homélie du 28° dimanche ordinaire

Domingo de Lucas - El joven rico | LOGOS ORTODOXO

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc : En ce temps-là, Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. » Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Jésus reprenant la parole leur dit: « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Jésus les regarde et dit: « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. » Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. » Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. »

A mon invitation « acclamons la Parole de Dieu », vous venez de répondre, avec un cœur unanime : « louange à toi Seigneur Jésus » ! Et pour quelle partie de l’évangile voulez-vous exactement louer le Seigneur ? Quand il dit Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel ?  ou bien à ses paroles : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Si tel est le cas alors il faut immédiatement passer à l’acte : vendre ce que vous possédez et vivre pauvrement et sobrement à la suite du Christ ! Ah, pensant à votre maison et à son confort, à votre épargne peut être, vous craignez maintenant d’avoir répondu un peu à la légère, sans bien avoir entendu, comme parfois on signe rapidement un contrat sans prendre le temps d’en lire les petites lignes en bas, justement là où sont inscrites toutes les conditions et contraintes liées ce contrat !

Heureusement pour vous, dans les petites lignes de l’évangile il est écrit « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. » Vous respirez alors un peu mieux, la paix revient dans vos cœurs. Mais attention, il faut quand même se préparer pour accéder au royaume de Dieu auquel aspire tout croyant.

Maintenant avec vous je voudrais revenir sur ces trois affirmations de Jésus dans l’évangile

1- entrer dans le royaume est difficile pour tous. En effet, seule une lecture rapide de l’évangile nous ferait croire que les riches seuls ont à craindre de rester à la porte du royaume de Dieu. E*n effet, Jésus dit aussi : « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Telle serait donc la règle générale dont la richesse serait un cas particulier. Alors pourquoi est-ce difficile d’entrer dans le royaume de Dieu ? Peut être parce que certains pensent qu’on peut payer pour y entrer, ce qu’on appelle « acheter son paradis », d’autre n’y croyant pas, donc ne le désirant pas ne peuvent y entrer, d’autres encore pensent que seuls les réglos peuvent y accéder : les saints, les parfaits, les justes, etc… ne l’étant pas eux-mêmes ils se mettent hors-jeu ; d’autres enfin, à l’inverse très présomptueux, sûrs de leur coup risquent fort de tomber sur une porte close ! C’est donc certainement que le Royaume de Dieu ne s’acquière pas ni ne se mérite, il se reçoit plutôt comme un cadeau. Alors seule la gratitude en ouvre la porte.

2- donc il nous faudra compter uniquement sur la miséricorde de Dieu, qui nous aime irrémédiablement.

Jésus lui-même l’affirme aux disciples qui se demandent : qui peut être sauvé ? : Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu.  Oui le salut, la vie éternelle, le royaume de Dieu sont des dons gratuits de Dieu, un effet de son grand amour. Car, comme Jésus posa son regard sur l’homme riche venu à lui, et l’aima, ainsi fait-il pour chacun de nous. Toujours son regard est celui de l’amour, de la compassion. Il voit à travers nos faiblesses, nos misères, nos attachements désordonnés l’âme désirant mieux faire, la conscience inquiète de son salut, la volonté paralysée par le péché. Oui Jésus, parce qu’il sonde les intentions de nos cœurs et les élans de nos âmes voit la soif de beau, de bien et de vrai qui les habitent. Mais attention, ne nous leurrons pas si les faiblesses et le péché nous blessent et nous ralentissent, il n’en demeure pas moins que nous devons agir, que nous pouvons malgré eux, accueillir le royaume de Dieu ; c’est-à-dire accueillir Jésus dans les sacrements grâce auxquels il établit peu à peu son royaume en nous.

3- mais cela n’empêche pas d’agir : en effet, face au défi de se défaire du lien à ses biens, l’homme de l’évangile s’en va tout triste et Jésus ne le retient pas : Jésus donne son royaume à qui veut bien le recevoir, l’accueillir. La liberté est notre dignité : il nous faut l’exercer. Et exercer sa liberté c’est choisir Jésus, c’est faire de notre cœur, de toute notre vie son Royaume en l’accueillant réellement dans les sacrements. Oui le royaume de Dieu, c’est la vie en Christ commencée dès cette terre et qui trouvera sa plénitude après notre mort. Ainsi la preuve que nous avons accueilli le royaume de Dieu, c’est le bien que nous faisons. Car nos actes sont alors mus par l’amour de Dieu, par l’Esprit Saint qui vit et agit en nous. Choisir Jésus dès cette vie, et adapter sa vie à son choix, c’est ce qu’a fait Pierre qui dit à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. ». Et Jésus lui confirme bien que son choix et les renoncements qu’il peut alors faire dès cette vie se déploieront dès ici-bas et dans l’au-delà puisqu’il y recevra dans le monde à venir, la vie éternelle. Alors osons nous présenter devant le Seigneur les mains vides mais le cœur disponible pour accueillir vraiment son Royaume en le recevant sincèrement dans l’Eucharistie comme le cadeau suprême de Dieu qui peut alors régner dans nos cœurs et sur nos vies. Amen

homélie du 27° dimanche ordinaire C

Le Mythe biblique de la CRÉATION d'ÈVE, première femme ...

Lecture du livre de la Genèse : Le Seigneur Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui correspondra. » Avec de la terre, le Seigneur Dieu modela toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les amena vers l’homme pour voir quels noms il leur donnerait. C’étaient des êtres vivants, et l’homme donna un nom à chacun. L’homme donna donc leurs noms à tous les animaux,  aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes des champs. Mais il ne trouva aucune aide qui lui corresponde. Alors le Seigneur Dieu fit tomber sur lui un sommeil mystérieux, et l’homme s’endormit. Le Seigneur Dieu prit une de ses côtes, puis il referma la chair à sa place. Avec la côte qu’il avait prise à l’homme, il façonna une femme et il l’amena vers l’homme. L’homme dit alors : « Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! On l’appellera femme – Ishsha –, elle qui fut tirée de l’homme – Ish. » À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un.

Dans notre beau pays de France, la foi en Dieu recule. Dans son livre Le Catholicisme a-t-il encore de l’avenir en France ? Guillaume Cuchet souligne qu’une courte majorité de Français (51%, mais 64% des jeunes) se déclarent sans Dieu. On dit de ses personnes, à la mode américaine, qu’elles sont « des nones » attention non pas des religieuses (nones) mais des « sans religion ». (En anglais « nones » veut dire « aucune »). Et en France nous en sommes désormais à la 3° génération d’enfants (devenus à leur tour adulte) qui n’ont rien reçu de la foi, qui ont décroché et se déclarent donc être « sans religion ». Guillaume cuchet écrit à leur sujet : « On a affaire à des décrochés, pas des décrocheurs, qui ont trouvé la rupture dans leur berceau, souvent parce qu’on a voulu préserver leur « liberté » en évitant soigneusement de les initier au catholicisme dans leur enfance. Pour l’Église, c’est un problème mais aussi une opportunité, qui ouvre la possibilité de parler du christianisme à nouveaux frais à toute une génération.

