidaire, et fraternel. N’est-ce pas déjà le signe du Royaume de Dieu qui advient chaque jour sur la terre et qui s’accomplira pleinement avec la venue du Christ Ressuscité à la fin des temps. Amen

homélie du 33° dimanche ordinaire année A

par le père William GOYARD

a la maison Talents

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu: En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. À l’un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités. Puis il partit. Aussitôt,  celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres. De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres. Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître. Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes. Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, présenta cinq autres talents et dit : ‘Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres.’ Son maître lui déclara : Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.’ Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit : ‘Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres.’ Son maître lui déclara :
‘Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.’ Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi et dit : Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.’ Son maître lui répliqua : ‘Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu.  Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts. Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. À celui qui a, on donnera encore,
et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents !’ »

Frères et Sœurs,

Nous sentons bien que nous arrivons à la fin, à la fin de l’année liturgique. Et les textes de fin d’année nous invitent à réfléchir sur la fin des temps, cette fin des temps où le Christ se manifestera dans sa Gloire.

En ce moment, évoquer la fin des temps raisonne d’une manière assez particulière, car, de ci et de là, des voix s’élèvent pour qualifier les évènements que nous vivons aux niveaux sanitaire, social, écologique, politique, comme les signes avant coureur de ce terme annoncé du retour du Seigneur. Est-ce maintenant ? ou est-ce pour bientôt ? Saint Paul dans la deuxième lecture affirmait que de telles questions n’ont pas d’importance, car il ne nous appartient pas de connaître le jour et l’heure : « Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur, vous n’avez pas besoin, frères, que je vous en parle » écrit Saint Paul. Il rappelle ensuite que la bonne attitude (et la bonne inquiétude) est de demeurer toujours prêt, pour ne pas être surpris par ce jour qui surviendra comme un voleur.

Cependant, réfléchir sur le retour du Christ, et sur le fait que celui-ci peut survenir à tout moment, peut provoquer chez nous différentes attitudes. Celle d’une attente confiante dans la paix, en assumant consciencieusement notre devoir d’état, tout en étant dans une attitude de vigilance et d’attention fidèle. C’est à dire, dans la même attitude que la femme, mère de famille et épouse, dont nous parlait la première lecture. Laquelle, dans une simplicité de vie, procure la joie autour d’elle. Et le sens de sa vie est l’amour, l’amour partagé dans sa famille.

L’autre attitude, face au retour du Christ, est une attitude de peur, de crainte et d’angoisse. Une crainte qui paralyse et inquiète et coupe tous les élans de la vie. C’est l’attitude du mauvais serviteur de l’Evangile. Son maître lui a fait confiance en lui remettant une partie de son argent, mais lui a répondu par la méfiance à son égard. Il n’a voulu prendre aucun risque, par peur du jour de son retour, se fabriquant une vision négative des intentions de son maître : « je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre. ». Alors que les autres serviteurs ont répondu à la confiance de leur maître par une attitude sincère, sans plus de préoccupations. « Aussitôt, celui qui avait reçu cinq talents s’occupa de les faire valoir et en gagna cinq autres. De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres. », à l’inverse le mauvais serviteur n’est pas digne de la confiance que le maître lui a accordée.

Cette parabole des talents nous montre que l’attitude des serviteurs dépend de l’image qu’ils se font les uns et les autres, de leur maître. Le maître, lui, a fait confiance à tous, leur confiant à chacun une somme d’argent selon leurs capacités. Mais tous n’ont pas accueilli cette confiance de la même manière. Le mauvais serviteur a rompu cette relation que le maître voulait lier avec lui en mettant en doute sa bonté et sa sincérité.

Ces paroles de Jésus nous renvoient à notre propre relation à Dieu. Pour nous aussi, notre attitude dépend de l’image que nous nous faisons de Dieu. Dieu est ce maître plein de bonté qui nous fait confiance et qui compte sur nous pour faire fructifier ses dons. Mais bien souvent nous ne répondons pas à la confiance par la confiance. Nous nous méfions, nous doutons, nous refusons de nous laisser entrainer dans cet élan dans lequel le Seigneur veut nous emporter. Cet élan intérieur qui nous attire à Lui et qui nous pousse à agir dans le monde. Cet élan, cette dynamique spirituelle provoquée par la grâce et qui attire la grâce de Dieu : « A celui qui a, on donnera encore et il sera dans l’abondance, mais celui qui n’a rien se verra enlevé même ce qu’il a ». Dieu nous a remis à tous quelques talents, il veut que nous les fassions fructifier dans la confiance et dans une espérance joyeuse.

Les temps que nous traversons peuvent nous inquiéter, peuvent nous apeurer, peuvent nous décourager. Ils peuvent nous questionner sur Dieu et sur notre foi. Ne soyons pas de mauvais serviteurs, ne nous trompons pas, résistons à la tentation de nous faire de fausses image de Dieu : Il est bien ce Père aimant que nous a révélé Jésus-Christ, Il marche avec nous si nous marchons avec Lui ; Il veille sur nous si nous comptons sur Lui ; Il nous conduit à la victoire si nous mettons notre confiance en Lui seul.