Oui depuis trois générations, la majorité des Français vit sur les « valeurs chrétiennes » sans en connaître la source. Pour eux c’est un acquis, mais un acquis qui s’effrite car la source est oubliée et risque d’être tarie. Quelle chance pour nous, car nous pouvons aller à leur rencontre et leur faire découvrir d’où viennent les valeurs qui les font vivre et qui font de l’occident ce qu’il est. Ce matin grâce aux textes de la liturgie je vous propose trois idées qui définissent bien ce que le christianisme a apporté de particuliers à notre monde, comment il a influé sur notre manière d’appréhender le monde et notre manière d’être en relation les uns avec les autres : 1/L’homme ordonne et donne du sens à la création. 2/L’homme n’est pas une bête. 3/La complémentarité dans l’égale dignité de l’homme et de la femme. Trois points dans mon homélie :

1- L’homme ordonne et donne du sens à la création. Quand vous prenez l’avion en regardant par le hublot vous pouvez contemplez les œuvres des hommes : vous survolez des champs cultivés bien délimités, des habitations, des routes et, de nuit, vous voyez chaque lampadaire dessiner les contours d’une ville comme du moindre village. Vous voyez l’intelligence des hommes à l’œuvre : barrages, nœuds autoroutiers, complexes industriels, etc. Oui l’homme a pris sa place pour comprendre, ordonner et faire porter du fruit à la création. Tout cela vient de la confiance que Dieu lui fait et qui est soulignée par le verset suivant dans la 1° lecture : le Seigneur Dieu modela toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les amena vers l’homme pour voir quels noms il leur donnerait. Oui dans la foi chrétienne, c’est l’homme qui nomme et qui donne du sens car il est créé image et ressemblance de Dieu. Alors cessons de dénigrer les hommes et leurs œuvres, aidons-les simplement à redécouvrir deux choses : d’abord la capacité de s’émerveiller, de contempler la création avec joie et ensuite d’y retrouver leur place : non celle d’un abuseur ou destructeur, mais celle d’un gardien. En un mot invitons les hommes à se redécouvrir créature parmi les autres créatures, mais créatures voulues par Dieu, aimées de lui et en qui il a pleine confiance.

2- l’homme n’est pas une bête. : les mouvements spécistes qui pullulent maintenant dans notre société voudraient pour les plus radicaux libérer la nature de l’homme, alors que c’est lui, comme je le disais plus haut qui donne sens à la création. Le livre de la Genèse nous éclaire déjà sur le statut unique de l’homme dans la création : L’homme donna donc leurs noms à tous les animaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes des champs. Mais il ne trouva aucune aide qui lui corresponde. Oui il ne faut pas confondre une compagne/un compagnon et un animal de compagnie ! Comme j’aimerai que chaque personne ici regardant d’abord son voisin ou n’importe quel humain dans ce monde s’écrie : Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! Quand je vois le fric qu’on dépense pour soigner ses animaux de compagnie en laissant mourir tant d’humains dans le monde, je frémis de colère. Il faut le redire sans peur : seul le regard d’un autre humain vous institue comme humain, vous fait exister de manière unique pour ce que vous êtes vraiment : une image de Dieu !

3- la complémentarité dans l’égale dignité de l’homme et de la femme. D’’après les paroles de Jésus, dès la création du monde, Dieu les fit homme et femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. C’est une révolution car l’homme comme la femme doivent quitter les parents pour fonder leur propre foyer qu’ils gèrent en pleine collaboration ( et si cela ne s’est pas fait c’est un problème de société qui ne trouve pas son fondement dans les Ecritures !) La complémentarité et l’égale dignité de l’homme et de la femme permet de révéler Dieu, de comprendre son mystère. Le mariage devient alors un espace sacré où Dieu se laisse apercevoir quand un homme et une femme s’unissent dans la plénitude de l’amour. Oui voilà ce que défend la foi chrétienne : l’union de l’homme et de la femme jusqu’à ne faire qu’un révèle Dieu comme une communion d’amour. Oui c’est l’amour du couple dans la différence homme-femme qui nous aide à saisir ce merveilleux enseignement de Saint Jean : Dieu est amour !

Il y a bien des richesses que notre foi a apportées pour construire notre monde tel que nous le connaissons. Parmi elles il y a aussi l’idée d’un Dieu qui se fait tout proche de nous, jusqu’à se faire l’un de nous, jusqu’à devenir notre nourriture, notre pain pour nous rendre semblable à Lui. Joyeusement célébrons l’Eucharistie, recevons la vie divine qui nous fait un peu plus fils et fille de Dieu et nous envoie le dire à ceux qui cherchent un sens à leur vie. Amen

homélie 25° dimanche ordinaire C

par le père Arnaud Brelot

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc :

En ce temps-là, Jésus traversait la Galilée avec ses disciples, et il ne voulait pas qu’on le sache, car il enseignait ses disciples en leur disant : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. » Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger. Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demanda : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » Ils se taisaient, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. »

Il y a quelque chose de rassurant dans le comportement décalé des apôtres qui ne sont pas à la hauteur des attentes de Jésus. Alors que Jésus leur partage son avenir proche et la réalisation de sa mission en disant « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera », les disciples s’interrogent sur leur place dans le cœur ou l’entourage de Jésus. Que les disciples à un moment si crucial, passent à côté de l’essentiel du message de Jésus pour des affaires bassement humaines, nous aide à comprendre pourquoi cela nous arrive aujourd’hui et nous arrivera encore demain.

Bien souvent, comme eux, nous passons à côté de ce qui est important, nous passons à côté de l’Evangile. Je ne dis pas qu’il faut s’en réjouir ou s’en accabler, je vous invite simplement à en faire le constat. Même versés depuis l’enfance parfois dans les choses de Dieu, dans des manières de faire ou de prier, nous passons souvent à côté de l’inouï de l’Evangile. Et saint Marc en donne la raison : les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger. Nous aussi, dans bien des domaines, il nous arrive, alors que nous lisons un article, un livre ou quand nous discutons avec quelqu’un, de ne pas comprendre un mot ou une expression. Et au lieu de s’interroger et d’aller voir dans le dictionnaire ce que signifie ce mot, ou d’en demander le sens à la personne qui l’emploie dans la conversation, on fait l’impasse sur ce mot et par conséquent aussi sur le sens de toute une phrase. à cause de quoi agissons-nous ainsi : par paresse, par peur de paraître ridicule, ignare, etc. ?

Et cela vaut aussi pour la foi dont le vocabulaire souffre peu l’approximation. Et je parle autant du vocabulaire biblique que du vocabulaire ecclésial devenu si souvent imbuvable et inaudible. Refusant de faire l’effort de comprendre, nous passons à côté d’une belle révélation, d’une pépite littéraire ou spirituelle.

Nous restons alors à la surface des choses car nous ne comprenons pas les paroles de Jésus et nous n’osons pas l’interroger et nous laisser instruire sur le sens.

Combien de fois avez-vous osé demander à un prêtre, une religieuse, ce que signifie tel mot, telle phrase que vous n’avez pas compris dans la Bible ? interroger pour savoir ce qu’implique telle ou telle idée ou parole de Jésus dans la vie concrète ?

Je vous dis cela à cause des paroles entendues dans l’évangile de ce dimanche. Si on reste à la surface on risque de faire de terribles contresens.

Ainsi Nous allons interpréter les paroles de Jésus : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » comme un appel à l’humiliation, à choisir la dernière place, etc. Pourtant est-ce cela que le Seigneur dit ? Non, il dit qu’être un vrai premier, c’est être un serviteur. Il n’invite pas à se dénigrer ni à se sous-estimer, mais il offre la véritable clé de l’autorité : le service. Lui Jésus se donne en exemple à ses disciples : il s’est fait serviteur, marchant devant pour faire avancer les gens et les guider ; marchant à leur côté pour les encourager, les supporter, les rassurer, demeurant enfin à l’arrière, pour pousser ceux qui peinent, soutenir ceux qui défaillent.

Jésus donne l’exemple et apprend à ses disciples à être serviteur. Car eux aussi auront, un jour la charge du troupeau. Comme vous aujourd’hui, parents, grands-parents, étudiants et jeunes pro, membres des EAP ou chrétiens impliqués dans la vie sociale : vous avez, comme le Christ nous l’a enseigné, à être devant, avec ou derrière les gens pour n’en perdre aucun.

Et si vous accepter de vivre ainsi en vrai premier, vous ne craindrez pas que d’autres travaillent avec vous selon les mêmes conditions. On appelle alors cela la fraternité, c’est le seul remède contre ce que Jacques dans sa lettre nomme « la jalousie et les rivalités qui mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes. »

Oui, prendre la première place, celle du serviteur, c’est recevoir de vivre une occasion unique de rencontrer Dieu dans la simplicité. Comme le rappelle Jésus dans l’évangile : accueillir un enfant en se mettant à son service, c’est accueillir Dieu lui-même.

Voilà la grandeur de notre Dieu qui se donne tout entier, qui se livre sans crainte, à celui qui sait prendre la première place, celle du serviteur. Dieu ne se donne pas à celui qui se prend pour Dieu, Il se donne à celui qui agit comme Lui, en serviteur. C’est ce grand mystère que nous allons vivre dans un instant dans l’Eucharistie. Dieu en se donnant à nous dans son infinie sagesse, fait de nous ses enfants d’adoption, ses fils et ses filles, ses héritiers pour que nous devenions à notre tour, comme lui, des serviteurs pacifiques, bienveillants, conciliants, pleins de miséricorde et féconds en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie.

Voilà un beau programme d’évangélisation : faire la révolution des serviteurs, essayons de vivre ainsi dans notre doyenné cette année pour attirer à Jésus toutes les âmes qui le désirent. Amen

homélie du 24° dimanche ordinaire B

par l’abbé Paterne KOUBAKA, diacre

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc : En ce temps-là, Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples,  vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe.  Chemin faisant, il interrogeait ses disciples :  « Au dire des gens, qui suis-je ? »     Ils lui répondirent :  « Jean le Baptiste ;  pour d’autres, Élie ;  pour d’autres, un des prophètes. »    Et lui les interrogeait :  « Et vous, que dites-vous ?  Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit :  « Tu es le Christ. »      Alors, il leur défendit vivement  de parler de lui à personne.     Il commença à leur enseigner  qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup,  qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes,  qu’il soit tué,  et que, trois jours près, il ressuscite.      Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part,  se mit à lui faire de vifs reproches.  Mais Jésus se retourna  et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre :  « Passe derrière moi, Satan !  Tes pensées ne sont pas celles de Dieu,  mais celles des hommes. »     Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : 
« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même,  qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.      Car celui qui veut sauver sa vie  la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. »

   

Pour les gens, les chrétiens de la paroisse de Voiteur, qui suis-je ?

Chers frères et soeurs !
Avant de répondre à cette question que Jésus nous pose dans l’évangile de ce dimanche. Permettez – moi, de vous raconter une histoire d’un prêtre prédicateur réputé une paroissienne qui s’appelle Marie Madeleine. C’est prêtre avait une coiffure rase (une calvitie) sur sa tête et une petite barbichette. Pendant, son homélie , il remarque que Marie Madeleine pleurait, le prêtre sait dit que les parole de son homélie touchait cette dernière. En vain, à la fin de la messe il attend Marie madeleine, elle ne vînt pas. Il va vers elle pour lui poser la question : 《 Marie Madeleine pendant mon homélie , j’ai remarqué que tu pleurais. Qu’est-ce qui se passait? Qu’est-ce qui te touchait pour que tu pleures ainsi?》
Marie Madeleine répond au prêtre : 《Mon père quand je voyais votre coiffure et votre petite barbichette. J’ai pensé à mon bouc qu’on a volé hier matin!》

Qu’est-ce que nous pouvons retenir de cette histoire?
Nombre parmi nous à l’église a les idées, les pensées qui sont ailleurs (choses matérielles de ce monde) par exemple : au poulet qui est four, aux enfants , à leurs maris , leurs femmes, comment faire pour atteindre le deux bout du mois etc …

Pour répondre à la question qui nous est posée dans l’évangile de ce matin : 《 Qui suis- je ? 》
Aujourd’hui , nous vivons un évènements qui se passe sur la route de Jésus Christ.
La profession de Pierre. Jésus questionne les disciples sur ce que les gens disent de lui et sur ce qu’ils en pensent personnellement.
Les opinions des gens sont des approximations basées sur le passé du mystère de Jésus Christ. Elles possèdent quelque chose en commun : elles situent Jésus dans la catégorie des prophètes (Élie, Jérémie, Jean le baptiste…) Sans jamais atteindre sa nature divine.
Pierre répond aux questions des douze par une déclaration qui s’éloigne nettement de l’opinion des gens  » Tu es le Christ » ( ou , selon des parallèles, « oint », le fils de Dieu).

Immédiatement après, Jésus annonce sa passion et sa résurrection et il ajoute un enseignement sur la voie que devront suivre les disciples : suivre le crucifié en  » renonçant à soi-même « .

Oui chers frères et soeurs ces mêmes questions se posent à chacun d’entre nous? Pour moi Paterne, pour toi , pour ton voisin etc …Qui est Jésus pour chacun d’entre nous? C’est dans la même optique que le pape François dit :  » que chacun de nous doit donner une reponse non pas théorique, mais qui implique la foi, c’est à dire la vie, car la foi est vie.Nous sommes invités à faire de la réponse de Pierre notre réponse, en professant avec joie que Jésus est le fils de Dieu, le verbe éternel du Père qui s’est fait homme pour racheter l’humanité, en deversant sur elle l’abondance de la miséricorde divine.
Oui, chers frères et soeurs, porter sa Croix, c’est savoir s’arrêter, c’est aussi confier à Jésus Christ toutes nos difficultés, toutes nos peines et toutes nos joies : se décentrer de son petit égo, relever ses manches, et Croire que Dieu aime ce monde, et nous veut acteurs, acteurs actifs.

Porter sa croix, c’est c’est le témoignage de sa foi, son espérance, sa charité envers les autres, se faire violence pour s’engager, pour les autres, en faveur du bien-être de l’homme, image de Dieu. Porter la croix c’est annoncer le Dieu de la réconciliation dans ce monde qui tend plutôt vers un monde sans Dieu qui se déchire. Ainsi, en ce début d’année scolaire, de rentrée, de reprise des activités pastorales, paroissiales, ce texte nous invite :

☆ tout d’abord à nous poser et à nous demander :  » que dis-je? qui est-il il ?

☆ Ensuite, notre croix, notre violence, notre scandale sera de devenir de vrais témoins de celui que aurons reconnu, autour de nous, avec notre paroisse pour une plus grande ouverture, une plus grande visibilite.