Oui nous attendons la manifestation du Seigneur, nous attendons son action bienfaitrice dans notre vie et dans notre monde assailli par le mal sous toutes ses formes, mais cette attende ne doit pas être entachée de crainte et d’angoisse, elle doit au contraire nous remplir de joie et de confiance et nous pousser à agir pour Dieu, car c’est bien lui le Maître des Temps et de l’Histoire. AMEN

homélie du 32° dimanche ordinaire A

par le père Arnaud Brelot +

Certains parmi vous ont choisi de suivre la messe en direct du presbytère de Lons, .malheureusement une coupure internet s’est produite pendant l’homélie. Vous en trouverez ci-dessous le texte intégral.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

    En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « Le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux. Cinq d’entre elles étaient insouciantes, et cinq étaient prévoyantes : les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile, tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d’huile. Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. Au milieu de la nuit, il y eut un cri : ‘Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.’ Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et se mirent à préparer leur lampe. Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes : ‘Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.’ Les prévoyantes leur répondirent : ‘Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous, allez plutôt chez les marchands vous en acheter.’ Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent : ‘Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !’ Il leur répondit : ‘Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.’ Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

Ce dimanche 8 et le 15 novembre prochain, nous devions célébrer les premières communions des enfants de notre doyenné. Et ma pensée va vers eux en premier. Voilà deux fois que la célébration de ce grand moment de leur vie chrétienne est reporté. En ce sens ils me font penser aux 10 jeunes filles de l’Evangile que nous venons d’entendre. Comme elles ils étaient invités au repas des Noces de l’Agneau, c’est-à-dire qu’ils allaient pour la première fois communier au Corps du Christ, participer pour la première fois au banquet qui préfigure le repas des noces éternelles. Et comme les jeunes filles de l’évangiles ils doivent attendre, veiller pour être prêts au jour et à l’heure où se repas d’amour pourra leur être servi !

Il nous faut donc, parents et catéchistes, paroissiens et copains du caté, les aider à garder fort et vivant le désir de communier. Nous devons tous ensemble les aider à garder leur lampe allumée pour qu’ils puissent le jour venu se rendre auprès du Seigneur pour unir en sa vie donnée, leur âme à la sienne.

Mais ce qui vaut pour nos enfants, vaut aussi pour nous maintenant. Cet évangile nous invite à interroger notre rapport à l’Eucharistie.

1/ est-elle pour nous un repas de Noces ?

Un repas de noce est un repas de fête où art de la table, décoration et plats finement préparés s’allient pour la joie des convives, sans oublier que les invités portent eux aussi une tenue de fête. Est-ce bien ainsi que se passe l’Eucharistie dans ma communauté, que je la vis moi-même. Est-ce que je viens à la messe en faisant attention à ma tenue… car ce jour un est jour de fête ! L’autel et les vases sacrés sont-ils bien préparés, propres et brillants ? Les fleurs ornent-elles le pied de l’autel et celui de l’Ambon ? Les chants sont-ils mélodieux et tournés vers la joie ? Oui tout doit contribuer dans notre liturgie à saisir combien la messe est un temps de fête, un repas de noces où le Seigneur Jésus vient s’unir à nos âmes ! Rappelez-vous ces paroles bouleversantes de Jésus « ceci est mon corps livré pour vous ! » il vient s’unir à nous comme un époux à son épouse se disant l’un à l’autre « ceci est mon corps livré pour toi ». L’eucharistie est un mystère d’alliance auquel nous devons nous préparer !

2/ que notre confinement ne soit pas un endormissement

Privés de l’Eucharistie pour l’instant, nous entrons une nouvelle fois cette année en veille ! Nous devrons garder vif en nous le désir de communier, de nous unir à l’époux de notre âme. Privé du repas des noces ne nous endormons pas, demeurons vigilants… creusons en nous le désir de recevoir le pain de Vie. Chaque jour redisons notre acte de communions spirituelle, allons devant le tabernacle dans l’église proche de chez nous et disons au Seigneur notre amour, notre manque, notre peine et nos désirs. Ne le laissons pas seul, lui qui est confiné par amour pour nous dans tous les tabernacles du monde ! Comme le rappelle un chant que nous connaissons bien « tenons en éveil la mémoire du Seigneur, gardons au cœur le souvenir de ses merveilles ».

3/ la charité, la bonne huile pour arpenter, dans la lumière, notre chemin spirituel.

Certes notre corps est confiné, mais cela ne signifie pas qu’il faille également que notre cœur le soit ! Pour garder vif notre désir de Dieu il nous faut nous rappeler qu’en chaque homme et femme nous pouvons le rencontrer, le reconnaître. Aussi je vous invite, dans tout notre doyenné et au-delà, de faire chauffer votre téléphone, de prendre des nouvelles les uns des autres, à proposer aux plus fragiles, aux plus isolés, vos services. Les enfants peuvent aussi participer en faisant des dessins avec quelques mots de soutien à envoyer dans les maisons de retraites (qu’ils nous les fassent parvenir à Voiteur et à Lons et nous les transmettrons aux résidents des EPADH dont ils feront la joie). Voilà comment garder à niveau l’huile de la lampe que nous aurons à prendre en mai pour avancer vers le Seigneur au jour de la rencontre.