☆ Enfin, notre croix, notre violence sera de nous mettre en marche , en disciples missionnaires,
chacun, chacune , avec nos capacités, nos charismes, nos dons, nos talents, pour un monde plus juste, meilleur; même si nous avons l’impression que les ténêbres sont gagnantes. Car n’oublions pas : Celui que nous sommes invités à identifier comme le Christ, le fils de Dieu, c’est bien celui-là même qui a vaincu les tenêbres et est ressuscité.

Au cours de cette célébration eucharistique demandons au Seigneur la grâce d’augmenter la foi et de nous donner la grâce de l’Esprit Saint afin que, à l’exemple de Pierre, nous pouvons tous ensemble professer que
« tu es le Christ, le Oint de Dieu, le fils de Dieu ».


Amen

homélie du 22° dimanche ordinaire C

Évangile de J-Christ selon saint Marc : En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem,  se réunissent auprès de Jésus,  et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas  avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées.  Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs,  se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger,  par attachement à la tradition des anciens ;  et au retour du marché,  ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau,  et ils sont attachés encore par tradition  à beaucoup d’autres pratiques :  lavage de coupes, de carafes et de plats.  Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus :  « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas  la tradition des anciens ?  Ils prennent leurs repas avec des mains impures. »  Jésus leur répondit :  « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites,  ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi.  C’est en vain qu’ils me rendent un culte ;  les doctrines qu’ils enseignent  ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu,  pour vous attacher à la tradition des hommes. » Appelant de nouveau la foule, il lui disait :  « Écoutez-moi tous, et comprenez bien.  Rien de ce qui est extérieur à l’homme  et qui entre en lui  ne peut le rendre impur.  Mais ce qui sort de l’homme,  voilà ce qui rend l’homme impur. » Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule : « C’est du dedans, du cœur de l’homme,  que sortent les pensées perverses :  inconduites, vols, meurtres,      adultères, cupidités, méchancetés,  fraude, débauche, envie,  diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans,  et rend l’homme impur. »

Ayons soins chers frères et sœurs de chausser les bonnes lunettes pour lire et comprendre l’évangile de ce matin ! En effet certains mots aujourd’hui sont piégés. Ainsi au temps de Jésus la pureté est d’abord un état nécessaire à qui veut participer au culte à rendre à Dieu ou à la vie ordinaire de la communauté des croyants. Si on la perd au contact des choses ou êtres dits impurs (certains animaux, les morts, les malades, des païens, etc.), en revanche on la retrouve en pratiquant des rites de purification, souvent des bains rituels du corps, des instruments ou des vêtements, parfois aussi par des sacrifices expiatoires. Ainsi va-t-on s’attacher à de nombreux rites tels que décrits dans l’évangile : Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs,  se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger,  …et ils sont attachés encore par tradition  à beaucoup d’autres pratiques :  lavage de coupes, de carafes et de plats. 

Mais ces rites peuvent devenir uniquement de façade et les prophètes au cours des siècles vont dénoncer cela, c’est Jésus qui le rappelle encore dans l’évangile citant Isaïe : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. Oui les prophètes, au nom du Seigneur, vont peu à peu faire comprendre au peuple que les impuretés extérieures ne sont que des images d’une impureté primitive plus grande, qui est au-dedans de l’homme, à savoir le péché que Dieu seul peut purifier. Cette impureté est tapie dans le cœur selon Jésus : C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Car là aussi il faut faire attention, le cœur chez les juifs n’est pas le lieu des sentiments, mais celui de la raison, de la réflexion. Jésus nous apprend donc l’impureté des hommes jaillit de la corruption de leurs pensées : des projets qu’ils ébauchent, des désirs qu’ils entretiennent, des intentions qu’ils ont, de la finalité qu’ils visent.

La pureté n’est donc plus simplement une question de rite, elle devient aussi une question de morale : à la question du psalmiste (14) Seigneur, qui séjournera sous ta tente ? Qui habitera ta sainte montagne ? la réponse est Celui qui se conduit parfaitement, qui agit avec justice et dit la vérité selon son cœur. Ainsi l’ami du Seigneur comme l’indique le Deutéronome dans la 1° lecture est celui qui gardera les commandements du Seigneur son Dieu tels qu’Il les a prescrits. … celui qui les mettra en pratique.

Cependant, au-delà même du désir le plus ardent de suivre les préceptes de Dieu, il y a le constat que souvent le mal l’emporte sur notre désir de bien, de beau et de vrai. Et cela provoquera l’une des plus belles prières des psaumes : le psaume 51 dit du miserere qui reconnait que Dieu seul peut donner un cœur pur en pardonnant les péchés : « créé en moi un cœur pur ô mon Dieu, renouvelle et raffermit au fond de moi mon esprit » Paul le dira à sa manière également : « je fais le mal que je ne veux pas et le bien que je veux faire, je ne le fais pas ! ». Ce constat de Paul impose d’affirmer que ce n’est définitivement qu’en accueillant Dieu lui-même dans notre vie, au tréfond de notre cœur, que nous pouvons faire le bien et agir au mieux. Je vous le dis tellement souvent : nous ne faisons pas le bien pour être sauvés, mais parce que nous avons accueilli le salut de Dieu, nous faisons le bien. C’est Dieu présent tout au fond de nos vies, présent dans nos cœurs, c’est-à-dire dans toute notre capacité de réflexion qui agit en nous et nous permet de choisir et de faire le bien, de connaître et de servir le beau et le vrai.

Oui il s’agit de nous ouvrir tout entier à l’œuvre purificatrice de Jésus : par son sang versé il nous sauve du péché, par le baptême dans sa mort et sa résurrection il nous rend apte à choisir le bien et renoncer au mal, par l’Esprit Saint qu’il nous envoie d’auprès du Père il nous guide et nous consacre dans la vérité. Voilà donc en quoi consiste la pureté du cœur : c’est comme un lifting de l’âme passée au feu de l’Esprit Saint qui la tourne tout entière vers le Christ en vue du grand jour de la rencontre. Matthieu met cette béatitude dans la bouche de Jésus : heureux les cœurs purs car ils verront Dieu. Celui qui dès ce monde se laisse modeler, transformer, purifier par le Seigneur tout au long de sa vie, se soumettant sans peur à l’œuvre de l’Eprit Saint et s’aidant de la vie sacramentelle qui sème en lui la vie divine, se préparer à la fulgurante rencontre, à la pleine réalisation de sa vocation : être fils, fille de Dieu, participant de sa vie divine.

Alors ce matin, conscients de nos fragilités, de nos pauvretés, de nos médiocrités, de nos pusillanimités, du mal qui nous empêche si bien d’être à Dieu, mettons sur nos lèvres les paroles confiantes du psalmiste dans le ps 51 : le sacrifice qui plait à Dieu, c’est un esprit brisé, tu ne repousses pas ô mon Dieu un cœur brisé et broyé. Offrons à Dieu notre intelligence abîmée pour qu’il la restaure, offrons-lui nos cœurs brisés par nos péchés et broyés par notre culpabilité pour qu’il les répare.

Que la communion à son Corps ce matin nous purifie de nos péchés, nous réconforte dans l’espérance de la vie éternelle et qu’elle aiguise notre intelligence pour mieux aimer ce monde. Amen.

homélie du 21° dimanche du temps Ordinaire

L'Eucharistie, ma force | Méditations bibliques | Histoire ...