Voilà frères et sœurs, demeurons vigilants et fermes dans la foi et l’espérance de participer à nouveau, dans la joie, au repas des noces de l’amour où Dieu lui-même vient s’unir à son Eglise. Pour que notre charité demeure active, je dépose chacun de vous dans la patène, sur l’autel, pour faire de vous, dans la communion spirituelle, le bon pain de Dieu pour le monde. Amen

homélie du 02 novembre, mémoire des fidèles défunts.

 :

LE CHRIST COMPTE SUR TOI!

Evangile selon st Luc

En ce temps-là, jésus disait à ses disciples : « Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir. S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur viendrait, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

Comme hier dans l’Evangile, les texte de la liturgie ce soir nous appelle à être « Heureux ». Et c’est le même mot qui est employé dans tous les textes : le mot grec « makar » dont les écrivains sacrés ont fait un adjectif « Makarioi » qu’on peut traduire par « heureux » ou « béni ». Or, hier, commentant mon homélie, un paroissien de Lons soulignait que dans ce monde nous sommes plus appelés à la joie qu’au bonheur qui nous sera donné dans l’autre.

Pourtant les textes de la liturgie de ce jour sont une invitation à ne pas attendre le ciel pour être heureux. Ou plutôt, de bien comprendre que le bonheur se construit jour à après jour. J’en veux pour illustration les mots de saint Jean dans son Apocalypse « Heureux dès à présent, les morts qui meurent dans le Seigneur. » et pourquoi doivent-ils être heureux ? L’Esprit explique : « car leurs actes les suivent ».  Jésus dit la même chose dans l’évangile de Luc que je viens de proclamer : « Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller » et pourquoi doivent-ils être heureux ? :  car ils sont restés leur vie durant « en tenue de service, la ceinture autour des reins, et leurs lampes allumées. ».

Ce qui est important est donc de définir ce qui fait le bonheur ici-bas, ce qui nous rend heureux dès ce monde et qui s’épanouira dans la vie éternelle, faisant de nous des bienheureux ! Dans mon homélie de toussaint je disais qu’être heureux dès ce monde exige de déployer une fraternité concrète et active selon les béatitudes qui sont un programme de vie chrétienne à vivre dès maintenant et avec tous les hommes autant que faire se peut.

Et décider d’être heureux comme cela, c’est-à-dire de trouver sa joie dans une relation fraternelle avec les autres et les servir selon les termes des béatitudes, exige parfois une conversion, d’où l’emploi des verbes au futur ! Mais non pas un futur d’après la mort, mais un futur proche pour celui qui se met en marche pour vivre désormais des béatitudes. C’est pour cela aussi qu’André Chouraqui traduira « MAkarioi » par « en marche ».

En effet, construire notre bonheur ici-bas, en tant que Chrétien ne peut se faire qu’en tournant notre regard vers le ciel. Nous « construisons » un bonheur qui trouvera son accomplissement dans le ciel. Ainsi, nos actes sur terre sont le signe visible que nous avons choisi de marcher vers le ciel. Ils sont les signes que nous avons déjà accueilli le règne de Dieu en nous, que Christ est bien vivant en nous. En effet, si Paul rappelle aux Romains que « par l’obéissance d’un seul (Jésus) la multitude est rendue juste. » c’est à chacun d’accueillir le salut, de se laisser justifier par Jésus. Le Salut est pour tous mais chacun dans sa liberté souveraine doit l’accueillir. Donc c’est parce que nous avons accueilli le salut de Dieu en Jésus-Christ dans nos vies, que nous sommes heureux dès ce monde, l’exprimant par nos actes et nos paroles.

Comme je vous le dis souvent, nous avons déjà un pied non pas dans la tombe, mais dans le Royaume à venir : telle est notre espérance qui n’est pas un « j’espère que ce sera comme ça » mais plutôt « je sais car je crois que ce fera comme ça ». Nous croyons que tout ce que Jésus a vécu nous le vivrons aussi : mort, résurrection et ascension. Il faut poser un acte de foi fort et combattre contre nos doutes. Et ce qui témoigne de la force de notre foi, c’est notre vie présente, notre joie de vivre, notre bonheur à la manière des béatitudes. Sachant où l’on va, on doit vivre heureux dès ce monde, du bonheur que Dieu veut pour nous !

Alors si parfois une tristesse légitime habite nos cœurs quand nous pensons à nos défunts, n’oublions pas aussi de faire mémoire de tous les moments de bonheur vécus avec eux, de tous les actes de charité qu’ils ont posés, de la grandeur d’âme dont ils furent capables. Et si la pauvreté, la faiblesse, la lâcheté, le péché ont abîmés leur vie, alors priez pour eux, offrez des messes, pour que l’Esprit Saint achève en eux la grande purification et leur pleine transformation en enfant de Dieu apte à la plénitude du bonheur semé en eux par Dieu dès le jour de leur baptême.