Évangile de Jésus le Christ selon st Jean : En ce temps-là, Jésus avait donné un enseignement dans la synagogue de Capharnaüm. Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !…C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait. Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. » À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. Alors Jésus dit aux Douze « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre lui répondit :« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. ».

Au 2° siècle, un prêtre appelé Marcion avait décrété l’incompatibilité du Dieu juif de la première alliance avec le Dieu Père de Jésus Christ (entre autres à cause de la violence des récits). Aussi il décida qu’il y avait deux dieux : celui de l’AT et Celui du NT et que seul celui du NT était le vrai Dieu. Alors il expurgea de la bible tout ce qui ne convenait pas à ses idées, rejetant tout l’Ancien Testament et ne retenant que dix lettres de Paul et l’évangile de Luc amputé de ses premiers chapitres. Oui, c’était il y a 1800 ans et il fut condamné par ses pairs. Pourtant à notre époque encore, pour adoucir les passages difficiles des textes bibliques et de l’évangile, des prêtres ou catéchistes ôtent parfois dans les lectures les mots, passages ou paroles qu’ils jugent trop dures, difficiles ou inaudibles. Il faudrait donc, de l’avis même des disciples de Jésus dans l’évangile de ce matin, également ne plus jamais parler du discours du pain de vie. Dans cette logique d’un Jésus qui ne fait pas de vague, simple, serviable et qui ne dit que des choses gentilles, il faudrait arracher tout le chapitre 6 de Jean. Car les propos de certains disciples sont textuellement : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? Qui en effet est prêt à entendre que dans ce discours Dieu se révèle tel qu’il est, dans l’extrême radicalité de son amour. Un Créateur éperdument amoureux d’une humanité qu’il a créée et qu’il veut désormais faire participer à la plénitude de sa vie divine. Qui peut entendre que pour réaliser la folie de la communion à son Être divin il va s’offrir lui-même à sa créature humaine comme nourriture. Qui peut comprendre qu’en prenant, le soir de la Cène, du pain et du vin, c’est-à-dire la nourriture la plus commune et la plus simple, Jésus allait en faire son Corps et son Sang, la source jaillissante de sa vie divine à travers les mains des prêtres qui feront ce geste jusqu’à la fin des temps ! Ce mystère de l’Eucharistie est un abîme d’amour dans lequel nos pensées se perdent ! Évidemment sans la foi c’est insoutenable, Jean le souligne dans son Evangile en citant Jésus qui dit : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. ». A cause de cette radicalité, certains opposants accusèrent les chrétiens d’être des anthropophages, des mangeurs d’hommes. D’autres, comme beaucoup des disciples de Jésus s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner.

Ainsi dans l’Eucharistie, il n’est pas tant question d’un repas fraternel pris dans la convivialité, que de recevoir, pour vivre vraiment, le précieux Corps et le précieux Sang de notre Seigneur Jésus Christ afin que sa vie croisse en nous. Cela n’est pas facultatif et il nous faut prendre très au sérieux cet appel du Seigneur : « si vous ne mangez pas la chair du fils de l’homme, si vous ne buvez pas son sang vous n’aurez pas la vie en vous ». Vouloir vivre de Dieu exige de pratiquer, de le consommer, de se nourrir de Lui. Cette radicalité fait frissonner, d’autant plus que Jésus n’essaie pas de rattraper ceux de ses disciples qui n’adhèrent pas car il sait l’extrême exigence de ses propos et la nécessité pour le suivre de recevoir son enseignement. L’exigence est telle qu’en se tournant vers les douze il leur demande : Voulez-vous partir, vous aussi ? C’est que le mystère eucharistique est, au cœur de la foi, ce qui exprime l’immense amour de Dieu pour nous. Voilà pourquoi, Jésus, dans ce discours, laisse à chacun la liberté de choisir, comme déjà Josué le fit envers le peuple juif : choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : .. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. » De tous les discours de Jésus, celui-ci est certainement le plus radical pour qui veut marcher à sa suite. Et grâce à Dieu il nous est parvenu dans toute son exigence. Ce discours du pain de vie vient nous révéler que l’alliance à laquelle le Seigneur nous invite n’est pas seulement de façade, ni une sorte d’amitié virtuelle, ni une fumeuse union uniquement spirituelle ! Non l’alliance est en son Corps et en son Sang. Elle est d’une certaine façon dans un corps à corps, dans un don de soi qui a à voir avec la vie de couple. Choisir le Christ, le suivre jusqu’au bout c’est s’engager d’une certaine manière dans une relation conjugale avec Lui. Paul le rappelle en effet dans la lettre aux Ephésiens : « Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré pour elle. ». Si vous vous engager à la suite du Christ, ce doit être dans la fidélité d’une femme à son mari car lui aura la fidélité d’un mari à sa femme !

Aujourd’hui encore, frères et sœurs, avec Josué et tous les patriarches, avec Paul et tous les Apôtres, avec les prophètes et tous les saints qui témoignent depuis des millénaires de la radicalité à suivre le Seigneur, affirmons que nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. Puisse cette Eucharistie sceller en nos cœurs ce choix-là et nous aider à y demeurer fidèles. Amen

le 15 août à Lons : baptême de Ludovic Jacquot

La covid a provoqué bien des bouleversements dont le report des baptêmes d’adultes. Cependant, après 2 années de préparation et 1 an et demi d’attente, nous avons enfin pu baptiser Ludovic ce dimanche 15 août lors de la messe de 10h30 aux Cordeliers. En grand moment d’émotion pour celui qui est enfin devenu « fils de Dieu » et frère de Jésus le Christ. Désormais il pourra aussi s’avancer vers l’autel pour y recevoir l’Eucharistie, qu’il a reçue pour la première lors de cette messe. Nous lui souhaitant de garder vive sa foi et joyeuse sa participation à la vie de notre communauté.

lors de la même messe, Cynthia, une catéchumène, a fait sa deuxième étape vers le baptême, marquée du signe de la croix elle a également reçu la Bible pour aller à la rencontre du Seigneur. Elle recevra le baptême le 26 septembre prochain aux Cordeliers, merci de prier pour elle.

voici l’homélie qui a été prononcée à cette occasion :

Aujourd’hui nous célébrons la fête de l’Assomption, c’est à dire l’entrée dans la vie divine de la Vierge Marie. Elle, la toute humaine, elle qui nous est si proche entre avec son corps et son âme dans la gloire éternelle de Dieu. Cette fête est donc pour tous les baptisés une grande espérance car elle est la promesse que le chemin que Marie emprunte à la suite du Christ son fils est désormais ouvert à chacun de nous. Son « oui » à l’Ange a permis à Dieu de réaliser la promesse de Salut qu’Il avait faite à Adam et Eve après le péché originel. Comme l’écrit saint Paul aux Corinthiens : « Frères, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie ». Grâce au « oui » de Marie, le Seigneur Jésus s’est fait homme. Il a revêtu notre humanité pour ne plus jamais l’abandonner, pour la rendre capable de participer à la vie même de Dieu.

Et pour nous prouver, si besoin était, que cela est vrai, il a glorifié sa mère, elle la toute humaine est la première à bénéficier de toutes ses grâces, à vivre la plénitude de la vie en Dieu. Si Marie bénéficie la première de ce salut obtenu par son fils, elle nous rappelle ce matin que le ciel est aussi notre destinée à tous. Elle nous permet de tenir dans notre marche vers notre patrie céleste, elle nous donne le courage dès cette terre de nous préparer à la vie même en Dieu.

Voilà pourquoi cette fête de l’Assomption est idéale pour célébrer une étape vers le baptême et encore plus un baptême. Aujourd’hui Cynthia, par le rite de la signation tu fais tien le signe des chrétiens, tu reconnais que c’est sur la croix que Jésus a donné sa vie pour toi, qu’il t’a sauvée de la mort et du péché. Tâche de toujours, et chaque jour, tracer sur toi ce signe avec amour et reconnaissance, car il exprimera ton attachement à Jésus le Christ et à son Eglise qui est ta famille désormais.

Ludovic, aujourd’hui, Dieu par ton baptême ouvre le chemin qui te mènera jusqu’à Lui. Il construit entre toi et Lui un pont pour que tu puisses aller à sa rencontre. Pour avancer avec confiance sur le chemin qui mène à Dieu, prends Marie comme modèle :

Si tu sais comme elle demeurer humblement à l’écoute de sa Parole et dire « oui » à sa volonté comme elle-même le fit alors tu comprendras dans tout ton être que « Dieu élève les humbles » ; si comme elle tu sais joyeusement te mettre en route pour servir tes frères en humanité comme elle-même le fit auprès de sa cousine Elisabeth ; si tu saisis que ta nourriture est d’aimer et de servir tes frères et sœurs humains, alors tu découvriras que « Dieu comble de biens les affamés ». Si tu creuse en toi le désir du ciel, non pas par dégoût de ce monde, mais par soucis de devenir vraiment et parfaitement ce que tu commences à être aujourd’hui, un fils de Dieu, alors comme Marie tu pourras chanter « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur » 

Frères et sœurs, Cynthia et Ludovic nous rappellent ce matin ce qu’est l’essentiel d’une vie véritablement chrétienne : d’une part vivre sous l’ombre de la croix du Christ d’où jaillit le salut de nos âmes et d’autre part vivre notre vie chrétienne comme une marche vers la vraie Vie, comme un pèlerinage vers la Jérusalem d’en Haut, notre patrie où nous accueilleront le Seigneur Jésus, la Vierge Marie et tous les saints qui nous ont précédés.

Et comme vous le savez, pour tenir sans faillir le long du chemin nous avons besoin d’une nourriture saine et solide, nous avons besoin du pain des forts, ce pain vivant descendu du ciel que Ludovic va recevoir également pour la première fois aujourd’hui. Puissions-nous frères et sœurs l’aider à saisir combien l’Eucharistie est vitale pour grandir dans la foi et accéder au ciel. En venant communier avec amour, joie et dévotion au Corps du Christ, montrons-lui que Jésus est le cœur de notre vie, le centre de nos prières, notre joie présente et notre gloire à venir. Amen

homélie du 19° dimanche ordinaire B

AMOR DOS ANJOS: TESTEMUNHOS À ORIGEM E EXISTÊNCIA DOS ANJOS:
un ange le toucha et lui dit :  « Lève-toi, et mange ! » 

Lecture du premier livre des Rois : En ces jours-là,  le prophète Élie, fuyant l’hostilité de la reine Jézabel, marcha toute une journée dans le désert. Il vint s’asseoir à l’ombre d’un buisson,  et demanda la mort en disant :  « Maintenant, Seigneur, c’en est trop !  Reprends ma vie :  je ne vaux pas mieux que mes pères. »      Puis il s’étendit sous le buisson, et s’endormit.  Mais voici qu’un ange le toucha et lui dit :  « Lève-toi, et mange ! »      Il regarda, et il y avait près de sa tête  une galette cuite sur des pierres brûlantes et une cruche d’eau.  Il mangea, il but, et se rendormit.     Une seconde fois, l’ange du Seigneur le toucha et lui dit :  « Lève-toi, et mange,  car il est long, le chemin qui te reste. »      Élie se leva, mangea et but.  Puis, fortifié par cette nourriture,  il marcha quarante jours et quarante nuits  jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu.

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens : Frères, n’attristez pas le Saint Esprit de Dieu,  qui vous a marqués de son sceau en vue du jour de votre délivrance. Amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes,  tout cela doit être éliminé de votre vie,  ainsi que toute espèce de méchanceté.  Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse.  Pardonnez-vous les uns aux autres,  comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. Oui, cherchez à imiter Dieu,  puisque vous êtes ses enfants bien-aimés.   Vivez dans l’amour,  comme le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous,  s’offrant en sacrifice à Dieu,  comme un parfum d’agréable odeur.

« C’est quelqu’un de bien », combien parmi nous ont déjà définit ainsi une personne dont la vie est exemplaire, tournée vers les autres, pleine de discrétion, de charité active, d’écoute et de patience, etc. Certainement que parmi nous nombreux seraient ceux qui diraient d’Elie dans la 1ière lecture comme de Paul dans la 2ième, qu’ils sont « quelqu’un de bien » travaillant pour Dieu, ne comptant par leurs heures, ne craignant pas de mettre en péril leur vie voire de la perdre pour son service. Et aussitôt nous ajouterions qu’évidemment nous serions incapables d’un don si grand, d’un héroïsme si poussé.

Pourtant à regarder de plus près leur vie, l’un et l’autre, ont fait des choses horribles : Elie (c’est dans le chapitre précédent) a massacré en les égorgeant les 450 prêtres de Baal qu’il avait affrontés lors d’une joute spirituelle, quant à Paul nous savons tous quel tortionnaire il fut pour l’Eglise naissante. Elie et Paul, comme tant d’autres, n’ont pas toujours été des saints, ils ont été aussi médiocre, vindicatifs, moqueurs. En cela ils nous ressemblent, ils nous sont rendus plus accessibles, plus proche de « la vie réelle », comme si la vie réelle d’ailleurs était forcément le règne du mal et de la médiocrité !

Ce qui peut les séparer à nouveau de nous, c’est leur réaction après avoir réalisé le mal qu’ils ont fait : Ils sont dégoûtés d’eux-mêmes jusqu’à laisser jaillir de leurs lèvres des désirs de mort : « Maintenant, Seigneur, c’en est trop !  Reprends ma vie :  je ne vaux pas mieux que mes pères. » supplie Elie dans le désert.

Et nous ? Nous rendons-nous encore compte du mal que nous faisons ? Certainement nous n’avons tué personne, mais tout le reste ne l’avons-nous pas fait ? Et comment assumons-nous cela, quelle image cela nous renvoie-t-il de nous ? Arrivons-nous encore à nous regarder sans un peu de dégoût dans le miroir malgré nos compromissions avec le péché ordinaire, notre complicité silencieuse face au mal « de tout le jour » ? Nous arrivons désormais à manger notre repas devant la télé où défilent des images dures de morts, d’hommes et de femmes affamés, blessés, errant sans toit ni lieu où se procurer un peu de repos. Et nous nous rassurons en disant « après tout qu’est-ce que je peux bien y faire ? » ou « tout ça c’est loin de chez nous » ou pire encore « les autres n’en font-ils pas autant ailleurs ? » Alors qu’il nous faudrait comme Elie, comme Paul, tomber à genoux et ne plus désirer vivre ainsi, préférer mourir plutôt que de vivre tellement en deçà de ce pour quoi Dieu nous a créé. Il nous a fait pour être quelqu’un de bien !