Savourons ce soir tout particulièrement l’Eucharistie, notre première et grande source de bonheur et de consolation ici-bas, elle est une anticipation du festin que nous partagerons avec Dieu dans le royaume. Par elle nous sommes en communion avec nos frères et sœurs défunts qui ont accueillis le salut donné par Jésus. Eux contemplent dans la joie éternelle le visage de Dieu, nous encore en marche vers le Royaume nous le savons réellement présent sous le voile du pain. Amen

homélie de Toussaint

Toussaint à Mantes-la-Jolie – Catholiques du Mantois

Évangile de J-Christ selon st Matthieu

En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »

L’épidémie de covid 19 et les attentats à répétition ébranle de plus en plus notre planète tout entière et interroge fortement notre mode de vie occidental, nos priorités, le sens que nous voulons donner à notre existence. Ces deux virus, le coronavirus et le terrorisme islamiste ont mis à terre notre manière de vivre et d’être en relation. Ce que nous avons construit depuis 200 ans comme système politique, économique et moral, souvent au mépris de Dieu et des plus faibles s’écroule. Donc en ces temps troublés soit nous nous lamentons sur un passé perdu, soit  nous y voyons l’occasion de transformer ce monde en redécouvrant ce qu’est profondément le sens de la vie que le Christ a proposé il y a deux milles ans. La fête que nous célébrons aujourd’hui porte dans son nom même tout le programme de vie que Jésus nous propose par la voix de son Eglise depuis deux millénaires : TOUS SAINTS.

J’entends bien que beaucoup parmi nous se disent que cela n’est pas pour eux. Que notre faiblesse, notre pauvreté, nos péchés, notre manque de courage et de volonté rendent impossible cela. Pourtant c’est un appel constant du Seigneur : d’abord au peuple de la première alliance : « Soyez saints pour moi, car moi, le Seigneur, je suis saint » rappelle-t-il dans le Lévitique (20,26) et Jésus va réitérer cette demande qui fonde la nouvelle alliance « vous donc vous serez parfaits comme votre Père est parfait » (Mt5,48) et saint Pierre lui-même exhortera les premiers chrétiens en écrivant « à l’exemple de Dieu saint qui vous a appelés, devenez saints ». (1P1,15)

Oui frères et sœurs la sainteté est une vocation, un appel de Dieu pour toute l’humanité. Donc aussi pour chacun de nous. Entendez bien les mots de st Jean dans son Apocalypse « j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau » Une foule innombrable se tient devant Dieu, la foule de tous les saints, la foule de ceux qui ont fait la volonté de Dieu dans l’ordinaire de leur vie. Ils sont les témoins fidèles et discrets de l’amour de Dieu œuvrant dans le monde.

Alors qu’est-ce qu’être saint ? L’Eglise nous donne à entendre différents textes qui nous permette de comprendre et ainsi de désirer être saint ! Voyons cela ensemble en trois points :

1/ accepter notre filiation divine. Dieu n’a pas créé le monde comme un terrain de jeux où Il passerait son temps en regardant se faire et se défaire les peuples et les civilisations dans des guerres et des conflits sans fin. Dieu n’est pas un fabricant de marionnettes qui prendrait les hommes pour des pantins qu’il soumettrait aux aléas de ses humeurs. Non, Dieu a créé le monde, notre monde par amour, en vue de faire des hommes, qu’Il a faits à son image et sa ressemblance et par le libre consentement de leur volonté, ses enfants bien-aimés. Et pour s’assurer de cela Il a lui-même pris chair humaine de Marie. Il a offert, par son propre Fils, la capacité aux hommes d’être ses enfants adoptifs. La mort, la résurrection et l’Ascension de Jésus son Fils sont le signe du grand amour de Dieu pour notre humanité. Laissons retentir les mots de st Jean : « Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. »

Être saint c’est d’abord accepter cet appel de Dieu en reconnaissant que nous sommes ses enfants. Chacun de nous, au jour de son baptême devient le fils, la fille bien-aimés de Dieu et durant sa vie acquiesce par ses actes et ses paroles à cette vocation.

2/ vivre heureux dès ce monde. Être enfant de Dieu exige d’agir comme tel. Jésus dans l’Evangile nous rappelle que nous sommes faits pour être heureux. Il nous demande de construire notre bonheur non pas à la manière de ce monde mais selon des principes de fraternité concrets : savoir pleurer et consoler ; être doux et œuvrer au partage des biens, toujours se laisser toucher par l’injustice et la combattre, pardonner et demander pardon, travailler à la paix en soi et autour de soi et enfin rester fidèle à ce programme jusqu’à accepter d’y perdre la vie. Tout cela, nous l’avons vécu dans nos fratries ; être saint c’est savoir étendre la fraternité à toutes nos relations humaines, au monde entier.

3/ tourner le regard vers le Royaume à venir.

Notre joie à vivre dans ce monde tient aussi de notre espérance. Nous croyons que ce que Jésus a vécu, nous le vivrions aussi. Si il est mort et ressuscité, de même nous aussi nous mourrons et ressusciterons, si du moins nous accueillons sa vie nouvelle en nous.

L’Espérance nous permet aussi de regarder au-delà de la mort ce que sera notre vie nouvelle et éternelle, car on ne peut désirer que ce que l’on connait ! Et la vision de saint Jean dans l’apocalypse aiguise notre désir. Notre éternité sera une immense et incessante liturgie, éclatante de la gloire de Dieu : Les anges, les Apôtres et les martyrs, les saints de tous les temps connus et inconnus, nos défunts purifiés dans l’Esprit Saint se tenant debout autour du Trône et chantant sans fin la louange du Seigneur. Être Saint c’est désirer le ciel et la vie en Dieu !

Alors être enfant de Dieu, vivre fraternellement du bonheur que Jésus propose dans les béatitudes pour accéder au jour choisi par Dieu à la vie éternelle dans la joie auprès de lui, voilà ce qu’est la sainteté !