Certes dans un premier temps c’est rassurant que ces modèles de foi se trouvent aussi moches de temps en temps. Mais dans un second temps, nous devons imiter surtout leur humilité : ils savent, parce qu’ils l’ont vécu dans la chair, ce que c’est que la pauvreté, la médiocrité, la bassesse. Ils les ont testées, reconnues et confessées. Ils les ont admis devant Dieu. Elles ne les ont pas enfermés. Par la grâce de Dieu, ils ne sont pas restés piégés dans leur faute, leur péché. Ils ont fait l’expérience de la miséricorde infinie de Dieu qui les a libérés. Relevés et pardonnés, ils sont les témoins qu’une autre manière de vivre est possible, que l’on n’est pas contraint au mal, ni dans un déterminisme par rapport à lui. C’est tout le propos de Paul aux Ephésiens ce matin : Amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes, tout cela doit être éliminé de votre vie, ainsi que toute espèce de méchanceté. Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. Oui, cherchez à imiter Dieu puisque vous êtes ses enfants bien-aimés.

Oui c’est en puisant dans la miséricorde de Dieu que nous pouvons passer du mal au bien. « Être quelqu’un de bien, c’est faire mentir les cyniques et les sceptiques. C’est affirmer qu’un monde meilleur est possible, un monde du bien. » Oui être quelqu’un de bien c’est se mettre au service d’un projet plus grand que soi, c’est œuvrer à l’établissement dès cette terre du Royaume de Dieu, du souverain Bien. C’est accepter de n’être qu’une pierre dans cette grande construction, c’est aussi accepter d’être cette pierre, indispensable pour que la construction soit solide, belle et pérenne. Et pour que la pierre que nous sommes se bonifie elle a besoin d’être bien nourrit, comme le rappelle l’ange à Elie : « Lève-toi, et mange,  car il est long, le chemin qui te reste. » Oui pour aller jusqu’au bout du chemin de notre vie en servant le bien, recevons autant que nous pouvons les nourritures divines : le pardon et l’eucharistie qui est « le pain vivant, qui est descendu du ciel, la chair du Christ donnée pour la vie du monde. » Dans la joie préparons-nous à ce grand festin, choisissons de devenir ou redevenir quelqu’un de bien. Amen

(Si vous aimez réfléchir et philosopher un peu, je vous invite à lire ce petit livre de Laurence Devillairs aux PUF : « Être quelqu’un de bien, philosophie du bien et du mal ».)

homélie du 18° dimanche ordinaire C

File:Poussin, Nicolas - The Jews Gathering the Manna in ...
Nicolas Poussin, Les juifs ramassant la manne au désert

Lecture du livre de l’Exode : En ces jours-là,  dans le désert, toute la communauté des fils d’Israël  récriminait contre Moïse et son frère Aaron.  Les fils d’Israël leur dirent :  « Ah ! Il aurait mieux valu mourir  de la main du Seigneur, au pays d’Égypte,  quand nous étions assis près des marmites de viande,  quand nous mangions du pain à satiété !  Vous nous avez fait sortir dans ce désert  pour faire mourir de faim tout ce peuple assemblé ! » Le Seigneur dit à Moïse :  « Voici que, du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous.  Le peuple sortira pour recueillir chaque jour sa ration quotidienne,  et ainsi je vais le mettre à l’épreuve :  je verrai s’il marchera, ou non, selon ma loi. J’ai entendu les récriminations des fils d’Israël.  Tu leur diras : ‘Au coucher du soleil, vous mangerez de la viande  et, le lendemain matin, vous aurez du pain à satiété.  Alors vous saurez que moi, le Seigneur, je suis votre Dieu.’ »  Le soir même, surgit un vol de cailles qui recouvrirent le camp ;  et, le lendemain matin,  il y avait une couche de rosée autour du camp.  Lorsque la couche de rosée s’évapora,  il y avait, à la surface du désert, une fine croûte,  quelque chose de fin comme du givre, sur le sol.  Quand ils virent cela,  les fils d’Israël se dirent l’un à l’autre :  « Mann hou ? » (ce qui veut dire : Qu’est-ce que c’est ?),  car ils ne savaient pas ce que c’était.  Moïse leur dit :  « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger. »

Récriminer contre les représentants de Dieu est une activité prisée par le peuple élu comme le relate le livre de l’Exode : dans le désert, toute la communauté des fils d’Israël récriminait contre Moïse et son frère Aaron. Pourquoi ? A cause de leurs nouvelles conditions de vie dans le désert tellement moins enviables que celles d’esclave en Egypte quand ils étaient assis près des marmites de viande, quand ils mangeaient du pain à satiété. Il semble donc que ce peuple nouvellement libéré goûte peu aux bienfaits que procure la liberté chèrement acquise par Dieu contre l’arrogant entêtement de Pharaon. Les reproches sont tels que le peuple élu accuse Moïse et Aaron de l’avoir fait sortir dans ce désert pour le faire mourir de faim ! Comment ce peuple peut-il ainsi renverser le sens des choses et des actes, comment peut-il imaginer que Dieu les aurait libérés de l’esclavage en Egypte pour les faire mourir dans le désert ? D’où vient ce regard tordu ?

Il vient qu’il regarde uniquement les choses matérielles et à court terme : son souci est de manger et non de gouter à sa liberté nouvelle, de se rassasier de viande et non de la présence de Dieu qui marche avec lui. Comme si avoir le ventre plein permettait de mieux vivre à la suite de Dieu. En tout cas Dieu ne s’y trompe pas … en effet il n’est qu’à entendre sa réponse : Le Seigneur dit à Moïse : « Voici que, du ciel, je vais faire pleuvoir du pain pour vous. Le peuple sortira pour recueillir chaque jour sa ration quotidienne, et ainsi je vais le mettre à l’épreuve : je verrai s’il marchera, ou non, selon ma loi ! »

Est-ce qu’une fois le ventre plein le peuple marchera selon la loi du Seigneur ? La suite de l’histoire nous prouvera que non. (Il n’est qu’à voir l’état des Chrétiens dans les pays repus comme les nôtres pour avoir un bon démenti actualisé.) De même dans l’évangile que nous venons de lire, c’est ainsi qu’il faut comprendre l’interpellation de Jésus à ceux qui le suivent : « vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés. ».

Oui le peuple juif comme les premiers disciples de Jésus courent plus après un certain bonheur terrestre que vers des réalités célestes. Mieux vaut un Dieu qui les comble dès cette vie que d’attendre l’autre. D’ailleurs, aujourd’hui encore, pour certains chrétiens, la bénédiction de Dieu passe par la réussite matérielle, le confort et la richesse. Allons même plus loin : beaucoup de parents chrétiens préfèrent voir leurs enfants réussir leurs études et avoir un travail lucratif que d’entrer en religion ! Le bonheur terrestre a toujours plus la côte que la joie céleste éternelle ; comme le dit un dicton connu : ‘un tient vaut mieux que deux tu l’auras’. A penser comme cela on risque fort d’attiédir la foi qui se limitera alors à une simple morale pour vivre comme quelqu’un de bien dans ce monde.