Alors soyons Tous Saints ! Amen

homélie du 30° dimanche ordinaire A

par le père Arnaud Brelot

Connaître et aimer Dieu … et son prochain … et soi-même ...

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu En ce temps-là, les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. 

Mettre Jésus à l’épreuve, voilà le sport favori de ses ennemis : les Pharisiens, les partisans d’Hérode et les Saducéens. Dimanche dernier il s’agissait qu’il s’exprime sur le paiement des impôts pour le faire passer soit pour un collabo romain, soit pour un traitre à son pays. Aujourd’hui Jésus est interrogé sur sa lecture de l’Ecriture et son interprétation de la Loi. On lui demande de citer le plus grand commandement selon Lui. Or ne citer qu’un commandement n’est-ce pas relativiser les autres et instaurer une hiérarchie, un ordre, dans les commandements de Dieu ? Tout ce que nous dit Dieu n’est-il pas à appliquer dans nos vies ?

Et c’est là tout le génie de Jésus qui répond que tout ce qui est dans la Loi, ainsi que les Prophètes , c’est-à-dire dans l’Ecriture, dépend du double commandement de l’amour de Dieu et du prochain. En un sens cela signifie que la Bible est comme un commentaire, une notice explicative, un mode d’emploi de l’amour de Dieu et du prochain.

Sachant cela l’utilisez-vous comme telle ? La Bible est-elle votre boussole pour aimer en acte et vérité Dieu et les autres ?

Voyons ensemble ces deux commandements.

I.  Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit. Dans notre monde actuel, si l’on demandait autour de nous quel est la loi la plus importante, on nous citerait le premier article de la déclaration des droits de l’homme : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit », d’autres diraient que le plus important est l’amour de la famille, du prochain ou de son pays. Très peu de personnes répondraient comme Jésus que le plus important est d’aimer « le Seigneur Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit. » Car Dieu est peu à peu effacé de notre société, de nos réflexions, de nos habitudes. La réponse de Jésus est une évidence car Dieu est une évidence en ce temps là. L’on sait alors que tout vient de Lui et qu’Il tient dans sa main toute la création. Il nous faut réaliser frères et sœurs que Dieu n’est plus aimé car il est ignoré. Et parfois même par nous, les croyants qui sommes sensés le servir et le vénérer ! Car il faut entendre toute la portée des paroles de Jésus. Je vous cite st Augustin commentant cet évangile dans son traité sur la doctrine chrétienne :

« Dieu vous ordonne de l’aimer de tout votre cœur, en lui consacrant toutes vos pensées ; de toute votre âme, en lui rapportant toute votre vie ; de tout votre esprit, en dirigeant vers lui toutes les forces de votre intelligence, puisque c’est de lui que vous tenez tout ce que vous lui consacrez. »

Est-ce bien ainsi que nous vivons, mettant toujours Dieu au centre de notre vie spirituelle, sociale, affective et intellectuelle ? Est-il la source de notre vie et le but de notre pèlerinage sur terre ? Vivons-nous notre vie comme un compagnonnage avec Dieu, comme un processus de perfectionnement qui nous dirige vers le Ciel ? Visons-nous de partager la vie éternelle en Dieu avec Jésus et dans l’Esprit comme nous y invite st Pierre dans sa seconde lettre ? Espérons-nous être participants de la nature divine,  et non de simples spectateurs ?

Mes amis, Dieu n’a pas besoin d’enfants à moitié finis, mais de fils et de filles plongés dans son amour et vivant de sa grâce pour que ce monde passe des ténèbres à sa lumière. Nous n’irons pas en solitaire vers le royaume, mais en ayant soucis d’y amener toute l’humanité, car « tous sont appelés au salut ».  Voilà pourquoi le 2nd commandement est aussi important que le 1ier !

II. aimer son prochain comme soi-même. Au 4° siècle Saint Hilaire de Poitier commentant l’évangile de Matthieu écrivait : « ce commandement est semblable au premier, en ce sens qu’il y a dans tous les deux égalité d’obligation et de mérite ; car ni l’amour de Dieu sans l’amour de Jésus-Christ, ni l’amour de Jésus. Christ sans l’amour de Dieu, ne peuvent conduire au salut. »

En aimant Jésus, le Fils de Dieu fait homme, nous reconnaissons que tout homme mérite d’être aimé de nous ; car il n’est plus seulement image et ressemblance, il est aussi un frère et une sœur. Et c’est avec lui que nous avançons vers le royaume. Nous allons dans la joie vers le royaume en travaillant à unir toute l’humanité, comme l’écrit le Le pape François dans son encyclique « tous frères » au n° 95

L’amour nous met enfin en tension vers la communion universelle. Personne ne mûrit ni n’atteint sa plénitude en s’isolant. De par sa propre dynamique, l’amour exige une ouverture croissante, une plus grande capacité à accueillir les autres, dans une aventure sans fin qui oriente toutes les périphéries vers un sens réel d’appartenance mutuelle. Jésus nous disait : « Tous vous êtes des frères » (Mt 23, 8).