La réponse de Jésus dans l’évangile est une invitation claire à changer de braquet : « Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme. » La foi nous met un pied dans l’éternité, elle exige que nous travaillions d’abord en vue d’y mettre le second. Croire c’est replacer nos conditions de vie terrestre à leur place : il ne s’agit pas de ne plus manger, mais de prendre des forces pour un combat plus grand, plus vital : notre transformation en fils et fille de Dieu. Comment ? En recevant la nourriture qui demeure jusqu’à la vie éternelle. Et quelle est-elle, sinon la vie de Dieu à nous donnée par les sacrements et au plus haut point l’Eucharistie, dont le concile Vatican II rappelle à cette fin qu’elle est la source et le sommet de la vie chrétienne. Oui l’Eucharistie et les sacrements sont la vraie nourriture que Dieu nous donne pour poursuivre le processus de notre divinisation commencé avec notre baptême. N’oublions pas que nous célébrons des rites sacrés où Dieu le Père nous donne le vrai pain du ciel, Jésus, le pain qui donne la vie. Voilà pourquoi nous devons avoir un grand soin de leur préparation et célébration, comme l’a souligné le pape François dans la lettre qu’il a adressée aux évêques du monde entier pour éclairer son motu proprio « traditionis custodes » qui fait tant de bruit sur la célébration de l’Eucharistie selon le missel de Jean XXIII : « je vous demande de veiller à ce que chaque liturgie soit célébrée avec décorum et avec fidélité aux livres liturgiques promulgués après le Concile Vatican II, sans excentricités qui dégénèrent facilement en abus. » Le pape François étant celui que Dieu a choisi pour guider son peuple, tâchons de ne pas récriminer contre lui comme le peuple de la première alliance. Accordons-lui notre confiance et célébrons toujours les saints mystères avec respect et fidélité aux rites et ce matin réitérons au Seigneur la demande des disciples : « Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là. » Amen

homélie du 13° dimanche du temps ordinaire C

La femme hémorroïsse et la fille de Jaïre (Mc 5,21-43 ...
guérison de la femme hémorroïsse

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc : En ce temps-là, Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer. Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait. Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… – elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré – … cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. » Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur. Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.

Peur de perdre son enfant comme Jaïre ? Problèmes de santé que la médecine n’arrive pas à guérir comme la femme malade ? Communautés chrétiennes plus pauvres qui ont besoin de la générosité des autres comme le rappelle Paul aux Corinthiens ? Ce sont bien les mêmes épreuves qu’à travers les siècles les croyants, comme les autres humains, traversent. Ce qui nous différentie, c’est peut-être la manière d’appréhender ces problèmes.

Quand les personnes athées en font la preuve de l’inexistence de Dieu, nous disant : « si Dieu existait il ne permettrait pas tout ça, tout ce mal, etc. », de nombreux croyants se tournent vers Dieu avec confiance et osent pousser un cri pétri d’espérance, celle-là même qui habite les paroles du sage dans la 1° lecture : Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent.

Oui frères et sœurs, il est bon de se souvenir que Dieu n’a pas voulu la mort, ni le mal et qu’à cause de leur jaillissement dans le monde, après le péché et la défiance, Dieu a décidé de se faire proches de ceux qui souffrent. Il est venu rejoindre les hommes et les femmes de tous les temps pour les assurer de sa présence à leurs côtés dans les épreuves. En s’étendant sur la croix, Jésus rejoint chacun des souffrants.

Il faut poser cet acte de foi là, être sûr que Jésus nous donne une aide pour traverser les épreuves, et non pas pour les éviter !

Ainsi notre foi repose sur trois pieds : confiance des croyants dans la puissance salvatrice de Dieu, Jésus nous relève concrètement et la solidarité entre croyants…

1- confiance dans la puissance salvatrice de Dieu.

Face au risque de mort imminente de sa fille, Jaïre tombe aux pieds de Jésus et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. »  De même en son for intérieur la femme malade depuis 12 ans se dit : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » Face à l’épreuve c’est vers Dieu que l’on se tourne, hier comme aujourd’hui. Face à l’impossible d’un point de vue humain, il reste à demander le secours de Dieu. Ce que veulent Jaïre et la femme malade, c’est le salut pour vivre vraiment. Croyons-nous cela, que ce que Dieu fait d’abord pour nous, c’est de nous sauver de ce qui nous empêche de vivre pleinement, de nous libérer des nombreuses entraves qui bloquent notre transformation en fils ou fille de Dieu. Jésus le dit à la femme malade : ma fille, ta foi t’a sauvée et aussi y invite Jaïre : ne crains pas, crois seulement. Oui croyons-nous que Dieu veut nous libère des entraves de la maladie ou du péché pour que nous vivions vraiment ? Si oui, pourquoi alors si peu se confessent, pourquoi si peu demandent la grâce du pardon voire de la guérison que le Seigneur donne par les mains des prêtres ordonnés pour cela ?

2- Jésus nous relève concrètement par les sacrements.

Dieu nous veut vrais vivants, vivant comme lui car rappelle le Sage dans la 1° lecture : il a fait de (nous) une image de sa propre identité. Demander à Dieu d’être libéré du péché, de passer les épreuves de la maladie, c’est laisser le Christ restaurer en nous son image et nous apprendre à vivre comme de vrais vivants. Oui les épreuves nous aident à grandir dans la foi, à fortifier notre être intérieur. En accueillant Jésus dans ces domaines de nos vies, nous y faisons peu à peu régner la paix et apprenons à vivre en ressuscité. Va en paix dit Jésus à la femme malade et lève-toi ! à la Jeune fille. Vivre paisiblement et en ressuscité, voilà ce que procure la proximité avec Jésus, laquelle proximité se vit au plus haut point dans le sacrement de l’Eucharistie ! En effet, dans l’Eucharistie, qui est le renouvellement non sanglant du sacrifice de la croix, Jésus rejoins à travers les siècles tous les souffrants en leur donnant la force, sa propre vie, pour traverser leurs épreuves.

3- la solidarité entre croyants.

C’est aussi dans l’Eucharistie que tous ceux qui communient deviennent un seul corps et une seule âme. Nous sommes ensemble le pain de Dieu, le corps du Christ pour le monde. Ayant communié au même pain, les croyants ont soucis du bienêtre de toute l’humanité et en premier lieu de vivre une solidarité plus grande avec les autres chrétiens. C’est tout le propos de Paul aux Corinthiens dans la 2° lecture : Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité rappelle-t-il. Il s’agit pour nous de participer à la libération de certaines entraves (économiques, matérielles, spirituelles) qui empêchent nos frères et sœurs dans la foi de pays moins chanceux que le nôtre de vivre pleinement en chrétien. Pensons à l’AED, au CCFD, au secours catholique, etc..

Alors chers amis, osons poser un acte de foi : Dieu nous libère de nos entraves et nous fait traverser les épreuves pour faire de nous de vrais vivants. Pour y parvenir il met à notre disposition les sacrements qui font aussi de nous des vivants pour les autres, un pain de charité active et concrète. Alors frères et sœurs cette semaine, croustillez de joie et d’amour envers tous, car vous êtes sauvés ! Amen