Est-ce bien ainsi que chacun de nous voit les autres humains ? En ces temps troublés il est facile de ne voir l’autre que comme un danger et un obstacle (la covid et le terrorisme le montrent) et établir une relation avec lui ne suscite que peur et est perçu comme un risque ! Notre vocation Chrétienne est de construire des ponts, d’avancer vers le royaume qui vient avec tous ceux qui sont appelés au salut. Que notre communion au corps du Christ permette que notre vie, nos paroles, nos actes soient les témoins fidèles de notre vocation, de notre mission. Amen

homélie du 29 dimanche Ordinaire A

par le père Arnaud Brelot +

Évangile de J- C selon st Matthieu

En ce temps-là, les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. Alors, donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? » Connaissant leur perversité, Jésus dit : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’un denier. Il leur dit : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » Ils répondirent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à ...

Deux grandes figures païennes sont proposées à notre méditation ce matin : Cyrus le Perse et César l’empereur de Rome. Deux figures distantes de plusieurs siècles et qui furent en leur temps respectifs les « maîtres du monde » alors connu. Ils étaient tout-puissants, régnaient sans partage et parfois sans pitié sur leur peuple et sur tous les peuples qu’ils conquirent. Un grand pouvoir leur est reconnu dans les Ecritures :

Isaïe dans la première lecture va jusqu’à proclamer, au nom du Seigneur, que Cyrus est un messie de Dieu, c’est-à-dire une personne choisie par Lui comme messager pour les peuples. Je vous relie ce passage : Ainsi parle le Seigneur à son messie, à Cyrus, qu’il a pris par la main ». Imaginez l’effet de cette annonce sur le peuple juif alors en exil depuis 50 ans à Babylone qui vient d’être conquise par les perses. Un Païen messie de Dieu ! Et de fait il le sera car c’est lui qui décidera le retour du peuple juif sur sa terre.

Quant à Jésus dans l’évangile, en proclamant « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » il reconnaît un pouvoir à l’empereur de Rome qui occupe la Terre Sainte, celui de « gérer » les affaires temporelles, car vous savez que ces paroles du Seigneur, en distinguant le domaine temporel du spirituel, sont à l’origine du principe de séparation des pouvoirs. Et les propos de Jésus ont du aussi agacés les Pharisiens, eux qui voulaient prendre Jésus au piège en le faisant parler en le forçant à choisir entre la collaboration avec Rome ou la rébellion. Il n’oppose pas, seulement il distingue pour ne pas confondre.

Et nous, avons-nous le même penchant qu’Isaïe et Jésus en regardant le spectacle de ce monde où évoluent les puissants d’aujourd’hui qui ne sont plus de Perse ou de Rome mais plutôt des Etats Unis d’Amérique, de Chine, de Russie ou de France ? Quand vous auscultez la politique internationale, y voyez-vous la main de Dieu comme Isaïe la voyait lui qui affirmait de Cyrus : « que Dieu l’a pris par la main pour lui soumettre les nations et désarmer les rois » ?

Croyez-vous que c’est bien encore Dieu qui est à l’œuvre dans ce monde qu’Il a voulu et créé ? Qu’il tient dans sa main les peuples et les puissants ? Nous disons très souvent, peut-être trop souvent que ce monde, notre monde est sous l’emprise du diable et du mal, alors que rien de ce qui s’y vit ne peut être inconnu de Dieu ! Saint Paul écrit aux Romains et nous rappelle par la même : « Que chacun soit soumis aux autorités supérieures, car il n’y a d’autorité qu’en dépendance de Dieu, et celles qui existent sont établies sous la dépendance de Dieu ».

Quel est alors le rôle des chrétiens, à qui Paul rappelle dans la 2ième lecture : « frères bien-aimés de Dieu, vous avez été choisis par lui ». ? Sinon d’éclairer la conscience des humains et de travailler ce monde à la manière d’un ferment pour qu’il devienne la semence à venir du Royaume de Dieu. Oui au lieu de sans cesse dénoncer et critiquer les gouvernants, nous devrions sans doute les aider en les portant dans nos prières, comme nous y exhorte saint Paul dans sa 1ière lettre à Timothée : « j’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité. » En effet un bon climat politique et social permet d’œuvrer à l’établissement du règne de Dieu. Il nous faut donc aussi nous intéresser aux affaires de ce monde en travaillant réellement, par des œuvres de justice à étendre le règne de Dieu dans ce monde : en rappelant la vérité sur l’homme et appelant à respecter la loi naturelle, par des moyens proportionnés et mis à notre disposition comme les manifestations et les pétitions.

Isaïe le rappelle à Cyrus, et à travers lui à tous les puissants : « Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en dehors de moi. Je suis le Seigneur, il n’en est pas d’autre. »

Oui un vrai gouvernant ne se prend pas pour Dieu, ne joue pas à être Dieu, décidant d’édifier un monde en opposition à la nature et à ses lois. Il a le devoir de servir Dieu pour le bien de tous les hommes ses enfants car Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité, comme l’écrit encore Paul à Timothée.

Alors, chacun à notre niveau, selon le principe de subsidiarité, par notre vie et notre investissement dans la société travaillons au salut du monde, faisons des paroles du psaume notre programme politique : Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi ! » Il gouverne les peuples avec droiture.

Que l’Eucharistie nous donne les forces pour changer ce monde et faire advenir le royaume du Christ notre seul vrai Dieu. Amen

homélie du 23° dimanche ordinaire

par le père Arnaud Brelot

Évangile de J-C selon st Matthieu

Ma paroisse du désert: septembre 2011

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »

Jusqu’où va notre amour du prochain ? Ou plutôt, jusqu’où Dieu nous demande-t-il de l’exercer ? Telle est l’interpellation de Jésus dans l’évangile. En effet, nous devons nous poser réellement la question car si nous avons toujours les mots « amour et fraternité» sur nos lèvres, nous sommes souvent moins rapides à vouloir en exercer toutes les exigences dans notre vie concrète. Ainsi parmi les nombreux domaines où s’exerce l’amour du prochain, j’aimerai en retenir trois et y réfléchir avec vous : l’aide matérielle, l’exemplarité de vie et la correction fraternelle. Voyons cela ensemble :

1/ l’aide matérielle :

Après une grande épreuve des réseaux de solidarité se mettent en place à tous les niveaux sociaux : dans une famille touchée par le chômage ou un divorce, on va se serrer les coudes ; après une catastrophe des villes et villages vont se mobiliser pour aider les sinistrés. En ce moment de nombreuses personnes nécessitent notre aide urgente et concrète, je pense particulièrement au Liban, pays si cher à la France, menacé et gangrené par tant de maux ? Aussi,  connaissant la grande générosité des catholiques, je vous invite à être particulièrement attentifs à l’appel de madame Bas qui vous invitera, au nom de l’AED à une aide concrète pour parer aux urgences sanitaires et humanitaires dans ce pays. Les chrétiens savent donner généreusement de leurs biens par amour du prochain !

2/l’exemplarité de notre vie

Dans notre société où les valeurs, les lois et les normes sont relativisées, il devient difficile de bâtir sa vie sur de bonnes fondations. Pourtant notre foi chrétienne offre des repères solides, des normes morales pour construire une vie juste et droite. C’est l’apôtre st Paul qui nous en parle dans la lettre qu’il écrit aux Romains : celui qui aime les autres a pleinement accompli la Loi. La Loi dit : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, tu ne convoiteras pas.  Ainsi en choisissant de faire le bien et de renoncer au mal, nous exerçons l’amour du prochain. En donnant l’exemple d’une vie juste et droite, fidèle à vivre les commandements de Dieu, nous témoignons auprès des personnes qui ont du mal à vivre chrétiennement ou qui sont en recherche de valeurs sûres pour construire leur vie, que le modèle de vie chrétienne est un chemin épanouissant qui mène au bonheur. Donc, donner l’exemple d’une vie bonne à notre prochain, c’est aimer notre prochain.

Essayons-nous, chacun de mener une vie la plus fidèle possible à la volonté de Dieu, et si nous n’y parvenons avons-nous l’audace, par l’intermédiaire d’un prêtre, d’implorer le pardon de Dieu ?

3/ la correction fraternelle :

Les paroles d’Ezéchiel dans la 1° lecture sont une invitation sans équivoque : si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. Cela signifie que notre salut personnel dépend du souci que nous avons du salut des autres. C’est ce que reprend Jésus dans l’Evangile : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. C’est donc aimer son prochain que d’aller le voir pour lui dire ce qui ne va pas, non pas en fonction de nos valeurs et de nos petites vérités, mais en fonction de l’enseignement de l’Evangile et de l’Eglise. Pour aider quelqu’un à accueillir le Salut, il nous faut l’aider à discerner ce qui dans sa vie lui fait obstacle. Et Jésus rappelle que le principal obstacle c’est le péché. Ainsi la plus grande preuve d’amour que l’on puisse apporter à une personne peut être de l’interpeler sur les incohérences de sa vie, sur ses attitudes, paroles ou gestes qui ne sont pas en cohérence avec la foi qu’il proclame.

Jésus nous demande d’avoir assez d’amour des autres pour ne pas les laisser se perdre. Trop souvent notre silence, que nous appelons poliment tolérance, n’est qu’une indifférence aux autres et à tout ce qui pourrait leur arriver !! Jamais Jésus n’a laissé se perdre une personne, toujours Il lui a prodigué les secours de la vérité et du Salut.

Qui d’entre nous ne souhaiterait pas, si il prenait un chemin de perdition, qu’une bonne âme vienne l’avertir,  non pas pour le condamner, mais pour ouvrir ses yeux et ses oreilles à une parole et à un geste de salut ? Ne pas se soucier de la dérive d’un jeune dans la drogue ou dans l’extrémisme religieux, laisser une famille de proches se déchirer (parce que cela ne nous regarde pas) est-ce cela l’aimer ?

Puisse donc le Seigneur nous donner le courage d’aimer en acte et en vérité, d’être des guetteurs les uns pour les autres. Car je le dis comme je le crois, rien à mes yeux de prêtre n’est pire que le péché par omission, celui qui nous a gardé d’agir quand nous en avions les moyens alors que tout autour de nous tant avaient besoin d’une parole, d’un acte venant de nous. N’oublions jamais que c’est sur nos manques d’amour que nous serons le plus sûrement jugés à la fin des temps.

Puisse l’eucharistie que nous allons recevoir en communion faire des nous de vrais témoins de l’amour du prochain. Amen

homélie du 22° dimanche ordinaire A

par le père Arnaud Brelot

Évangile de J-C selon st Matthieu

En ce temps-là, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. »

 

Jésus annonce sa passion, sa mort et sa résurrection et cela ne plait guère à Pierre qui lui dit «  « Dieu t’en garde Seigneur, cela ne t’arrivera pas. » Mais qu’est-ce qui agace autant Pierre : La montée de Jésus à Jérusalem, qu’il souffre de la part des anciens et des prêtres, qu’il soit tué ou de qu’il ressuscite le 3° jour ? En effet, quel mal y-a-t-il à monter à Jérusalem ou à ressusciter, rien…..sinon que pour ressusciter il faut mourir et même pour le Seigneur mourir dans la souffrance. Et c’est là qu’est l’os ! : souffrir et mourir avant de ressusciter ! En cela, Pierre n’est guère différent de nous tous. En refusant que Jésus réalise ces deux obligations de souffrir et mourir, Pierre occulte une grande part de la réalité humaine. Comment Jésus dont Pierre a proclamé qu’Il est « le messie, le Fils du Dieu vivant » venu assumer la condition humaine, pourrait-il ne pas souffrir et mourir ? Pour Pierre Jésus est le Fils de Dieu et Il pourrait donc se passer de souffrir et mourir, ce n’est pas digne de Dieu cela ! Voilà ce qu’il pense ! Et Jésus y voit une grande tentation pour lui, les propos de Pierre sont en fait susurrés par Satan : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Voilà la réponse de Jésus. Refuser de souffrir et de mourir sont donc des pensées humaines suscitées par Satan ! Et ce qui était vrai du temps de Pierre l’est encore plus de nos jours : il est toujours insupportable de souffrir et injuste de mourir.

Beaucoup parmi nous et dans la société se demandent comment l’Homme de notre siècle ayant atteint un tel niveau de science et de progrès peut-il encore souffrir et mourir ? C’est inconcevable, c’est intolérable ! Alors on cache les mourants, et on fait tout pour supprimer la souffrance. On cherche à gagner l’immortalité en désacralisant la vie et le corps qu’on transforme en machine dont les pièces sont toutes changeables et on noie la souffrance sous des tonnes de traitements médicamenteux. Seulement hier comme aujourd’hui on ne fait que du temporaire : on retarde le moment de la mort et on endort la souffrance, on l’anesthésie, mais on ne la guérit pas !

En assumant d’être vraiment homme, Jésus assume aussi le tragique de la vie humaine, c’est-à-dire la part de souffrance et la mort qui sont propres à l’humanité. Il ne veut pas se dérober à ces réalités, il veut les transformer. Il veut faire de ces deux impasses des passages vers la Vie Éternelle.

On peut alors mieux saisir l’invitation de Jésus « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive». Suivre le Christ, c’est vivre comme lui en acceptant pleinement la nature humaine tant pour les bonheurs qu’elle procure que pour les souffrances qu’elle engendre. Evidemment, le disciple n’est pas plus grand que son maître, et aller à la suite du Christ c’est prendre le risque de la plus grande souffrance, celle du don de soi c’est à dire de l’amour. Car c’est par amour des hommes que Jésus s’allonge sur la croix. Jésus n’accepte pas la croix, mais il assume la souffrance qu’elle engendre : le refus des hommes d’entendre son message, de recevoir son amour, de pardonner et d’être pardonnés, de vivre vraiment en enfant de Dieu. Jésus donne à la souffrance qu’il ressent le sens du don total de sa vie. Il souffre de nous donner sa vie, La Vie. Sur la croix Dieu se consume d’amour pour chacun de nous et il nous engendre à la vie divine.

Or cet amour pour le genre humain qui va jusqu’au don de sa propre vie, chacun des disciples est appelé à le faire. C’est à nous de découvrir dans notre vie qu’elle est la croix c’est à dire l’épreuve, que nous sommes capables de transformer en acte d’amour, en offrande pour participer avec Jésus à la Rédemption, au rachat de ce monde. Il ne s’agit pas d’être des surhommes mais d’être capable de transformer la souffrance que les événements de notre vie provoquent en don d’amour, en offrande pour sauver le monde.

Nous pouvons ainsi comprendre cette magnifique parole de Paul aux Romains : « Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte». C’est toute notre vie qu’il faut offrir à Dieu, nos bonheurs et nos souffrances. Paul nous demande de faire de notre vie une Eucharistie, c’est-à-dire d’en faire le don sur l’autel de la foi. C’est là le but de notre vie chrétienne, permettre au Christ, par le don de notre vie, de continuer à travers nous l’œuvre qu’il a entreprise dès la création du monde c’est à dire de transformer l’univers pour le préparer à s’épanouir en Royaume des cieux.

Oui je sais, comme Jérémie dans la 1° lecture cela nous effraie et comme lui nous décidons :  » Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. » et pourtant tout au fond de nous, comme Jérémie  nous faisons l’expérience que la Parole de Dieu, son Fils Jésus lui-même est en nous comme un feu brûlant dans notre cœur, qu’on s’épuise à maîtriser, sans y réussir. »  Alors laissons-nous encore ce soir saisir et habiter par Christ, acceptons d’être des hosties vivantes, sa vie donnée au monde pour le sauver ! Amen